mercredi 30 septembre 2009

Saucier + Perrotte : La production de l’espace

McGill University Schulich School of Music, Montreal, Canada


Gilles Saucier et André Perrotte ont fondé en 1988 la firme Saucier + Perrotte Architectes, depuis, la firme est devenue une référence en matière d’architecture au Canada et dans le monde et ne cesse d’accumuler les récompenses (55 prix dont 5 prix du gouverneur). Saucier + Perrotte ont notamment conçu les boutiques de Philippe Dubuc et Michel Brisson à Montréal. Rencontre avec Gilles Saucier autour d'un thème qu'il affectionne particulièrement: la mode.


Vous avez désigné plusieurs boutiques de couturier, notamment celle de Philippe Dubuc et de Michel Brisson à Montréal, vous entretenez donc un rapport intime avec la mode, comment le définiriez-vous ?

J’aime l’idée que le contenu d’un projet soit changeant, évolutif. Le design évolue tout le temps. Quand on travaille avec quelqu’un comme Philipe Dubuc, il faut savoir offrir un lieu qui lui ressemble et qui, comme sa création, évolue. C‘est assez compliqué, on a du penser un lieu qui puisse évoluer dans le temps, survivre aux modes pour justement être capable d’offrir, au cours des années, le meilleur espace à quelque chose d’aussi volatile que la mode.
Il y a aussi l’idée d’un échange entre créateurs, un échange créatif qui se fait sur le lieu, on se met à parler tous les deux pour savoir ce qu’on peut faire, ce que le commanditaire veut. J’aime être au service d’une création qui évolue toujours, en pensant que peut-être ce qu’on fait inspire aussi les gens. Le lieu doit être un vaisseau, un véhicule pour son travail.
Dans le cas de Michel Brisson, on voulait aussi créer un lieu qui bouge. La boutique dans le vieux Montréal par exemple peut changer de forme, elle peut offrir une nouvelle façon de voir et un nouveau rapport à la rue et à l’espace.
Ces projets traitent de l’image, l’image qu’on se fait d’un lieu. On a dérouté beaucoup de gens par exemple en proposant Michel Brisson 2. Les gens disaient qu’ils se sentaient transportés, c’était vraiment l’idée recherchée. On voulait proposer un monde où tout était possible, évolutif, pour que Michel puisse exposer n’importe quel designer. Le lieu est aussi critique que lui, il accepte et propose une certaine vision qui siée bien à la pensée de Michel.

Perimeter Institute for Theoritical Physics, Waterloo, Ontario, Canada



Quels étaient vos apriori en commençant ces deux projets, quelles étaient les idées que vous vouliez matérialiser ?

Dans tous les projets que je fais, j’essaie de revenir à l’essentiel du propos. Dans la boutique de Michel Brisson par exemple, c’était d’avoir un lieu qui suggérait une démarche créative ou un certain regard sur la mode. On voulait réaliser un écrin qui propose un certain regard sur la mode internationale.
Michel a un regard très puissant sur la mode, il a un regard qui évolue sans cesse ; il avait donc besoin d’un lieu qui soit aussi généreux que lui et changeant dans son approche, un lieu qu’on puisse faire évoluer et changer. Michel est toujours en mouvement.
On voulait aussi éviter la dualité habituelle entre le neuf et le vieux, qui est souvent ennuyante. L’idée était de créer un lieu pictural, à la manière d’un tableau de Wermer, un tableau qui contient plusieurs époques dans un seul lieu. On voulait arriver à créer un tout avec un ensemble d’éléments appartenant à des époques très différentes. Ce qui nous importait, c’était la relation entre ces époques, ce qui provoque finalement une relation visuelle très forte. Par exemple, un miroir ancien reflète un miroir nouveau, les deux échangent des images et vous voyez toujours l’image dans l’image, ce qui fait que l’œil est toujours capté par quelque chose de neuf. On ne peut pas comprendre cet espace-là juste en un regard, il faut savoir l’exploiter, l’explorer et il faut surtout y revenir. Je suis satisfait parce que les gens reviennent voir, ils reviennent explorer la chose.

First Nations Garden-Pavillon, Montréal, Québec, Cananda

Pour finir sur la mode, vous le prenez comment quand on vous dit que votre architecture est très à la mode ?

Elle n’est pas tant fashionable, on arrive à servir la cause du design et en même temps à remplir notre mandat en évitant toujours les sentiers battus. Il est évident qu’on s’inscrit dans notre temps, on fait des choses qui sont rattachées à des mouvements internationaux, mais on essaie aussi de créer notre propre regard. Mon idée reste la même, poser un geste architectural, c’est avoir l’occasion de dire quelque chose, de jeter un regard neuf sur quelque chose.
On essaie de créer des lieux qui durent dans le temps, au delà des modes en architecture. Dans le cas des boutiques de Michel Brisson et de Philippe Dubuc, on voulait justement offrir des espaces qui ne s’attachent à aucune mode pour mieux la promouvoir. Il y a donc une tension ou une dialectique entre la pérennité de l’architecture et la volatilité de la mode. On cherche à avoir autant de souplesse que de rigueur dans les gestes que l’on pose et en particulier pour ces deux boutiques. La souplesse renvoi à l’éternel changement de la mode et la rigueur au lieu, à l’architecture et à la mode aussi qui nécessite un travail rigoureux.

(Cette entrevue a été publiée dans le magazine Dress To Kill)

http://www.saucierperrotte.com/

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