dimanche 14 novembre 2010

Adisq et hypocrisie



À la manière du retour incessant des saisons, il est revenu l’éternel débat concernant la légitimité et la pertinence du gala de l’ADISQ (Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo).

Comme chaque année, la semaine précédent le gala a donné lieu à une déconstruction en règle du spectacle et comme chaque année, on a relu les mêmes critiques : les frais d’inscription trop élevés (1 320 dollars, contre 50 $ pour les Junos et rien pour les Grammy Awards), les choix réactionnaires des jurys ou du public en témoignent une liste longue comme le bras de faux pas mémorables. Ainsi sur son blog Ton petit lait, Laurent K Blais rappelait avec humour qu’en en 1997, Dubmatique avait gagné le prix album rock alternatif de l’année parce qu’il n’existait pas encore de catégorie «Hip Hop/Électro» (catégorie fourre-tout s’il en est). L’année suivante, le nouveau prix fraichement crée venait consacrer… Sentiments naturels de Carole Laure, on ne rêve pas.

À lire cette pléthore de commentaires acerbes, on aurait pu croire légitimement qu’on allait assister — comme chaque année — à la dernière représentation du gala de l’ADISQ. Et puis non, le dimanche — comme chaque année — tout le beau monde du milieu culturel et musical s’est fait beau, à traversé ce ridicule tapis rouge, joué le jeu devant de ridicules photographes, reçu quelques sacs promotionnels de produits de beauté et est venu docilement s’asseoir en espérant secrètement que le milieu qu’il critiquait la veille daigne lui reconnaître le prix qu’il mérite aujourd’hui.

La critique n’a pas tué l’ADISQ, pire Radio Canada a fait une meilleure audience que l’année précédente, 1 155 000 téléspectateurs, un bon de 300 000 auditeurs par rapport à l’année précédente. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort disait Nietzsche. Et pour un rendez-vous ce fut tout un rendez-vous, l’ADISQ a tout fait pour montrer au spectateur que les critiques à son endroit étaient justifiées. Ça a commencé avec Mes aïeux qui se sont excusés d’avoir gagné le prix du groupe de l’année alors qu’ils n’avaient presque rien fait de l’année (le prix était décerné par le public) et puis ça a enchainé avec le sacre de Star académie.

Marie-Mai a gagné le prix de l’album rock de l’année (devant Xavier caféine, les vulgaires machins et les trois accords tout de même) et celui de l’interprète féminine de l’année. Le lendemain dans un journal quelconque elle profitait de son nouveau statut de reine du rock québécois pour nous donner sa définition anthropologique et moralisatrice du rock : « je chante avec mes trippes. Pour moi c’est ca le rock. Ça n’a rien à voir avec le fait de savoir si je sacre dans la vie de tous les jours ou si je me drogue backstage. » Un beau message aux enfants; il faut toujours dire des banalités consensuelles et moralisatrices quand on joue sur des radios de matantes.
Enfin, Maxime Landry a gagné le prix de la chanson populaire de l’année et celui d’interprète masculin. Le lendemain, Stephane Laporte (qui a adapté le concept de Star Académie pour le Québec), y est allé d’un commentaire qui représentait le point de vue du mélomane averti : c’est « une reconnaissance du talent qu'on découvre à Star Académie. Faut vraiment vivre sur une autre planète pour ne pas voir et reconnaître l'apport de cette grande émission de variétés à la musique québécoise ».

À peine le gala terminé c’était reparti, tout le monde s’est remis a critiquer la machine qui, en consacrant la musique de Tim Hortons, avait encore une fois fait preuve de son inanité. Comme chaque année, on a relancé le même éternel débat entre les choix populaires et le choix des instruits, l’écart entre le gout du public et le gout du jury spécialisé ; bref un débat qui dénonçait pour la millième fois la pauvreté du gout des gens sans gout. (Ça fait penser que c’est maintenant le public qui vote pour les 3 étoiles du match du Canadien…) Tout le monde était fâché et même la tentative de pacification de Stéphane Laporte n’y a rien fait, c’était peut-être un peu trop gros : « Je pense que le cloisonnement est vraiment fini entre le milieu et Star Académie. Tous savent que nous découvrons de grands artistes avec d'immenses talents. Donc, c'est tout à fait normal pour nous qu'ils soient un jour reconnus et qu'ils triomphent. »

Et puis il y a eu un débat dans le débat, puisqu’on a même critiqué le jury composé de professionnels de la scène hip-hop d’avoir fais un choix conservateur en préférant le rap conventionnel de Manu Militari à celui moins orthodoxe de Radio Radio. Trop c’est trop qu’on a dit, même les pros ne sont plus garant du bon gout musical. Cette fois-ci c’est fini, on ne nous y reprendra plus, le gala de l’ADISQ c’est la honte, on y remettra plus les pieds…

Mais sûr que l’année prochaine — comme chaque année — on reverra les mêmes acteurs, avec les mêmes costumes de cérémonie ridicules, traverser le même grotesque tapis rouge, payer le même prix d’inscription (ou d’entrée) exorbitant, s’asseoir aux mêmes places et s’inscrire dans la même contradiction entre ses paroles (la critique de ce jeu de dupes) et ses actions (la participation au jeu). La même hypocrisie lâche, le même grand écart.

Quand on critique les fondements de l’ADISQ, on ne le regarde pas, on ne s’y inscrit pas, on n’y va pas et la machine s’essoufflera d’elle-même. Une machine sans essence n’avance pas. Mais bon, le petit besoin primaire et égotique de reconnaissance et de gratification vaut bien un grand écart. Mais vous savez ce qu’on dit sur les grands écarts ? C’est mauvais pour les couilles, entendez par là c’est mauvais pour l’intégrité. À ce sujet, le monde de l’art et de la culture qui chante et proclame sur tous les toits son intégrité et son authenticité montre bien que parfois il en à rien à foutre.

À l’année prochaine.


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