mardi 23 février 2010

Retour sur les campagnes anti-tabac


« Fumer c’est être l’esclave du tabac », donc si vous fumez, vous êtes un esclave parmi tant d’autres, un esclave sexuel, par exemple. C’est avec ce slogan accompagné d’une photo évocatrice montrant deux jeunes éphèbes innocents à genoux fumant le pénis/cigarette d’un homme, que l’association des Droits des Non-Fumeurs (DNF) tente de sensibiliser le consommateur ou futur consommateur lambda de cigarette.

Certains ont trouvé la publicité choquante, trop suggestive d’un point de vue sexuel. On ne pourrait pas représenter une fellation pour faire passer un message publicitaire ou sanitaire. La représentation de l’acte sexuel est pourtant on ne peut plus ordinaire dans une société où le sexe se donne à voir et à entendre sur tous les supports.

Ce qui est dérangeant, c’est la fausse analogie entre la soumission à la nicotine et la soumission sexuelle à une personne. La logique qui conduit à la dépendance à la nicotine est-elle la même que celle qui conduit à devenir victime d’actes sexuels? Sûrement pas, auquel cas les scientifiques auraient prouvé depuis longtemps que les fumeurs ont plus de chance de devenir des victimes d’actes sexuels.

Cela nous amène à une petite réflexion sur les représentations du fumeur et plus particulièrement du jeune fumeur dans les campagnes de prévention. Ces campagnes dont le leitmotiv et la logique argumentative n’ont pas évolué en 60 ans (voir les campagnes antidrogue à l’usage des jeunes aux États unis dans les années 50) reposent sur une Sainte Trinité : victimisation, culpabilisation, infantilisation. Responsabilisation ? Pas vraiment, du moins pas tout de suite, trop jeune.

Les annonceurs de programmes de santé présentent toujours, depuis des décennies, le consommateur juvénile comme un jeune candide qui est tombé ou va tomber dans le piège de la drogue sous la pression d’un groupe de jeunes cools, mais fondamentalement mauvais. Il faut toujours présenter le consommateur à la fois comme une victime qui subit la pression d’un tiers et dont la volonté est mise à l’épreuve : s’il accepte la cigarette ou la drogue, il tombe dans le mal, s’il refuse il rejoint les bons : Darth Vader, Anakin Skywalker.


Campagne 0drogue du gouvernement du Canada

Au fur et à mesure que notre fumeur grandit, le message évolue. Les campagnes de publicité destinées à inciter les gens à arrêter de fumer, et donc à usage des fumeurs endurcis, reposent sur un autre leitmotiv : la volonté de l’individu et donc la responsabilisation, enfin. Tout le paradoxe de la lutte anti-tabac repose sur ces messages contradictoires qui guident le fumeur au cours de son histoire avec le tabac : on lui dit qu’il est une victime, mais qu’en même temps il est coupable, mais qu’il doit maintenant, alors qu’on l’a toujours traité en enfant, devenir un homme et faire usage de sa volonté.


2 commentaires:

Jo a dit…

moi j'en connais qui adorent sucer!!

Anonyme a dit…

Deux joies: avoir retrouvé cette déconstruction de texte (expo des faux cadavres)qui avait piqué ma curiosité plus tôt cette semaine, mais aussi, lire ENFIN des propos sensés sur cette fameuse campagne anti tabac. Merci, ça fait un bien fou!

Mélanie