mercredi 24 août 2011

Agacements piétoniers dans le Quartier des Spectacles


Le blog montréalais consacré à l'urbanisme Spacing Montréal publiait il y a quelques semaines un billet rendant compte d'une déficience dans la conception d'une de ses places publiques, le Parterre, situé à l'est de la salle de l'Adresse symphonique encore en construction. L'espace a été conçu de telle sorte qu'il puisse accueillir les foules lors de rassemblements organisés au moment des festivals qui se tiennent dans le Quartier des Spectacles. L'auteur du texte, Jonathan Lapalme, souligne l'existence de deux chemins traversant l'espace. L'un, planifié et aménagé, fort beau d'ailleurs; l'autre, spontané, tracé par les utilisateurs des lieux qui coupent à travers la pelouse pour éviter de contourner le Parterre. Le résultat n'est toutefois pas malheureux et il témoigne de l'importance de porter attention aux habitudes de déplacements des piétons lors de la planification de nouveaux espaces. Ceux-ci, moins contraints que les cyclistes et les automobilistes, utiliseront généralement le chemin le plus court pour se déplacer, même s'il n'est pas aménagé et même s'il présente un danger, comme le souligne d'ailleurs cet article publié sur le site de Sustainable Cities Collective. "What pedestrians will do, TfA [Transportation for America] explains, will be to take the shortest reasonable path."


Le Quartier des Spectacles continue à évoluer et ce sont les aménagements sur la rue Sainte-Catherine que l'on a vu apparaître cet été, où l'asphalte a été remplacé par du pavé et la rue élevée au niveau des trottoirs, de sorte que piétons, cyclistes et automobilistes devront vraisemblablement partager l'espace. La mesure s'inscrit dans la volonté qu'a exprimé la Ville de Montréal de piétoniser certains secteurs de son territoire et d'apaiser la circulation, comme l'ont fait avant elle d'autres villes d'Amérique du Nord et plusieurs villes d'Europe. Sauf que si l'on salue l'intervention sur la rue Sainte-Catherine, il faut avouer qu'elle met en lumière certaines incohérences ailleurs sur le site du Quartier des Spectacles.


D'une part, la décision d'avoir conservé et réaménagé la rue Balmoral, qui n'était que très peu utilisée avant la création du QdS et qui n'est pas essentielle à la circulation automobile dans celui-ci. D'autant plus que son traitement paresseux nuit à la cohérence esthétique du lieu. À quoi bon éclairer une rue qui n'est pratiquement pas utilisée au moyen de lampadaires aussi laids que puissants et que l'on utilise habituellement pour éclairer les grandes rues? Et pourquoi donc ne pas la traiter comme la rue Sainte-Catherine, pavée et nivelée avec les trottoirs? Au lieu de cela, la rue Balmoral semble davantage destinée à la circulation automobile qu'aux déplacements piétonniers et isole la Place des festivals des bâtiments (le Blumenthal et le Wilder) qui devraient l'encadrer. Les cyniques pourraient croire que l'installation de parcomètres sur la rue Balmoral constitue la motivation principale derrière son traitement ennuyeux, puisque les places de stationnement auraient été difficiles à intégrer sur une rue aménagée au niveau des trottoirs et de la place publique.


D'autre part, les vitrines habitées qui ont été installées sur le trottoir du côté est de la rue Jeanne-Mance le long du Musée d'Art Contemporain, et qui sont occupées par les restaurants Brasserie T! et F Bar sont effectivement très belles et agréables à fréquenter, mais rendent la circulation piétonnière particulièrement difficile de ce côté de la rue. La portion de trottoir qu'ont aménagé les concepteurs de l'espace entre les vitrines et le musée est peu invitante et sans intérêt pour les piétons, qui ne veulent pas s'isoler entre deux murs au milieu d'une place publique.


Le message, ici encore, est contradictoire puisque l'on veut créer des espaces piétons agréables à certains endroits, puis à d'autres, on aménage des passages de troisième ordre, emmurés et isolés au milieu d'une place que l'on veut spectaculaire. Les piétons, évidemment, refusent d'emprunter cette portion du trottoir et préfèrent marcher dans la rue, entre les automobiles qui roulent, somme toute, assez vite, et les terrasses des vitrines habitées.


Encore une fois, les aménagements qui ne tiennent pas compte des goûts et des besoins des piétons sont inefficaces et donnent lieu à des comportements dangereux, quoique compréhensibles. Le problème avait d'ailleurs été soulevé avant la construction des vitrines habitées, et Jeanne Corriveau écrivait dans le Devoir du 21 octobre 2008:

"Traitement architectural déficient, inefficacité énergétique et circulation des piétons difficile. Voilà quelques-unes des critiques formulées par le maire de l'arrondissement de Ville-Marie et chef de l'opposition, Benoit Labonté, concernant les «vitrines habitées» qui seront construites aux abords de la Place du Quartier des spectacles. Dans une lettre qu'il a fait parvenir, la semaine dernière, au maire Gérald Tremblay, M. Labonté lui demande d'intervenir personnellement afin que le projet soit revu."

Dans un article publié le 15 juillet 2010, également au Devoir, Stéphane Baillargeon relate les propos d'Irena Latek, professeure à l'École d'architecture de l'Université de Montréal:

"Elle note l'exiguïté de l'espace piétonnier entre le mur aveugle du Musée d'art contemporain et les deux espaces-restaurants."

La planification d'un ensemble de la taille du Quartier des Spectacles est évidemment fort complexe et ces exemples illustrent malheureusement les effets les plus pervers des contraintes avec lesquelles doivent jongler les concepteurs d'un lieu fréquenté par une multitude d'usagers différents et destiné à être exploité et occupé par de nombreux groupes, organismes et entreprises aux objectifs variés.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

http://en.wikipedia.org/wiki/Desire_path

Alexandre Paré a dit…

Oui! merci!
Justement, ça a été mentionné dans les commentaires de l'article sur Spacing Montréal...

François a dit…

Curieuse idée que de faire passer une piste cyclable juste derrière la Place des festivals. De juillet à septembre la piste est déviée par des cônes oranges quand elle n'est pas tout simplement barrée pour cause de concerts et de chargement-déchargement de matériel pour les multiples spectacles. Au pic de la fréquentation des pistes cyclables par les Montréalais, cette portion est inutilisable.