mercredi 4 août 2010

L'amour rend con(ne) et aveugle

"Je t'aime. Moi plus"

Depuis qu’ils forment officiellement un couple, Patrick Huard — l’acteur et réalisateur le plus aimé des québécois — et sa fiancée Anick Jean — "la vamp du rock corpo québécois" (dixit Hans Stutz) - mangent à tous les râteliers médiatiques pour faire part de leur immense bonheur d’être ensemble. Sur tous les tons ils racontent leur histoire : ça a tout de suite été le coup de foudre et depuis ce jour béni, ils s’aiment d’un amour vrai et pur.



On s’aime fort et tout le monde doit le savoir, oui tout le monde et il faut que ça déborde, alors quand on s’en va en vacance en amoureux et qu’on a la chance d’avoir un réal de génie dans le couple on embarque forcement sa caméra vidéo pour improviser quelques shooting à Barcelone et puis avec les rushs on fait un clip pour mademoiselle et musique plus, sans jamais se dire qu’on en fait un petit peu trop. Dans la société des émotions en can et du romantisme mièvre élevé en modèle d’éducation pour jeunes filles, l’amour c’est jamais trop, c’est beau.

Pris dans cette (il)logique du trop plein d’amour, nos deux tourtereaux n’oublient jamais de dire dans tous les médias possibles et imaginables combien ils s’aiment et combien l’autre est un artiste de génie (ma blonde est hallucinante, je suis vraiment fier d’elle, cet album elle l’a tenu à bout de bras… Mon chum est vraiment un super réalisateur, il me fait des massages, etc.) À l’autre bout du fil les médias recueillent et publicisent sans broncher cette autopromotion déguisée, ça fait toujours plaisir d’aider des amis, pis les gens aiment les contes de fées.



Le problème surgit quand un média ou un journaliste refuse tout d’un coup de jouer le jeu et ose en intellectuel honnête dire ce qu’il pense de la production d’un des deux acolytes.
Le crime de lèse-majesté envers le couple le plus cool et « glamour » du Québec (c’est le mot officiel qu’utilisent les magazines de plottes) s’est produit avant hier, dans la Presse, quand Marc Cassivi a osé écrire que Patrick Huard « pourrait être tenté de croire qu’il a tous les talents. Malheureusement, il ne met aucun de ceux-ci à profit dans son nouveau film, Filière 13, une désolante comédie policière qui prendra l’affiche mercredi », avant de finir sur « Son film est, au mieux, un travail bâclé d’apprenti tâcheron. Une comédie sans signature, qui aurait pu avoir été produite dans n’importe quel pays, à n’importe quelle époque. Directement de la fabrique à saucisses ».

Que s’est-il passé pour que la logique médiatique basée sur l’échange de services déraille ainsi, qui a détruit la matrice ? Anik n’a pas cherché à enquéter du côté de la production de son homme et en femme amoureuse et dévote s’est jetée sur le monstre froid de la critique comme une lionne pour défendre son petit. Déclaration fracassante de sa part après la première : « Dans la vie, il y a les junkies, des tueurs en série, des violeurs et des journalistes caves».

« Cave » dans le langage communicationnel publicitaire actuel, celui des radios rock détente, NRJ, TVA et consorts, désigne un journaliste ou chroniqueur qui refuse de jouer le jeu promotionnel qui veut qu’un média québécois se doit de dire du bien de toute production nationale. En somme, les médias doivent se limiter à n’être rien d’autre que le relais publicitaire de la production culturelle, exit l’esprit critique donc et le jugement. Et les journalistes qui auraient encore du jugement ne sont rien d’autre que des junkies, des tueurs en série, des violeurs.


Une trouvaille de la vénérable Annie Q, retouches d'Alexandre Paré

Cette histoire rappelle à s’y méprendre les critiques qu’avait adressée Patrice Robitaille en 2006 à Normand Provencher après que celui-ci ait descendu son mauvais film Cheech (dont personne ne se souvient d’ailleurs…) dans les pages du soleil . À Tout le monde en parle (une autre émissions pour les potes) , le dimanche soir, il avait déclaré que son article n’était « même pas digne d'un mauvais travail de secondaire IV... »

Que dire à part merci Mrc Cassivi de remuer le panier de crabes, ils commencent à devenir consanguins.

4 commentaires:

xkr a dit…

Surtout, ça rappelle l'empoignade de 2007 entre Patrick Huard et Marc Cassivi, à l'époque de Bon cop bad cop.

Extrait à 3:48
http://p45.ca/audio-video/zapping-du-11-au-17-novembre-2007

xkr a dit…

*Les 3 petits cochons, en fait.

Ma tuque est une perruque a dit…

Que dire…?
Rien
Que redire?
Ceci: "la vamp du rock corpo québécois" (dixit Hans Stutz)

C'est bien dit et c'est bien redit...

Guillaume a dit…

Je suis d'accord avec tout ça à propos d'Huard mais... je défenderai toujours Cheech qui avait été descendu par les critiques pour des raisons encore aujourd'hui plutôt vagues (je me rappel qu'on riait entre autre du fait que Patrice Robitaille portait une grosse perruque, quel esprit critique).

Dans ce cas précis certains journalistes s'étaient ridiculisés en voulant se venger sur Robitaille et le réalisateur suite à leur passage à TLMEP...

Comme quoi des fois les 2 camps peuvent être pris dans des petites gue-guerres un peu enfantines.

Signé un gars qui se souvient de Cheech et qui l'a même revu plusieurs fois.