jeudi 9 septembre 2010

Le crew AACAF se penche sur le cas Yupster

Yupster, Sylvain Raymond, publication à compte d’auteur, 2010


"Cru, bien fait, rentre dedans" - Thomas Leblanc, rédacteur en chef du nightlife
"J'achète le concept" - Le boss de Toxa
"Le concept qu'il nous fallait pour racheter Cossette" - Le Boss de Sid Lee
"Unanime" - La critique
"Plus complet que le Wallpaper"- Catherine Perreault-Lessart, rédactrice en chef du Urbania


Alexandre Paré

Malgré sa syntaxe et son orthographe souvent douteuses, Sylvain Raymond parvient à décrire de façon fort précise ces losers qui nous collent cul, et cela même si on fait tout pour changer d'endroit tous les six mois. Le personnage qu'il met en scène dans cette satire monumentale est le genre de mec qui détient une maîtrise en name-dropping et un doctorat en illusions de grandeur. C'est surtout en donnant à son anti-héros pathétique son (propre) nom que Raymond réussit le coup de génie.

C'est un monstre qui vient d'être créé, un concept mercantile que s'approprieront rapidement tous ces parvenus qui œuvrent dans la pop-culture clinquante et éphémère. Raymond est d'ailleurs fort transparent à ce sujet et ne fait aucun effort pour cacher le fait que la seule perspective de pouvoir donner un nom "sexy" à un concept qui existe depuis déjà longtemps ait motivé l'écriture de ce livre. Après tout, il s'agit de la mission principale de son personnage. À l'instar de David Brooks et de Richard Florida, Sylvain Raymond souhaite voir s'inscrire dans la culture populaire le terme qu'il n'a cependant pas inventé et qui décrit les jeunes professionnels dits "urbains". (Florida et Brooks ont au moins le mérite d'avoir été... créatifs.) D'autant plus que l'écriture d'un ouvrage de ce genre est également le prétexte à l'organisation d'un gros party plein de couleurs. Le lancement est bien plus important que le livre, objet exotique, voire désuet en 2010, un accessoire vintage au même titre que l'étui à cigarettes. "Qu'est-ce que tu lis?" "Pardon? Ah, oui! Ça... J'ai trouvé ça dans une vente de garage. C'est le livre du goaler des Sharks, je savais pas qu'il écrivait."

Raymond aura gagné son pari le jour où le terme sera devenu monnaie courante dans les mondes du marketing et des communications québécois. Il faudra maintenant s'attendre à ce que toute une portion de la jeune société dépourvue d'esprit critique et pour qui l'expérience littéraire se résume à la lecture de blogs et de magazines s'identifie au personnage en lançant fièrement "je suis Yupster!" Rien d'étonnant quand on pense que les Guidos se sont maintenant appropriés le terme péjoratif qui les définissait. Mais qu'importe d'associer son nom à un fantasme d'adulescent superficiel si on parvient à s'attirer l'attention des projecteurs quelques instants?

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Fabien Loszach


Il y a des lacunes graves dans ce livre, lacunes qui ne tiennent pas seulement à une absence de style (ou la copie de celui d’un auteur américain talentueux), ou au manque de profondeur du personnage, mais aussi – et c’est là que le bât blesse — à des règles primaires de syntaxe et de concordance des temps. Un exemple parmi des dizaines :
« Or, passé la rue Rachel et à la vue de la rue Gauthier ornée des magnifiques appartements qui ornaient le tout aussi magnifique Parc Lafontaine : magnifiques souvenirs. »

Disons les choses comme elles sont, Yupster est un pastiche de Glamorama de Bret Easton Ellis, tout y est emprunté ou presque ; le reste provient de Frédéric Beigbeder.
— L’histoire tout d’abord. Dans Glamorama, Ellis raconte l’histoire de Victor Ward, mannequin et fils de patron de télévision qui se perd physiquement et mentalement dans les affres du showbiz yuppie new-yorkais, de la poudre et des mannequins. Le jour où Victor rencontre un vieil ami qui lui propose de retrouver son ex du secondaire tout dérape. Dans Yupster, Sylvain Raymond raconte Sylvain Ryamond, jeune professionnel irrésistible, se baladant plein d’assurance dans les affres du showbiz yuppie/hipster Montréalais, de la poudre et des mannequins (qu’il nique toutes sans exception). Un jour, il recroise son ex et …
— Le style aussi ; Ellis est connu pour son style chaotique qui fait passer le récit de scènes de descriptions chirurgicales, à des énumérations de produits de consommation et des dialogues souvent communs. Raymond emprunte les mêmes ressorts, mais échoue à atteindre le but que s’est fixé l’auteur américain. En effet, pour Ellis, Victor est la personnification nihiliste de la société de consommation, personnification que Bret Easton Ellis broie progressivement sous la force de sa plume. Chez Sylvain Raymond, l’écriture est construite seulement pour mettre en scène le « Moi je », ce qui témoigne d’un manque de distance critique entre l’auteur et son personnage… Pire, on a la triste impression que le personnage du roman n’est qu’une projection narcissique et fantasmé de l’auteur.

Sylvain Raymond pourra toujours dire que son style maigre reflète la superficialité du monde hipster et que derrière la banalité de son propos se cache la banalité du quotidien des jeunes urbains branchés, que tout le monde aujourd’hui est dans le « Personnellement, moi je ». C’est une défense comme une autre ; comme le fait de présenter l’objet comme un livre « indie » produit hors des circuits classiques de l’édition. Pourquoi indie au juste? Par souci d’indépendance ou parce qu’aucun éditeur n’a voulu du manuscrit? Là encore, la défense est faible, et l’auteur ne pourra pas longtemps se cacher derrière une pareille étiquette, d'une part parce que le yupster est tout sauf indie (il est même dépendant du monde marchand) d'autre part parce que l'indépendance face aux gros canons de l'industrie ne doit pas signifier indépendance face aux règles élémentaires du français.

Pourquoi avoir critiqué ce livre diront certains? Pour se défouler, pour le plaisir de détruire un auteur naissant ? Oui et non, le livre a une dimension supérieure qui ramène au débat sur la mise en marché généralisée de l’ego et de la culture. Ce qui nous dérange le plus avec Yupster, c’est que ce n’est pas le contenu intellectuel, ou le simple plaisir de raconter une histoire qui semble avoir été la motivation première de l’auteur. On à la gênante impression que Sylvain Raymond a mis plus d’énergie à promouvoir sa novella qu’à l’écrire. Triste logique, mais logique implacable du Nouveau Monde des médias porté par une génération de jeunes arrivistes formés en communication et en publicité. L’important ce n’est pas le livre le contenu, mais l’emballage, la promotion et plus justement l’autopromotion (de toute façon, qui prend la peine d’écrire des livres aujourd’hui se demandait Jeff Lee, patron de web tv et promoteur du roman). À cet égard, Yupster, qui est plus un concept publicitaire, un terme à vendre aux publicistes, qu’un objet culturel va surement réussir son but: faire parler de Sylvain Raymond.

Le livre démontrera une fois de plus que l'autopromotion relayée par un réseau un peu influent d'amis vous permettra toujours d’être vu dans les médias pauvres en contenus, eux-mêmes alimenté par la seule fin publicitaire (mensuels culturels gratuits, revue de design cool, Webtélé, blog de mode et autres médias servant à faire de la publicité déguisée pour des compagnies ou des groupes de publicité).

Une exemple?

"Si le blogue de l’auteur (ou son miroir) reflète la qualité de son écriture, le roman vaut bien l’événement quelque peu prétentieux et ses invités hyperbranchés. Car il se cache souvent, derrière les banalités superficielles de l’auteur beau gosse, des vérités parfois dérangeantes. Allez-y, ne serait-ce que pour taguer Sylvain Raymond dans un tweet."
Nightlife magazine


Ps : autre calamité en prévision, Michèle Blanc a réuni tous ses tweets pour en faire un livre. On a déjà trouvé le titre : Le monologue de la greffe de vagin


À lire:




Yupster à acheter ici
Lancement du livre à la cinémathèque Québécoise mercredi 15 septembre - ici

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Ce n'est pas moi, merci.

GTF

vll a dit…

Les gars, arrêtez de lire du Céline, vous allez virer antisémites.

Anonyme a dit…

Haha. Comme Jean Renoir parlant de Céline

« Ce Gaudissart de l'antisémitisme. M. Céline fait beaucoup penser à une dame qui aurait des difficultés périodiques ; ça lui fait mal au ventre, alors elle crie et elle accuse son mari. La force de ses hurlements et la verdeur de son langage amusent la première fois ; la deuxième fois, on bâille un peu ; les fois suivantes, on fiche le camp et on la laisse crier toute seule.»

Anonyme a dit…

Jean Renoir était un con. Céline un génie, un ostie de salaud, mais un génie quand même.

Anonyme a dit…

Je ne conaissais pas ce livre, mais c'est bien vrai
"l'autopromotion relayée par un réseau un peu influent d'amis vous permettra toujours d’être vu dans les médias pauvres en contenus"

Anonyme a dit…

Monsieur Paré, quand vous commentez des livres et leurs auteurs, s'il vous plaît, n'oubliez jamais que vous êtes vous-même un piètre écrivain. Votre modestie aidera à ce que tout le monde reste à sa place, vous sur votre blogue de vieux hipsters pourris, et les personnalités publiques à Tout le monde en parle.

Fabien Loszach a dit…

Super, on commence à avoir des ennemis, c'est bon signe. C'est toutefois des ennemis anonymes donc peu courageux et surement peu instruits.

Anonyme a dit…

Monsieur Loszach,

Si vous souhaitez mettre un terme à cette situation, vous pouvez configurer votre blogue en conséquence et refuser l'anonymat. Autrement, vous devrez faire un effort intellectuel supplémentaire et accorder un certain crédit aux anonymes, qu'il soit hostile ou non à vos propos. Il est certes plus pratique pour un esprit de votre envergure d'essayer de neutraliser la critique d'un potentiel adversaire sur un point de détail, mais, je vous en prie, cessez cette comédie et admettez sur le champ que monsieur Paré vous sert de faire-valoir socialement parlant. Sinon, faites donc qu'il vienne à ma rencontre ici pour qu'il puisse lui-même défendre sa prose lamentable. Merci.

Fabien Loszach a dit…

L'anonymat n,est pas un point de détail monsieur, mais bien le nerf de la guerre. Les anonymes ne sont personnes, ils n'ont donc pas d'opinion, pourquoi leur répondre?

Mr Paré mon faire-valoir? En voilà une bien bonne. Il se consacre à l'urbanisme au cinéma et aux politiques de la ville et moi aux mouvement sociaux, deux champs de compétences, deux écritures différentes.

expliquez-vous.