mercredi 7 octobre 2009

Cours 101 de cinéma avec Mathieu Grondin # 1 - les subventions…


15h, on rencontre Mathieu Grondin autour d’un café, on parle de cinéma et de la difficulté à en faire quand on a pas un sou. Une plongée en eaux troubles dans le monde des subventions…


De près ou de loin, tout le monde aujourd’hui a déjà fait du cinéma …

Il y a trop de monde qui veut faire du cinéma, mais personne ne semble se rendre compte que c’est une vie de merde. Ça a rendu Falardeau complètement désagréable après tous ces refus de subventions. Il ne faut pas faire du cinéma pour le fun ni par choix. On fait du cinéma parce qu'on ne veut rien faire d'autre pis qu'on n’est bon dans rien d'autre.


Comment ça se fait qu’on donne tant de budgets à des réalisateurs sans vision ?

C’est une insulte à tous les réalisateurs qui attendent patiemment d'être subventionnés.
Si c’est ça qu'il faut faire, on n’est pas sorti du bois. Je change de métier. Quand on pense que le prochain Robert Lepage n'a même pas été subventionné.


La critique n’a pas un rôle à jouer ici ?

Mon dieu... on est au Québec buddy, il n’y en a pas de critique. La critique est in fine pour les films québécois. Ici, on se masturbe tous ensemble en famille en se regardant dans le miroir.


Si tu penses avoir une super idée et que tu veux faire un film, qu’est ce qu’il faut faire ?

T’écris ton scénario, puis après tu va lire ce que demandent les organismes de subventions comme la SODEC, le CAC, etc. Ils te demandent généralement un scénario, un traitement puis un budget.

Attention! C’est des bureaucrates, ils ont une pile des 90 demandes, ils prennent une demande, s’ils aiment/comprennent le scénario, ils lisent le traitement, s’ils aiment le traitement, ils lisent le budget. À chaque étape tu peux passer à la trappe s’il y a un truc qui ne leur plaît pas. De toute façon à la fin tu passes à la trappe parce que c’est ton premier scénario que tu soumets.

Il faut être bien précis, si ton personnage principal est dépressif, n’oublie pas de dire qu’il est dépressif dans la description de personnage parce que le monde est cave pis ils ne l’auront pas compris en lisant le scénario. Excusez mon cynisme.

Après, tu vas voir un producteur qui pense qu’il sait réaliser, il va tout changer selon son idée.
Quand le film sera terminé, si jamais tu gagnes « meilleur film » dans un festival nowhere, tu laisseras le joe blow de producteur monter sur scène recevoir le prix et les compliments à ta place. Avec un peu de chance, le joe blow va s'être fait une crédibilité grâce à ton travail pis c'est lui la prochaine fois à qui on va donner une enveloppe budgétaire discrétionnaire pour faire "son" prochain film.


Et si tu veux faire un court métrage ?

Alors là, fuck les subventions ! Tu veux attendre 4 ans pour faire un ostie de film de 10 minutes ? Ça fait 5 ans que je fais des dépôts, ils ne m’ont jamais rien donné, c'est schizophrénique. Tu vas passer par 4 ans de refus et d'humiliation par du monde qui pense comprendre. Pognes toi un billet de loto, t'as à peu près autant de chances. Le court métrage, tu fais ça sans subvention, tu t'arranges avec le système D pis tu demandes à tes amis.


Faut faire quoi alors ? Un long métrage direct ?

Non ! Un long métrage direct, c’est impossible si tu n’as pas rien fait avant. Tu shoots pas d'argent, tu t’arranges pour faire un bon film, tu le distribues dans plein de festivals et après tu refais une demande de subvention en court métrage en leur disant "regarde, mon dernier a marché ". Pis là t'espères fort fort fort…

Si ça marche pas encore, tu refais un film gratis, tu refais des festivals et tu re-refais une demande de subvention avec un troisième scénario de court métrage, pis là tu devrais être chanceux et ils vont dire oui. Tu fais ton troisième court métrage avec du cash (mais pense pas être payé, tu vas payer tout le monde sauf toi), tu refais ENCORE des festivals, pis là, tu déposes ta demande de subvention en long métrage.


Vie de misère…

Tu essuies 3-4-5 refus, ça te prend 3-4-5 années, pis là si t'es chanceux, t'as 1 million pour faire un film avec deux personnages autour d'une table de cuisine. Tu le fais, tu fais des festivals, tu gagnes des prix OUTRE-MER, et là, tu redéposes pour on deuxième long, tu hausses ton budget à 3-4 millions, et là... Je pense que t'as compris la logique. Pour te donner un exemple, 5150 rue des ormes, ça a mis 7 ans avant de se faire.


Et si tu veux juste écrire des scénarios?

Ta chance c'est que tu peux en écrire plein pis les envoyer à plein de réalisateurs. Plus tu sèmes de graine, plus t'as de chances que ça pousse.


Alors voilà mon intro production cinéma 101, si vous êtes pas découragés, passons à 201

6 commentaires:

Baz a dit…

Mathieu Grondin, tu sais que je t'aime. Les illusions se perdent en vieillissant ! ;-)

Mathieu a dit…

À Téléfilm, au long-métrage, c'est des bureaucrates. À la SODEC, c'est tes "pairs" qui choisissent. C'est la grande excuse de la SODEC pour expliquer leurs choix de films consensuels.

Je pensais pas t'écrirais ça. Je parlais à un ami, pas un journaliste. Avoir sur, j'aurais mis un peu de nuances et un peu plus de réflexion dans mes réponses. Pas grave...

Fabien Loszach a dit…

Ça me rappelle un classique de al littérature...

Mathieu, j'ai vraiment coupé dans ce que tu as dit, t'étais bien plus violent que ça encore...

Alexandre Paré a dit…

quand on parle à fabien, on parle youjours à un journaliste, c'est pour ça que je ne lui dis plus rien.

M a dit…

N'empêche que c'est exactement de même que ca se passe. Bienvenue dans la réalité du cinéma québécois...

Anonyme a dit…

Amertume.

Par chance, on peut souvent compter sur l'appui d'un producteur, quelqu'un qui se bat avec soi, pour faire le film.

Moi j'aurais aimé quelques nuances oui.

Gabrielle TF, Voyous films.