dimanche 24 octobre 2010

Gasland


Carte des réseaux aquifères et des réservoirs gaziers aux États-Unis, image tirée du film Gasland.

Je rentre tout juste de la Chine où j'ai bu plus d'eau en bouteille en trois semaines que je n'en avait jamais bu dans ma vie. J'ai réalisé, chaque jour, la chance que j'ai de vivre dans une ville qui jouit jusqu'à maintenant d'un approvisionnement adéquat en eau potable, dans un pays qui, malgré son retard sur plusieurs autres pays du monde, accorde une certaine importance à la gestion de l'eau. J'ai vu un pays qui doit jongler avec des problèmes environnementaux importants et des enjeux de développement économique et social, des villes si polluées qu'elles semblent masquées par un filtre jaunâtre et où plane l'odeur âcre du charbon, de la fumée et d'autres types de déchets innommables. Je me suis dit que j'avais de la chance de vivre dans une ville où l'on peut encore parler d'épisodes de smog.

En rentrant chez moi, vers une heure du matin, après plus d'une quainzaine d'heures de vol, j'ai trouvé mon coloc dans le salon en train d'écouter un documentaire sur l'exploitation des gaz de schiste que, m'assurait-il, je "devais absolument voir". J'écrivais, deux semaines avant mon départ, un article sur une discussion qui avait eu lieu dans le cadre de l'émission Table Ronde L'actualité/CPAC et qui portait justement sur l'exploitation des gaz de schiste au Québec.

Alors que le gouvernement Charest a donné au Bureau d'Audiences Publique sur l'Environnement (BAPE) le mandat de "proposer un cadre de développement de l'exploration et de l'exploitation des gaz de schiste" ainsi que de "proposer des orientations pour un encadrement légal et réglementaire [...] de cette industrie dans le respect du développement durable" sans toutefois imposer de moratoire sur l'exploration et l'exploitation de cette industrie, les compagnies gazières vaquent à leurs occupations. On exploitera le gaz de schiste sans même se demander si le jeu en vaut la chandelle, il est là le problème: l'exploitation n'est pas négociable. Pierre Foglia s'inquiète de la chute des prix des maisons situées à proximité des puits. Le québécois moyen, quant à lui, s'inquiète un peu en suivant le dossier du coin de l'oeil, mais tant que l'on n'arrivera pas à établir que l'exploitation des gaz de schiste pourrait nuire aux performances de Carey Price, personne ne descendra dans la rue.

Dans Gasland (récipiendaire du prix spécial du jury à Sundance cette année), le cinéaste Josh Fox nous fait visiter les États-Unis, de sa Pennsylvanie au Nouveau-Mexique, d'un puits à un autre, d'une nappe phréatique contaminée à une autre. En poussant ses recherches, Fox découvrira que l'exploitation des gaz de schiste est directement responsable des problèmes de santé importants de plusieurs citoyens riverains de puits ou de pipelines transportant du gaz naturel et qu'elle ne se contente pas de rendre l'eau imbuvable ou de diminuer la qualité de vie des voisins des compagnies gazières.

Le film pose un regard critique sur l'exploitation de ressources importantes dont nous pourrions bénéficier. L'on parle, après tout, d'un bassin gigantesque de gaz naturel enfoui sous nos pieds et son exploitation représente bel et bien une révolution énergétique. Sauf que s'il est tout à fait vrai qu'il n'existe aucune forme d'énergie qui soit absolument sans impact pour l'environnement, il est aussi vrai qu'il est dans notre intérêt de choisir la forme d'énergie qui a le moins d'impacts sur l'environnement et le gaz de schiste ne semble pas appartenir à ces formes d'énergie.

Le site du film offre de plus amples informations sur l'exploitation des puits de gaz de schiste aux États-Unis et Gasland devrait être disponible en DVD dès le mois de décembre. En attendant, vous pouvez le visionner sur Youtube.



2 commentaires:

Jo a dit…

À voir aussi: Split Estate - http://www.youtube.com/watch?v=bvT4PycSAPk

Alexandre Paré a dit…

ah cool!!! Merci Jo! Ça a l'air bon aussi et il semble que Split Estate ait fait appel à quelques uns des intervenants de Gasland...