mercredi 16 juin 2010

C'est pas la faute à BP

Près de deux mois après l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon qui a provoqué la fuite qui déverse environ 40 000 barils de pétrole brut dans le Golfe du Méxique chaque jours, BP semble toujours à la fois incapable de gérer la fuite et la crise. Les tentatives pour colmater la fuite ont, jusqu'à maintenant, toutes échoué et il est évident depuis longtemps que BP semble davantage intéressée à récupérer le précieux pétrole plutôt qu'à contenir le désastre environnemental. Il est encore difficile d'estimer à combien s'élèvera la facture de nettoyage (que BP s'est dite prête à assumer dans sa totalité) et l'on parle de coûts allant de 3 à 30 milliards $ (US) environ pour l'instant. La compagnie, qui dégage des revenus nets annuels de plus de 15 milliards $ (US) et dont les actifs s'élèvent à environ 250 milliards $ (US) devrait être en mesure d'éponger ces coûts. Afin de dégager les sommes nécessaires à courts terme, il a notament été avancé qu'il serait possible de suspendre la distribution des dividendes aux actionnaires de la société pour le prochain trimestre.


C'est sur le marché boursier que BP risque de perdre le plus de plumes et même de se noyer carrément dans sa nappe de pétrole. L'on estime que le titre de BP aurait perdu le tiers de sa valeur en bourse depuis l'accident et il ne serait pas impossible de voir la compagnie passer aux mains d'un autre géant de l'industrie pétrolière d'ici la fin de l'année. La Maison Blanche s'est engagée à faire payer le plus durement possible sa bourde à BP et à voir à ce que le pétrole récupéré depuis le début des manoeuvres de recouvrement ne lui rapporte rien. Tant mieux, mais pendant ce temps, ce sont des centaines, voire des milliers d'emplois qui sont menacés sur les côtes du Golfe, de la Louisianne à la Floride, tant dans le domaine des pêches que du tourisme, sans compter les dommages environnementaux qui sont souvent difficilement quantifiables.


Le président de la compagnie, Anthony Hayward, n'aide en rien la gestion de la crise et devient de plus e plus une source d'irritation tant pour le public que pour les actionnaires de BP à force de s'enfarger dans des déclarations plus embarrassantes les unes que les autres allant de "J'ai hâte de retrouver ma vie" à "Il y a des crevettes ailleurs que dans le Golfe".


L'une des compagnies pétrolières les plus importantes au monde pourrait donc être sur le point de s'effondrer. La symbolique fait baver les environnementalistes et autres partisans d'un changement de paradigme énergétique. Sauf que dans les faits, la chute du géant pourrait n'avoir que très peu de conséquences sur l'ordre établi des choses. Les produits à la demande inélastique ont le défaut de leur qualité: leur demande ne varie que rarement. On a beau regarder les images à la télé, se dire qu'il faut faire quelque chose, la réalité est toute autre et l'on continue à devoir se déplacer, à devoir utiliser l'auto. Les gens affichent volontiers leur cynisme et dénoncent l'inaction de la compagnie, mais le boycottage des produits pétrolier demeure marginal.


"Oui mais," diront certains, "les voitures électriques sont à nos portes". Bien, sauf que l'avènement de la voiture électrique ne règelera en rien le principal problème associé à l'utilisation de l'automobile elle-même: l'étalement urbain. Le changement de paradigme le plus important pour l'avenir de la planète demeure encore celui de nos comportements en matière d'aménagement du territoire. Ces comportements influencent notre façon de consommer et la responsabilité de la fuite de pétrole dans le Golfe du Méxique devient alors collective. Oui, c'est la faute à BP, mais c'est d'abord la mienne et la vôtre.

Dans un même ordre d'idées, les autres compagnies pétrolières se seraient mises à prendre des notes à la suite de l'accident dont a été victime BP (et plus accessoirement, l'écosystème entier du Golfe du Méxique). ExxonMobil, voulant diversifier ses activités davantage et suivant l'initiative de l'un des membres de son conseil d'administration, Michael Boskin, aussi directeur chez Vodafone, serait sur le point d'attaquer le marché de la téléphonie intelligente. Il paraîtrait qu'elle en serait à mettre au point un premier modèle de téléphone cellulaire à cadran.


Aucun commentaire: