mardi 29 septembre 2009

J'veux écouter l'hymne national!


La ministre française de la jeunesse et des sports, Roselyne Bachelot, annonçait l’an dernier que dorénavant, tout match de football hors-concours durant lequel la Marseillaise serait sifflé ou hué serait immédiatement interrompu. Cette décision survenait au lendemain d’une rencontre hors-concours entre l’équipe de France et celle de la Tunisie au Stade de France et au cours de laquelle la Marseillaise avait été copieusement huée. Le secrétaire d’État au sport, Bernard Laporte, avait très rapidement dénoncé la situation et suggéré de ne plus tenir de matches contre les équipes maghrébines à Paris.

Plusieurs groupes dénoncèrent la décision en invoquant qu’il s’agissait plutôt là d’un symptôme évocateur d’une situation sociale précaire pour les communautés maghrébines en France qui se sentent souvent exclues et qui sont souvent aux prises avec des difficultés sociales et économiques importantes. Ainsi, « comme le rappelle William Nuytens, sociologue spécialiste des comportements des supporters, dans le quotidien Le Monde, le 15 octobre 2008, « le stade est l'un des rares endroits où l'on peut encore manifester publiquement ». Siffler la Marseillaise permet à certains d'exprimer leur mal-être. » (www.cafebabel.com, 24 novembre 2008)

Faut-il s’étonner qu’un hymne national soit hué ? Les hymnes nationaux sont des chants patriotiques destinés à stimuler l’esprit nationaliste et à faire la gloire de l’État. Leurs textes sont évocateurs, pour ne pas dire provocateurs. La Marseillaise fut écrite au XVIIIe siècle au lendemain de la déclaration de la guerre franco-autrichienne. Bien que le texte ait subi de nombreuses modifications depuis ce temps, il n’en demeure pas moins un appel aux armes et à la défense de la mère patrie.

Entendez-vous dans les campagnes 
mugir ces féroces soldats ? 
Ils viennent jusque dans vos bras 
égorger vos fils, vos compagnes ! Aux armes, citoyens, 
formez vos bataillons, 
marchons, marchons !
 Qu'un sang impur
 abreuve nos sillons ! (La Marseillaise)

O Lord, our God, arise, Scatter her enemies, And make them fall. Confound their politics, Frustrate their knavish tricks, On Thee our hopes we fix, God save us all. (God Save The Queen)

O! thus be it ever, when freemen shall stand 
between their loved home and the war's desolation!
 Blest with victory and peace, may the heav'n rescued land
 praise the Power that hath made and preserved us a nation.
 Then conquer we must, when our cause it is just,
 and this be our motto: 'In God is our trust.' 
And the star-spangled banner in triumph shall wave
 O'er the land of the free and the home of the brave! (Star Spangled Banner)

Ô Canada!
 Terre de nos aïeux,
 ton front est ceint de fleurons glorieux!
 Car ton bras sait porter l'épée, 
il sait porter la croix!
 Ton histoire est une épopée
 des plus brillants exploits. 
Et ta valeur, de foi trempée,
 protégera nos foyers et nos droits. (Ô Canada)

Ainsi, bien qu’il puisse nous sembler puéril et déplacé de voir les hymnes nationaux se faire huer parce qu’il s’agit en fait de tout un peuple que l’on insulte par extension, la pratique n’a rien d’étonnant. Si l’hymne national est destiné à faire la démonstration de toute la gloire d’un État ou d’une nation, du succès de ses actions, il est normal que des gens opposés aux régimes manifestent leur mépris envers ceux-ci.

Ce type de manifestations s’est notamment multiplié au lendemain de l’invasion américaine en Irak, au printemps de l’année 2003 alors que les partisans montréalais ne se sont pas gênés pour huer le Star Spangled Banner. La pratique s’est maintenue, de telle sorte que l’organisation du Canadien a cru bon de faire intervenir certaines de ses vedettes par l’entremise de messages pré-enregistrés diffusés avant la présentation de hymnes nationaux. Certains ne voient là qu’une manifestation partisane sportive visant à encourager l’équipe locale. Rejoint au téléphone, le Vice-Président aux communications des Canadiens de Montréal, Donald Beauchamp, a déclaré à AACAF qu’il ne faut voir là aucune manifestation politique et que certains partisans expriment de façon maladroite leur désir de voir leur équipe gagner. Les propos de Bob Gainey, Directeur Général du club, au lendemain de huées lors des séries éliminatoires contre les Bruins de Boston le printemps dernier, rejoignent d’ailleurs celles de M. Beaucamp. « They feel like booing the anthem is supporting our team, in that the anthem represents the Boston team. And I think if they could separate those two things, then we could respect the anthem of the United States of America and they could still participate loudly in whatever way they want to disrupt the Bruins. » ( The National Post, 21 Avril 2009)


Depuis quelques années, l’organisation du Canadien diffuse des images de paysages américains et canadiens lors de la présentation des hymnes nationaux. Les images sont évocatrices et montrent, entre autres, des lieux et des monuments que le public affectionne et qui ne sont pas menaçants (la Statue de la Liberté, Hollywood, les Rocheuses, etc.). S’agirait-il là d’une manière de désamorcer la situation en humanisant l’hymne national ou en nous rappelant qu’il est également associé à des lieux, des événements ou des concepts qui nous sont chers ? Le journaliste sportif à La Presse Marc-Antoine Godin n'y voit rien de politique.
« La décision de diffuser des images de paysages américains me semble en effet apolitique. Ce n’est pas le remplacement du drapeau par des paysages qui fera cesser les gens de huer si telle est leur intention. C’est l’hymne qu’ils vont huer, et non l’écran géant.
Il faut rappeler que la SRC diffuse à sa sortie des ondes l’hymne national canadien en montrant des paysages, et non un drapeau canadien. Pourquoi? Probablement parce que c’est plus agréable à regarder. Après avoir investi autant d’argent dans son nouvel écran géant, le Canadien a probablement fait le même calcul.
De toute façon, ce phénomène d’hymne national conspué est très volatile. [...] Et l’hymne national canadien n’y fait pas exception: lors des épisodes de ferveur nationaliste, l’Ô Canada a déjà reçu un accueil pendant les événements sportifs.
Quant aux appels à la bienséance et à la politesse, le Canadien s’en serait bien sûr passé. Mais l’équipe doit malgré elle négocier avec une certaine frange de partisans qui n’ont pas fait une belle jambe à Montréal lors des dernières années. 
»

M. Beauchamp affirme également que ce n’est pas le cas, que la décision de diffuser ces images est absolument apolitique et que celles-ci ne sont diffusées que parce qu’elles sont belles. Mièvrement belles, oui, n’empêche que la vidéo suivante serait peut-être plus efficace. La saison de hockey commence jeudi le 1er octobre.


1 commentaire:

6p00d834525e1869e2 a dit…

ce qu'on oublie souvent c'est que des images absolument apolitiques, ça n'existe pas .. dans l'histoire récente, aux USA, quand les artistes peintres ont commencer à entrer dans l'abstraction, ça n'a pas pris bcp de temps avant que ça deviennent, pour certains, un symbole de liberté, et pour d'autres, un symbole de déchéance .. on ne s'en sort pas .. je crois que les mots sont certainement ultra connotés/politisés derechef, et tout de suite après, les images le sont aussi, ou le devienne assez vite merci