mercredi 20 octobre 2010

On est homophobe


François Sagat, star des films pornos Gay racailles direct de la cité et acteur pour bruce LaBruce
dans LA Zombie (2010)


Il y a aujourd’hui une journée pour toutes les causes, les femmes, la terre, le sida, la tolérance, le cancer. C’est un peu ça l’humanisme bien-pensant, le nouvel âge de la politique, ça ne passe plus par la lutte et le sens du combat, mais par la sensibilisation. Sensiblement une fois par année les médias qui n’ont rien à se foutre sous la dent vont, de concert, nous servir leur purée de bons sentiments.

Aujourd’hui c’est le tour des zomos, des lesbiennes et même des sexes qui changent (on ne change pas disait pourtant Céline, on met juste les costumes des autres sur soi). Et en cette journée de lutte contre l’homophobie comment ne pas revenir sur le scandale provoqué par le groupe de Rap Sexion d'Assaut (de Montpelier, France) qui a ouvertement déclaré son homophobie dans le magazine international Hip-Hop. En voici le contenu :

“Pendant un temps, on a beaucoup attaqué les homosexuels parce qu’on est homophobes à cent pour cent et qu‘on l’assume. Mais on nous a fait beaucoup de réflexions et on s’est dit qu’il était mieux de ne plus trop en parler parce que ça pouvait nous porter préjudice. Pareil pour les autres religions, on ne les attaque pas parce qu’on respecte quand même un minimum les autres et qu’on ne peut pas les forcer à être dans le vrai et musulmans comme nous (sic) . (…) Il y a quand même des gays qui viennent nous voir ! On ne peut pas se permettre de dire ouvertement que pour nous, le fait d’être homosexuel est une déviance intolérable. “

Les propos rapportés par le magazine ont au moins le mérite d’être fidèles aux textes des albums comme la chanson "On t'a humilié" où l’on entend notamment : "Je crois qu'il est grand temps que les pédés périssent. Coupe-leur le pénis, laisse-les morts, retrouvés sur le périphérique..."

Les déclarations ont très vite été reprises sur Twitter, puis sur Facebook, créant une onde de choc et cela même à l’intérieur de la communauté hip-hop, généralement peu sensible à la cause gay (quand elle n’y est pas tout simplement hostile). Les critiques ont été si violentes que Admas Diallo, le leader du groupe s’est senti obligé de rectifier le tir arguant qu'ils avaient tout inventé et que c’était la journaliste qui avait falsifié leur propos (il faudrait chosir). Pour ses déclarations sur la religions par contre, personne ne lui a demandé des comptes: "pour les autres religions, on ne les attaque pas parce qu’on respecte quand même un minimum les autres et qu’on ne peut pas les forcer à être dans le vrai et musulmans comme nous."


Admas en a profité pour laisser le même message sur le Facebook du groupe. Wesh Cousin.


Manque de chance, la journaliste d’International Hip-Hop est venue remettre les pendules à l’heure en affirmant aux médias qu’elle connaissait bien son métier et qu’elle avait gardé l’enregistrement où l’on peut entendre toutes les déclarations chocs du groupe de primate montpelliérain.

Pris en flagrant délit de mensonge et faisant face à plusieurs annulations de concert, le groupe s’est retrouvé forcé par leur maison de disque de rectifier le tir. S’en est suivi un communiqué de presse quasi irréel où pour éviter le préjudice de la condamnation pour homophobie les zanimaux de Sections d’assaut ont choisi le camp de la honte en déclarant qu’il y avait erreur sur le vocabulaire : oui, ils ne savaient pas ce que ça voulait dire le mot homophobe. Pathétique :

“Les propos, que je reconnais avoir tenus, ne sont effectivement pas acceptables et je tiens avant tout à m’en excuser auprès des gens que j’aurais pu blesser. Je me suis rendu compte en vérifiant la signification du mot ‘homophobie’ que j’avais sorti une connerie plus grosse que moi. C’est vrai que j’ai grandi dans l’ignorance de ce que ce terme signifie vraiment. Mais ni moi ni le groupe ne sommes homophobes. L’homosexualité est quelque chose qui est très loin de nous, qui avons grandi dans un milieu macho, et on utilise des mots qui s’y rapportent à tout bout de champ, sans forcément tous les maîtriser. Le groupe a eu beaucoup de succès très vite, et c’est vrai que nous prenons conscience que nos paroles ont désormais un retentissement important, c’est la raison pour laquelle je voulais revenir là-dessus et clarifier les choses.”

Assez cocasse de se coucher comme cela devant l'autorité morale et financière, surtout pour un groupe de Hip-Hop qui crie sur tous les toits qu'il est rebelle, indépendant, qu'il "assume à 100%"...

Section d’assaut est-elle un cas isolé? Bien sûr que non, le rap musique populaire, de gens souvent pauvres et sans éducation pullule de textes aux références explicitement homophobes et sexistes, quand ce n'est pas xénophobe, mais on les tolère parce qu’il est principalement la musique des minorités et qu’on n'ose pas dénoncer l’intolérance des minorités. La logique est un peu bancale : l’intolérance est dangereuse seulement quand elle provient de la majorité. Imaginez juste un chanteur blanc catholique déclarer en entrevue
"pour les autres religions, on ne les attaque pas parce qu’on respecte quand même un minimum les autres et qu’on ne peut pas les forcer à être dans le vrai et musulmans comme nous."

Dernier point enfin à ceux qui arborent fièrement leur petit drapeau sur leur page de réseau social, où une référence explicite en faveur de la cause gay et lesbienne aujourd'hui: à quoi bon annoncer à vos amis, qui sont surement aussi sensibles que vous à la cause, que vous êtes contre l’homophobie? Profiter du bénéfice du locuteur tout en se tenant évidemment bien loin des lieux où l’homophobie s’exprime encore, quel courage… Pourquoi n’allez vous pas faire du piquetage devant les concerts de groupes hip-hop homophobes? Là on pourrait parler d’un engagement politique un peu plus radical que votre pauvre statut Facebook. Bande de fifs.


À voir absolument (merci à T.c. Vachon )


6 commentaires:

ratsdeville a dit…

amusant le mot de la fin

Frédéric Dumont a dit…

épique.

Anonyme a dit…

Oui, il y avait un papier dans le New-Yorker la dessus qui expliquait comment «Les réseaux sociaux sont extraordinairement efficaces à augmenter la participation mais ils y parviennent précisément en diminuant le niveau de motivation que cette participation requiert.»

T.c. Vachon a dit…

Sexion D'Assaut (sexual assault?) sont dé-zô-lés, autrement dit.

Au sujet du machisme et de la haine des "tafioles" dans les cités, ce documentaire là est pas mal du tout. Un pavé de plus dans la mare du "Déni des cultures", constitutif d'un certain universalisme français (tout-à-fait légitime par ailleurs, à certains niveaux). Quand le livre du même nom ("Le déni des cultures") est sortie en septembre, même Malek Boutih du PS et de SOS Racisme est allé jusqu'à affirmer sans sourciller que les différences culturelles (notamment à ce qui a trait aux rapports avec le père de famille) pouvait expliquer certains échecs d'intégration, et a fortiori certaines tensions dans ce pays de kouffars (dixit Sexion D'Assaut) qu'est la France. Ce qui est assez comique compte tenu des positions antérieures d'SOS Racisme, et du gars en question.

«Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence.», disait Schopenhauer le crypto-nazi. Ça s'applique parfaitement ici au cas des différences culturelles, parfois abyssales et incompatibles. Ce qui n'est pas mal en soi (voir Lévi-Strauss, qu'on ne peut traiter de raciste qu'à moins d'être un imbécile).

Et le documentaire en question:
http://www.dailymotion.com/video/xf7ddg_la-cite-du-male-1-5_news

Fabien Loszach a dit…

Oui j'ai lu ce papier dans le New Yorker, il m'a d'ailleurs inspiré pour ce texte

le voici

http://www.newyorker.com/reporting/2010/10/04/101004fa_fact_gladwell

E_va a dit…

J'ai honte d'être Montpellieraine, maintenant... :(