lundi 2 août 2010

Ce que vous avez manqué en allant à Osheaga


C’est le weekend dernier qu’avait lieu à Montréal le festival Osheaga, qui célèbre chaque année depuis l’été 2006 la musique qui fait souvent la transition entre le blog obscur et la station de radio populaire. Alors que se côtoient mélomanes de toutes sortes et que se chevauchent les générations dans un décor bucolique qui marie la nature de l’île Sainte-Hélène à la fresque urbaine du centre-ville montréalais en arrière-plan, les statuts et les tweets osheaguesques se multiplient sur les réseaux sociaux. Il semblerait que la file d’attente pour les toilettes sèches ait été le théâtre de l’un des événements les plus marquants de l’année, ou alors qu’un mystérieux groupe scandinave dont le nom n’est constitué que de consonnes ou de signes de ponctuation vienne tout juste d’offrir la performance la plus inusitée des trente dernières années. On aurait également appris de source sûre que c’était « la meilleure journée EVER!!! Sn00p D0gG! J’ai capoter!!! »

Pendant qu’une vingtaine de milliers de gens créatifs étaient en train de changer le monde à mi-chemin sur la ligne jaune, le reste de la ville en a profité pour faire des choses. Et puisque vous aurez maintenant lu le compte-rendu du festival un peu partout sur le web et dans la presse écrite, voici ce qui s’est passé sur l’île de Montréal pendant que vous entendiez Sonic Spencer ou We Are Fire.

Dans un élan de professionnalisme journalistique, je me suis empressé d’afficher le statut suivant sur ma page Facebook samedi matin : « J'aimerais interviewer des gens qui ne vont pas à osheaga pour qu'ils me parlent de leur journée. Svp, entrez en contact avec moi. C'est pas des blagues, merci. » Je n’eût pas longtemps à attendre et plusieurs (5) personnes se manifestèrent et répondirent à coups de commentaires pertinents.


Francis Dugas, figure importante du rock montréalais (à la fois archiviste et musicien – Les Temps Liquides) fût le premier à partager son emploi du temps. « […] je ne vais pas à Osheaga, mais j'ai rien de bien excitant à dire. Je vais au parc avec ma fille, genre. Et probablement au Sonik acheter des records. » Il est évident que Francis a bien compris que ce n’était pas en amenant sa fille se perdre au milieu d’une foule de plusieurs milliers de personnes qu’il en ferait une mélomane. Les psychologues vous diront que tout se joue avant six ans, et c’est pourquoi la fille de Francis possède déjà tous les Black Flag et les Cannibal Corpse en copies originales. Un jour on entendra des gens dire « Savais-tu que Arcade Fire va ouvrir pour le band d’la p’tite Dugas ? »

Justine Masse a profité de mon mur pour exprimer opinions relatives aux modes du moment en faisant référence à une fête qui avait eu lieu la veille : « Y'a moi qui travaille à la place, avec un mal de coeur qui me détruit le corps en entier et une envie d'égorger le prochain qui me parle du futur ou qui porte du maquillage gold dans la face. », ainsi que : « Est-ce que peux également souligner que les leggings lamés et les toupettes crêpés, même dans un party thématique, ça n'a pas sa place? Merci. » Fred Savard, cinéphile averti et amateur de bands dont l’existence m’est souvent inconnue, répondra à Justine, l’encourageant à ouvrir son esprit aux nouvelles tendances : « justine, embrace le toupette crêpé et le legging doré, cmon! » Une personne mal informée aurait pu croire que le statut de Justine faisait référence au nouveau look de Fred. Les personnes informées peuvent émettre leurs doutes concernant cette hypothèse. M. Savard contribuera tout de même à mes recherches en faisant le commentaire suivant : « jsuis hangover, jmen vais chez le barbier, ma copine et moi recevons un ami pour souper, on sort à la casa après pour voir les meilleurs bands de montréal que personne connait encore... » Il est vrai qu’on aura plus de chances de découvrir les musiques de demain en allant à la Casa del Popolo plutôt qu’en allant à l’île Sainte-Hélène.

Tony Le Tigre, aka Antoine, musicien montréalais (Polipe), énumère les raisons qui l’ont motivé à faire autre chose cette fin de semaine de manière plutôt poétique : « Je préfère être en campagne. Sur le bord de l'eau,à jouer du piano, lire, écrire, remplir des demandes de bourses, regarder des films, voir des êtres chers, s'inspirer de mes souvenirs d'enfance... Je préfère varier mes activités en restant seul plutôt que d'être dans une mer de monde à regarder 2 jours de shows qui vont de toute façon me donner surtout une envie d'arrêter d'être passif et de passer à l'action. »

Marine Anaïs, contributrice au magazine Nightlife.ca, quant à elle, jette un regard quelque peu fataliste sur les raisons qui font qu’elle aura passé la fin de semaine à l’écart des festivités : « Ça a l'air que les gens qui écrivent des articles et qui travaillent dans les bars n'ont pas accès à une vie culturelle palpitante... ils ne peuvent qu'aider à son bon développement. Au bout du compte: nous sommes des martyrs. »

Enfin, j’ai posé certaines questions à trois montréalais qui ont accepté de me répondre par courriel. Annie Goulet, écrivaine accomplie, ainsi que Jean-Michel Gadoua, mélomane obscur et amoureaux de beaux objets, ainsi que Francis Dugas ont tous trois accepté de jouer le jeu.

Pourquoi ne vas-tu pas à Osheaga ?

A.G. : Trop cher, premièrement... et puis j'aime vraiment pas le concept :je me sens au Costco du rock indie.

J.-M. G. : Parce qu'il n'y a seulement qu'un ou deux groupes qui m'intéressent à chaque année et que ça ne justifie pas le prix. Je n'aime pas les foules et je n'aime pas être au soleil plus de 2 heures. Aussi, je trippe pas fort sur la plupart des gens qui sont là.

Depuis qu’Osheaga existe, quel est le plus grand moment que tu as apassé en n’y allant pas?

A.G. : j'ai rencontré, un week-end d'Osheaga où je n'allais pas, l'homme-zèbre de Waterloo. C'est une longue histoire. Mais c'est ben cute.

J.-M. G. : Celui où j'étais étendu dans ma cour avec des amis, une bonne bière et de la musique que j'ai choisie moi-même.

Quel t-shirt portes-tu pour l’occasion?

A.G. : aujourd'hui, je porte encore mon pyj, parce que je suis allée voir Of Montreal hier (ils sont morts en dedans), puis le karaoké de la Casa (là-dedans ça chante avec son coeur). Je viens de me lever. Je compte m'habiller normalement au cours de la prochaine heure.

J.-M. G. : Un t-shirt noir.

As-tu l’intention de boire beaucoup au cours des deux prochains jours ?

A.G. : j'espère ne pas trop boire, mais on a pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Soirée The Goods à soir... Pour le moment, je suis occupée à écrire l'autobiographie de quelqu'un d'autre.

J.-M. G. : Oui! c'est la fin de semaine!

Complètes la phrase suivante: Starcraft est à Starcraft 2 ce que Osheaga est à...

A.G. : starcraft est à starcraft 2 ce que Osheaga est à Osheaga 2: vous allez devoir me convaincre.

J.-M. G. : Woodstock 2.

Si tu pouvais poser une question à Snoop Dogg aujourd'hui, laquelle serait-ce?

A.G. : Peux-tu me passer 11 piasses pour une bière?

J.-M. G. : On fais-tu un jam?

F. D. : Qu'est-ce qui te fait penser que je ne suis pas la nouvelle sensation hip hop?

Question "Et si j’y étais, moi, à Osheaga ?":

J.-M. G. : Je serais sûrement back stage, parce que je suis smooth comme ça.

F. D. : Je serais moins saoul.

Tu as 5$ mais la poutine est 8$ et la bière 16$, que fais-tu?

J.-M. G. : J’escroque des mineurs.

F. D. : Je fume un bat.

Durant le set de Sonic Youth, tu t'apperçois que la moyenne d'âge sur le stage oscille autour de 48 ans. Comment manifestes-tu ton indignation?

A.G. : Durant le set de Sonic Youth, je ne suis aucunement indignée. J'aime ben ça, être plus jeune que les autres.

J.-M. G. : Mais ils sont encore bons! (la plupart du temps...)

F. D. : En cruisant une fille de 21 ans.

En voyant The Black Keys pour la première fois, tu t'apperçois qu'aucun des membres du groupe n'est une clé. Qui plus est, aucun des deux membres du groupe n'est noir. Comment maîtrises-tu ta rage?

A.G. : En voyant The Black Keys, je maîtrise ma rage en songeant aux grandes lignes d'un manifeste pro-premier degré que je vais écrire une fois revenue à la maison.

J.-M. G. : c'est quoi ça The Black Keys?

F. D. : Je m'endors.

Voilà. Maintenant vous n’êtes toujours pas tellement plus avancé sur la pertinence de cet article, sauf qu’Osheaga l’a inspiré, et ça, c’est juste un des trucs extraordinaire qu’Osheaga aura fait pour l’humanité ce weekend.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Il faut absolument se relire ! Tu emploies l'imparfait du subjonctif (qui se distingue par l'ajout d'un accent circonflexe ou "petit chapeau" sur la voyelle précédant la terminaison) au lieu du passé simple.

Et on sait tous qu'Osheaga, c'est nul. Mais ton blog aussi il est nul.