jeudi 16 septembre 2010

Avenir énergétique et gaz de schiste

Hier soir avait lieu à l’amphithéâtre du Gesù, à Montréal, l’enregistrement d’un panel télévisé qui sera diffusé sur les ondes de la chaîne d’affaires publiques par câble (CPAC) les 17 et 18 septembre prochains dans le cadre de l’émission Table Ronde L’actualité/CPAC. La question que le modérateur, Pierre Donais, posait à ses invités était fort simple : « Peut-on vivre sans pétrole? »

La discussion, qui était prévue depuis déjà plusieurs mois, aurait dû compter parmi ses participants, entre autres, André Bélisle (Président de l’Association québécoise de la lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)), Steven Guilbeault (Coordonnateur général adjoint d’Équiterre) et André Caillé (Président honoraire du conseil mondial de l’énergie, Président de l’association pétrolière et gazière du Québec). Aucune explication n’a été fournie pour justifier leur retrait du groupe de panélistes. Disons simplement que l’on est en droit d’imaginer que M. Caillé ait jugé qu’étant donné la direction qu’a pris le dossier des gaz de schiste dans les médias dernièrement, il serait probablement mal avisé de prendre part à ce débat dans un environnement qui lui serait hostile. Messieurs Guilbeault et Bélisle auront, eux aussi, probablement préféré observer de loin le panel qui ne sera diffusé qu’à un nombre restreint d’abonnés du câble. D’autant plus que le débat sur l’avenir énergétique du Québec devrait prendre de l’ampleur dans les semaines à venir. Il n’était donc pas étonnant de voir trois acteurs importants dans ce dossier se retirer afin de se garder des munitions pour plus tard.

Ce sont donc Carole Beaulieu (Éditrice et rédactrice en chef de L’actualité), Jean-François Lisée (Directeur exécutif du CÉRIUM, blogueur et chroniqueur à L’actualité), Carol Montreuil (Vice-président de la division de l’Est du Canada de l’Institut canadien des produits pétroliers), Normand Mousseau (Professeur de physique et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique numérique des matériaux complexes, Université de Montréal), Kim Cornelissen (Vice-présidente AQLPA) et Philippe Bourke (Directeur général Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec) qui ont discuté d’un avenir plutôt terne pour le Québec et le reste de la planète.

Avant d’introduire les panélistes, M. Donais et Mme. Beaulieu avaient d’abord présenté des statistiques intéressantes qui sont révélées dans le dernier numéro de L’actualité. Selon un sondage CROP réalisé en juin dernier pour le compte du magazine, 68% des Québécois ne croient pas pouvoir réduire facilement leur consommation de pétrole et 77% d’entre eux croient qu’ils ont peu ou pas d’influence sur la situation énergétique du Québec. Selon le même sondage, 48% des Québécois seraient favorables à l’exploitation du pétrole du Saint-Laurent, et 58% seraient favorables à l’exploitation du gaz de schiste. Parions que les résultats ne seraient pas les mêmes si le sondage était repris aujourd’hui.

Mme. Beaulieu s’est dite agréablement surprise de constater qu’en additionnant les 37% de Québécois qui se voient conduire une voiture hybride dans 10 ans et les 23% qui se voient conduire un véhicule électrique dans le même nombre d’années, nous obtenions 60% des Québécois qui se voient conduire autre chose qu’un véhicule à essence dans un avenir rapproché. Normand Mousseau a cependant émis un bémol en mentionnant que d’ici là, selon les projections actuelles, le parc automobile de la province aura aussi augmenté, de sorte que même si 60% des Québécois conduisaient autre chose qu’un véhicule à essence, ceux-ci seraient quand même beaucoup plus nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui et qu’il n’y aurait donc pas de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

M. Montreuil a mentionné qu’il fallait éviter de s’engager dans ce débat en ne parlant que de l’aspect environnemental et qu’il fallait accorder la même importance à trois variables : environnementale, économique et sociale. Cette stratégie lui permettait de demander si les Québécois seraient prêts à se priver des milliards de dollars qui gisent sous leurs pieds et d’ainsi devoir renoncer à une panoplie de services sociaux qui leur sont chers et qui coûtent cher. Dans la mesure où l’on voit la population du Québec continuer à progresser quelques temps pour se stabiliser, puis commencer à régresser, il est normal de s’interroger sur les sources de revenus qui permettront d’entretenir un population vieillissante qui s’attendra à recevoir les services auxquels elle s’est habituée.

L’argument était surtout lancé en direction de Jean-François Lisée qui a soutenu tout au long de la discussion que la situation climatique ne nous permettait plus de consommer des hydrocarbures comme nous le faisons depuis plus de cent ans. M. Lisée a avancé qu’en modifiant nos habitudes de consommation de manière substantielle d’ici la moitié du présent siècle, nous n’aurons tout de même qu’une chance sur deux de voir la situation climatique demeurer inchangée. Dans ces circonstances, il est vrai qu’il devient presque obsolète de s’engager dans le débat sur l’avenir énergétique sur d’autres bases que celle de l’environnement. M. Montreuil a soutenu qu'il faudrait peut-être un jour songer à la possibilité de prendre des mesure d'adaptation aux changements climatiques.

Dans un autre ordre d’idées, M. Lisée a souligné que l’étalement urbain était l’une des principales sources de notre consommation excessive d’hydrocarbures. En s’éloignant des centres, en s’installant toujours plus loin, en troisième ou en quatrième couronne, nous devons transporter nos ressources toujours plus loin et nous sommes forcés de dépenser pour offrir des services toujours plus loin. Si un gouvernement avait, un jour, le courage d’imposer qu’à partir d’une certaine distance d’un centre les gens doivent payer le coût réel de leurs nouvelles propriétés (coûts de l’installation des réseaux, des transports, des services, etc.), le problème de l’étalement urbain pourrait se régler rapidement. Mme. Cornelissen a ajouté qu’il faudrait un jour que l’on cesse de parler d’investissement lorsque l’on projette de construire de nouvelles autoroutes et que l’on ne parle plus de dépense en parlant de développer les réseaux de transport collectif. Je ne peux me permettre que d’acquiescer avec Mme. Conelissen, sauf qu’il faut malheureusement se rendre à l’évidence que le ministère des transports du Québec n’est pas le plus progressiste qui soit en matière de… transports. Il s’agit d’un ministère qui a toujours été favorable à la voiture, peu importe la couleur de la bannière au pouvoir. Old habits die hard.

Le débat s’est éventuellement tourné vers l’épineuse question du gaz de schiste. Il a paru évident qu’il s’agit jusqu’à maintenant d’un fiasco en termes de relations publiques. C’est M. Lisée qui disait qu’en comparaison, le dossier Grande-Baleine faisait plutôt figure d’exemple de bonnes relations publiques. De manière générale, les intervenants s’entendaient pour dire que le dossier n’avait pas été géré habilement et que le gouvernement n’avait pas su saisir l’opportunité de profiter de la première phase, celle de l’émission de permis d’exploration, qui aurait pu être extrêmement lucrative. M. Mousseau ne s’est pas montré hostile à l’idée de se lancer dans l’exploration gazière, mais qu’il fallait se donner les moyens d’encadrer la pratique dans laquelle nous n’avons pas d’expertise. En prenant position en faveur de l’imposition d’un moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste au Québec, M. Mousseau a soutenu, de façon fort juste, que le gaz serait encore là dans quelques années. Après tout, dit-il, ça fait des millions d’années qu’il y est enfoui.

L’émission Table Ronde L’actualité/CPAC sera diffusée samedi le 17 septembre à 11h (heure de l’est) et dimanche le 18 septembre à 17h (heure de l’est) sur les ondes de CPAC.

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