mercredi 15 juin 2011

Je vous salue Vélo...


Le vélo prend de plus en plus de place dans nos rues. L’animal, que l’on classait il n’y a pas si longtemps parmi les outils généralement destinés aux loisirs et à l’entraînement, prend maintenant sa place à titre de véhicule à part entière au sein des moyens de transport individuels en milieu urbain. Il s’agit d’une transformation qui, au Québec, ne s’est opérée que tout récemment, au cours des dix dernières années, selon Vélo-Québec. C’est ce que relatait François Cardinal dans un éditorial publié dans La Presse du 6 juin dernier : « En moins de 10 ans au Québec, le vélo est passé de jouet du dimanche à moyen de transport. »



La transformation à laquelle on assiste n’est évidemment pas unique à Montréal et elle s’inscrit au sein d’une tendance de diversification des modes de transport qui frappe l’occident depuis généralement dix ou quinze ans. Dans un contexte où les effets des changements climatiques semblent perceptibles, les efforts du mouvement environnementaliste, né dans les années 1960, portent fruit aujourd’hui et la notion de développement durable (souvent galvaudée) fait désormais partie du langage courant.


Les problèmes, tant économiques qu’environnementaux, que posent l’étalement urbain (embouteillages, redondance des infrastructures, coûts d’essence, pression sur les milieux humides et les terres agricoles, etc.) ainsi que les impacts de l’exode vers la banlieue sur les finances des grandes villes ont forcé leurs dirigeants à s’engager sur des pistes nouvelles. La notion d’accès à des moyens de transport alternatifs, rejeton du développement durable, est ainsi devenue fort populaire et s’est offert comme un moyen de redonner aux quartiers centraux la qualité de vie que recherchent les citadins qui s’exilent, tout en les re-densifiant.


C’est notamment le cas de Copenhague, au Danemark, cité en exemple ad nauseam dans les médias comme un exemple de réussite en matière de diversification de l’offre de transport, et surtout, de réussite en matière d’implantation d’un réseau cyclable efficace et utilisé. L’exemple n’est cependant pas mal choisi, au contraire, puisque Copenhague connaissait le même genre de problèmes auxquels doivent faire face aujourd’hui plusieurs villes occidentales : congestion, pollution, diminution de la qualité de vie, exode, etc. Les dirigeants ont compris que les changements ne viendraient pas s’il n’y avait pas d’investissements importants dans des infrastructures qui permettraient aux citoyens de choisir le moyen de transport qui convient le mieux à leurs déplacements.


C’est le message de Mikael Colville-Andersen, le blogueur-cycliste danois qui est devenu le poster child du vélo urbain : on n’utilise pas le vélo en ville par souci environnemental, on l’utilise parce qu’il nous mène du point A au point B rapidement et de façon sécuritaire. Autrement dit, la popularité du vélo (ou du transport en commun) n’augmentera pas en faisant la guerre à l’automobile. C’est plutôt en aménageant des infrastructures efficaces que l’on augmentera la part modale du vélo. Sauf que c’est souvent au détriment de voies jusqu’alors réservées aux voitures que naissent les voies cyclables.



C’est ici que, dans le contexte de la structure administrative fragmentée de la ville de Montréal, les ennuis des décideurs commenceront, et c’est ainsi que l’expérience du vélo urbain montréalais pourrait bien échouer.


Déjà, les médias sont de plus en plus nombreux à noter les frictions entre automobilistes et cyclistes et les opinions au sujet du partage de la rue sont de plus en plus campées. Dans La Presse du 9 juin dernier, un article faisait état de l’achalandage de certaines pistes cyclables à Montréal. Si la situation prouve la théorie qui veut qu’en augmentant l’accès à un mode de transport, son utilisation augmente également, elle suscite aussi des problèmes.


«C'est un constat qu'on fait: il y a saturation à l'heure de pointe sur la piste de la rue De Brébeuf, et c'est maintenant moins agréable de l'emprunter, explique la directrice de Vélo Québec, Suzanne Lareau. Il y a des cyclistes qui l'évitent à l'heure de pointe parce qu'ils se disent qu'il y a trop de monde, qu'il y a trop d'attente: on arrive à un feu rouge et il y a 20 cyclistes devant nous. C'est moins drôle. Alors ils prennent une petite rue à côté.»

- La Presse, 9 juin 2011


Deux vidéos, parues la semaine dernière sur Internet, illustrent parfaitement les conflits qui surviennent lorsque vient le temps de partager la route. La première comporte un biais évident en faveur des cyclistes, alors que la seconde est plus objective et dénonce les comportements de tous les usagers de la route. Les deux vidéos risqueront cependant de conforter bien des usagers dans leurs comportements : c’est pas moi le danger, c’est les autres.




À la rencontre citoyenne sur les changements apportés à la circulation dans le Plateau Mont-Royal le 31 mai dernier, les propos d’un intervenant ont bien montré que les problèmes d’insécurité peuvent souvent n’être qu’une affaire de perception. L’intervenant en question avait indiqué aux élus que la piste cyclable qui longe la rue de Brébeuf était fort achalandée et que la cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes à l’intersection de l’avenue Laurier était si difficile que l’on pouvait déjà prévoir qu’elle ferait des blessés graves. Or, une étude menée par le département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal démontre que la piste cyclable de la rue de Brébeuf figure parmi les plus sécuritaires des voies étudiées à Montréal.


D’une part, l’expérience du vélo urbain montréalais pourrait donc éventuellement souffrir du manque d’unité dans le déploiement d’infrastructures cyclables efficaces à l’échelle de la ville. La structure administrative fait en sorte qu’il pourrait devenir de plus en plus difficile, à court ou à moyen terme, de répondre à la demande stimulée par les investissements des dernières années. Non seulement faudra-t-il maintenir le cap, mais il faudra aussi demeurer très attentif aux réactions des usagers des réseaux routiers pour s’adapter de manière à maintenir la qualité de l’offre en matière de transports alternatifs.


D’autre part, la même expérience pourrait aussi être minée par le comportement des usagers (piétons, cyclistes et automobilistes). Devant l’augmentation des vélos dans nos rues, il deviendra essentiel de s’interroger sur les manières d’encadrer les déplacements des cyclistes. Il ne fait aucun doute que la tolérance des infractions au code de la route des cyclistes (qui sont, en principes, tenus de le respecter au même titre que les automobilistes) de la part des policiers constitue un avantage certain pour ceux-ci. Dans certains cas, le fait de pouvoir partir avant les automobilistes à un feu rouge lorsque la voie est libre constitue également un bon moyen de s’extirper du trafic (là où les voies cyclables n’existent pas). Il est également évident qu’il serait futile de demander aux cyclistes de s’immobiliser aux feux rouges des intersections peu achalandées ou de leur demander de poser un pied par terre à chaque Stop. Sauf que la question demeure : comment doit-on encadrer les déplacements des cyclistes en milieu urbain de manière à assurer la sécurité de tous les usagers de la route sans toutefois plomber l’élan positif du mouvement que l’on connaît présentement?


En attendant, il faudra se souvenir que les cyclistes (comme les autres usagers d’ailleurs) sont leurs propres ennemis sur la route, parce que le comportement d’individus rejaillit sur la perception qu’ont les autres usagers d’eux. C’est d’abord et avant tout de civisme et d’empathie qu’ont besoin nos rues et il vaudrait la peine que la notion de la Sainte Trinité des transports urbains, selon laquelle dort au fond de chacun de nous un piéton, un cycliste et un automobiliste, se répande rapidement. Amen.

2 commentaires:

G.U.I.N.D.O.N. a dit…

Bon post.
Chaque jour de l'été, je passe au moins 5 minutes à disserter sur le sujet dans ma tête. (surtout en roulant sur la piste cyclable...)

Pour moi, la paix entre automobilistes et cyclistes va survenir le jour où les cyclistes vont respecter à la lettre la signalisation routière, comme le font la plupart des automobilistes responsables. Comme ça, tout le monde va se sentir égal et tout le monde va se respecter.

Je suis peut-être très idéaliste. Ceci dit, je mets en pratique ma théorie. J'attends aux lumières rouges et ça me fâche de me faire dépasser par des cyclistes slo-mo qui passent sur la rouge (cyclistes que je dois redépasser 15 secondes plus tard quand la lumière tombe verte...)

Alexandre Paré a dit…

Je pense cependant qu'on devra donner une marge de manoeuvre aux cyclistes si on ne veut pas décourager la masse critique qui justifie l'investissement dans des réseaux cyclistes, sauf qu'il faudra peut-être que cette marge de manoeuvre soit encadrée. Un exemple de cela, l'échec du Bixi de Melbourne que l'on attribue principalement à l'obligation de porter un casque, ce qui en décourage plusieurs à s'abonner au service...