mercredi 7 octobre 2009

Adaptations??? Non Merci! Mille Sabords!

L’adaptation cinématographique d’œuvres littéraires n’est pas une mince affaire, surtout lorsqu’il est question de porter des œuvres cultes au grand écran. Les bons coups se comptent généralement sur les doigts de la main. Il n’y a d’ailleurs rien d’étonnant là-dedans puisque le format cinématographique ne permet pas de rendre fidèlement le récit complexe d’une œuvre de plusieurs centaines de pages. Le scénariste qui se lance dans l’adaptation d’une œuvre littéraire doit éventuellement déterminer s’il est pertinent de porter à l’écran les intrigues secondaires d’un récit, ou encore de raconter l’histoire mot pour mot, telle qu’imaginée par l’auteur de l’œuvre originale.

Les pièces de théâtre ont souvent été à l’origine d’adaptations réussies parce qu’elles sont écrites pour être jouées et peuvent être portées à l’écran dans leurs versions intégrales. Reginald Rose avait lui-même adapté sa pièce 12 Angry Men en 1957 pour que Sidney Lumet la tourne de façon admirable. En 1996, l’australien Baz Luhrman gagna un pari audacieux en réalisant le film Romeo + Juliet dans la véritable langue de Shakespeare et en transposant l’histoire à notre époque. Jean-Paul Rappeneau connut également un vif succès en adaptant la pièce d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac. L’exploit ne fut pas tant d’adapter une grande pièce de la dramaturgie française que d’imposer un texte en alexandrins aux cinéphiles.





Si Shining demeure pour plusieurs l’un des films les plus importants de l’œuvre de Kubrick, d’autres lui reprochent d’avoir mal transmis l’essentiel du récit de Stephen King. Ainsi, plusieurs réalisateurs se sont heurtés à un mur en se lançant dans l’adaptation d’œuvres littéraires. L’œuvre d’Alexandre Dumas a été particulièrement malmenée au cinéma, et l’on compte plus d’une dizaine d’adaptations cinématographiques ou télévisuelles plus ou moins maladroites des Trois mousquetaires ou du Comte de Monte Cristo. L’adaptation du Nom de la Rose, d’Umberto Eco, est boiteuse. La littérature grand public, que l’on croit souvent très près du récit cinématographique, souffre également de son adaptation. Les exemples de navets sont multiples : The Da Vinci Code, Jurassic Park (ou tout autre roman de Crichton, d’ailleurs), The Bone Collector, The Green Mile (et plusieurs autres adaptations de romans de King), etc. Sauf qu’Hollywood a fait des adaptations sa vache à lait il y a très longtemps, et la tendance n’est pas près de changer, si bien que l’on voit de plus en plus d’adaptations de bédés. Les années 1970 et 1980 nous en avaient données quelques unes (Superman, Flash Gordon, Howard the Duck, Popeye, Batman, etc.). Ces franchises se sont multipliées au cours des vingt dernières années et sont devenues extrêmement lucratives, surtout depuis le mariage entre l’industrie cinématographique et celle des jeux vidéos. Il ne se passe donc plus une année sans que l’on nous serve un Batman, Spiderman, X-Men, Superman, Astérix et cie.




Avertissement! Ne pas regarder au complet...

Le problème c’est que si l’on croyait les polars et la littérature populaire près du cinéma, l’on se dit que c’est encore plus vrai pour la bande dessinée. D’une certaine manière, certes, puisque c’est l’essence de la bédé d’être graphique. Mais le transfert de la bédé au cinéma ne se fait pas si simplement, et plusieurs tentatives ont prouvé que les personnages qui étaient crédibles sur papier ne le sont plus du tout en chair et en os. L’un des grands problèmes des adaptations de bédés vient du fait qu’elles s’adressent à une grande variété de publics différents pour une variété de raisons différentes. Ainsi, l’enfant de 8 ans qui lit Astérix ou Batman, ne le lira pas de la même manière lorsqu’il aura 20 ou 30 ans. Les dernières adaptations de Batman ont su relever le défi dans les dernières années en les traitant de manière réaliste. Le même virage s’est d’ailleurs effectué chez James Bond. L’idée étant de ne garder de fantastique que le nécessaire. La technologie et les costumes, eux, se rapprochent, autant que possible, de la réalité, ce qui donne une crédibilité au récit, qui demeure, lui, entièrement improbable. Finis les costumes éclatants qui font grincer les dents. Finis les décors de carton. Les puristes crient, les cinéphiles se réjouissent.



Il n’en manquait plus qu’un, et probablement le plus complexe : Tintin. Voilà que deux poids lourds d’Hollywood se lancent dans la production d’une trilogie mettant en vedette le reporter belge le plus notoire du monde. La rumeur veut que chacun d’eux réalisera l’un des films, et qu’ils uniront leurs efforts pour le troisième et dernier film, produisant ensemble la trilogie. C’est à Spielberg que revient la tâche de réaliser le premier des films (Le Secret de la Licorne) dont la sortie serait prévue pour 2011. Jackson réalisera vraisemblablement Le Trésor de Rackham le Rouge. Le mystère plane toujours, cependant, sur le troisième et dernier film. Il serait étonnant que les deux réalisateurs décident de s’attaquer aux ouvrages qui suivent la Licorne et Rackham, puisqu’il s’agit des Sept Boules de Cristal et du Temple du Soleil, qui sont évidemment inséparables. Certaines rumeurs voudraient que l’on voit prendre vie l’Affaire Tournesol, ce qui ne serait pas improbable, puisqu’il s’agit d’une histoire d’espionnage extrêmement chargée politiquement.


Spielberg et Jackson ont tous deux prouvé, à plusieurs reprises, qu’ils ont ce qu’il faut pour donner vie aux récits littéraires (Jaws, Jurassic Park, The War of the Worlds, Lord of the Rings). Sauf qu’il ne sera pas simple de rendre un Tintin en chair et en os crédible. L’on se souviendra des indigestes Toison d’Or et Oranges Bleues, produites dans les années 1960. C’est que, pour plusieurs, Tintin demeurera toujours le nec plus ultra de la bande dessinée moderne. Hergé, au fil de sa carrière, perfectionna la technique de dessin que l’on appelera plus tard Ligne Claire (traits noirs définis, absences d’ombres, couleurs en aplats, réalisme des décors, continuité dans les plans). Le résultat est si près de la démarche cinématographique qu’il n’est pas rare de voir les écoles de cinéma utiliser les planches d’Hergé lorsque vient le temps d’enseigner les techniques du storyboard. Hergé était, par ailleurs, devenu un maniaque de la scénarisation rigoureuse. L’adaptation des aventures de Tintin devient ainsi extrêmement complexe, puisqu’elle devra être incroyablement fidèle au scénario original. L’adaptation des personnages donnera également du fil à retordre aux producteurs-réalisateurs, puisque les Aventures de Tintin ne sont pas devenues ce qu’elles étaient grâce à leur personnage principal, mais plutôt grâce à la complexité des personnages secondaires, principalement, bien sûr, le capitaine Haddock (joué par Andy Serkis dans le premier de la série à venir). Ainsi, une question s’impose : n’aurait-il pas été préférable de réaliser l’œuvre d’Hergé dans sa langue originale, puisque les dialogues (et surtout les multiples insultes d’Haddock) sont intrinsèquement liés au succès de celle-ci? Ici encore, parions que les puristes crieront. Reste à voir si les cinéphiles se réjouiront.

1 commentaire:

Fabien Loszach a dit…

Je crois qu'il faut tout de même faire attention entre adaptation de romans/nouvelles et de bédés.

Un nombre incommensurable de romans sont adaptés en films sans qu'on le remarque. On se pose la question de savoir si cette adaptation sera réussi seulement quand le roman a eu un succès critique et publique et que, par conséquent, les lecteurs ont un rapport affectif avec. Ce fut le cas dernièrement avec le liseur (the reader) de Sclinck et se sera encore le cas avec La route (the roadÙ) de Cormac Mc Carty... Faut-il parler du Seigneur des anneaux? (très réussi au demeurant)

Pour la bédé c'ets un peu différent puisque le rapport affectif est parfois plus profond. Le monde des comics ou des bédéiste est un monde de fan qui ont bien souvent grandi avec ces œuvres et le sont lus et relus des dizaines de fois.

Pour la retranscription graphique, j epense que des films comme SIn City , 300, ou Watchmen, ont bien retranscrit une certaine essence du film.

La règle dans les adaptations semble être que plus une œuvre à de fans plus elle est difficile à adapter.