mercredi 16 septembre 2009

Faire le saut en politique municipale

Le Dimanche 1er novembre prochain, certains Montréalais se rendront aux urnes pour élire le prochain maire de la métropole ainsi que le conseil municipal. L’on dit « certains » Montréalais parce que le taux de participation aux élections municipales est plus souvent qu’autrement catastrophique (39,1% aux dernières élections), et ce, malgré que les enjeux liés à la politique municipale soient probablement ceux qui nous touchent tous le plus directement. Les médias ne sont évidemment pas sans torts puisqu’il est vrai que, de façon générale, la couverture des élections municipales se limite à la couverture des activités des chefs de partis. Nous avons donc eu l’idée de rencontrer des candidats aux prochaines élections de manière à obtenir le point de vue de ceux que les médias de masse ignorent trop souvent.

Le premier candidat à avoir accepté de se soumettre à l’exercice fait le saut en politique pour la première fois et se présente pour Projet Montréal dans Ahuntsic-Cartierville. Il s’agit de Jean-François Desgroseillers, un jeune professeur de science politique et de coopération internationale au parcours éclectique. Après des études en génie civil à l’École Polytechnique de Montréal, Jean-François change de cap et complète une maîtrise en science politique à l’Université McGill. Il travaille ensuite pour le service extérieur au ministère des Affaires étrangères, ce qui le mène à travailler en Afrique, notamment. Il enseigne présentement la science politique au CÉGEP de Terrebonne et la coopération internationale à l’Université de Montréal.


Almost As Cool As Fighting
Comment penses-tu que tes différentes formations, en génie civil et en science politique, ainsi que ton bagage professionnel, en coopération internationale et en enseignement te préparent pour un poste de conseiller municipal?

Jean-François Desgroseillers
Ma formation en génie est loin derrière moi. J’imagine que ça me donne certaines connaissances techniques et une aisance à communiquer avec les responsables des travaux publics ou les ingénieurs de la ville, par exemple. Je n’y avais jamais pensé, mais en fait je crois surtout que je profiterai surtout d’un bon réseau d’amis avec qui je suis allé à Poly et qui travaillent presque tous de près ou de loin avec la ville. Soit dans le privé, soit dans le public, et ça me permet d’avoir accès à des informations auxquelles je n’aurais pas accès normalement. J’ai des amis qui sont très bien placés pour me confirmer certaines rumeurs de collusion ou de corruption. Pour la science politique, c’est assez indirect. Je mentirais si je disais que la politique municipale m’a toujours attiré. J’ai plutôt eu une sorte de révélation en découvrant vraiment Projet Montréal et en me rendant compte que leurs idées étaient réellement branchées sur les enjeux mondiaux, des enjeux qui me touchent. J’avais voté Projet Montréal en 2005 sans militer, puis je me suis impliqué avec le parti et j’ai milité quelques années. Aujourd’hui je me présente et je travaille comme enseignant déjà plus de 40 heures par semaine, et j’investis 2-3 heures par jour dans Projet Montréal. Mon expérience en coopération internationale m’a donné envie de m’impliquer d’une façon ou d’une autre et ça m’influence aussi. On parle beaucoup de corruption à Montréal ces jours-ci, et j'ai été témoin des dégâts qu'elle peut causer lorsque j’ai travaillé en Afrique et où la corruption prend des proportions parfois complètement démesurées. Mais en même temps, je regarde la manière dont la Banque Africaine de Développement gère l’attribution des contrats, avec des règles sérieuses, rigoureuses, alors qu’ici, la Ville de Montréal n’est même pas foutue de se doter de cadres aussi rigoureux que ceux de la Banque Africaine. Alors la voilà, la réponse un peu trop exhaustive à ta question. (rires)

AACAF
On a souvent l’impression que Projet Montréal prêche aux convertis et qu’il arrive mal à rejoindre les gens qui ne sont pas déjà convaincus. As-tu cette impression? Le vois-tu en faisant du porte à porte?

J-F D
Il y a un désintérêt pour la politique municipale. Les gens sentent qu’ils ont très peu de moyens de s’impliquer, de proposer de nouvelles choses, et comme le conseiller municipal est le lien principal entre le citoyen et l’Hôtel de Ville, si ton élu s’en fout, c’est fini. Alors les gens s’intéressent peu à la politique municipale et Projet Montréal demeure encore peu connu et on n’est donc pas étiquetté. Le défi, c’est encore de se faire connaître et c’est peut-être tant mieux. L’appui du juge Gomery nous donne aussi une certaine notoriété. En faisant du porte à porte je me présente en tant que candidat pour Projet Montréal et les gens disent « Hein? Qui ça? » Quand je mentionne que M. Gomery s’est joint à nous et nous appuie, les gens font « Ah! Ok, c’est vous ça! » Et puis en fin de compte, nos propositions rejoignent beaucoup de monde. Même si le changement de mentalité n’est pas encore fait, on voit que certaines choses changent et que ce que dit Projet Montréal depuis longtemps est maintenant repris par les autres partis. Il y a 4 ans, le vélo n’était nulle part dans le discours de M. Tremblay et maintenant on le voit sourire sur son Bixi.

AACAF
En ce sens, est-ce que c’est frustrant de voir vos idées reprises par les autres partis?

J-F D
Si on arrive simplement à pousser dans le bon sens, on a une raison d’être.

AACAF
Et si Projet Montréal n’existait pas? Voterais-tu pour Union Montréal ou pour Vision Montréal?

J-F D
Avec toute la corruption, je ne pourrais pas voter pour M. Tremblay. Mais je ne serais pas en train de militer pour Mme Harel. Si Projet Montréal n’existait pas, je serais occupé ailleurs. Projet Montréal me permet de m’impliquer directement dans mon milieu et je le ferais autrement si je ne pouvais pas le faire comme ça.

AACAF
Quels sont, selon toi, les aspects les plus importants du programme de ton parti?

J-F D
Probablement l’installation du tramway tel que planifié par Projet Montréal. C’est un bel instrument pour redéfinir la façon de se déplacer en ville, de revoir notre façon de vivre en ville. Ensuite, le projet de façade maritime et la création d’un lien avec le fleuve. C’est un projet qui est aussi intimement lié à une révision des plans pour la rénovation de la rue Notre-Dame. En fin de compte, notre programme rejoint beaucoup de monde. Il y avait un article dans La Presse de samedi dernier et dans lequel les citoyens lançaient des idées pour réinventer Montréal. Plusieurs de ces idées se retrouvent déjà dans notre programme. On ne repeindra pas les ponts, mais certaines autres idées rejoignent les nôtres. Ensuite, il ne faut pas oublier que le maire serait urbaniste.

AACAF
Que penses-tu du Quartier des Spectacles?

J-F D
Je trouve la Place des Spectacles un peu décevante. Elle est drôlement conçue. Avant sa construction, on ne nous montrait qu’un seul aspect de la Place et on ne nous montrait pas de quoi elle aurait l’air 320 jours par année, lorsqu’elle n’est pas piétonne. Mais c’est tout de même un pas dans la bonne direction.

AACAF
Est-ce vraiment ce qui fera de Montréal une capitale culturelle?

J-F D
Arcade Fire n’a pas eu besoin d’un Quartier des Spectacles pour devenir ce qu’ils sont devenus. J’imagine que ça fera rouler l’industrie culturelle montréalaise et c’est aussi une belle vitrine, mais ce n’est pas de là que la vie culturelle émergera. Ce n’est probablement pas son mandat non plus. La protection des lofts d’artistes fait partie de notre programme, et ça, c’est important pour assurer la créativité et la vie culturelle d’avant-garde.

AACAF
Qui sont les candidats de Projet Montréal à surveiller?

J-F D
Alex Norris dans le Plateau est en très bonne position, et c’est vraiment une lutte à trois sur le Plateau. Dans Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, la fille du juge Gomery, Cym Gomery, est à surveiller, ne serait-ce que parce qu’elle jouit d’une certaine notoriété. Toujours dans le même arrondissement, la Présidente du parti, Magda Popeanu est solide. Peter McQueen, qui avait fait du très bon travail avec le Parti Vert, est aussi très solide. Dans Montréal-Nord, le cinéaste Ronald Boisrond, qui est en nomination pour un prix Gémaux pour son film La couleur du temps (tourné à Montréal-Nord 10 jours avant les événements de l’été dernier) représente un bel espoir. Finalement, dans Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier ouvre le champs parce qu’elle n’est affiliée à aucun parti provincial, alors que les deux autres candidats, dont Diane Lemieux, sont associés au Parti Québécois et vont donc se diviser le vote péquiste. Ce sera une lutte intéressante.

1 commentaire:

Jason a dit…

On veut que la ville achète des building commerciaux et qu'ils nous y vendent des ateliers à prix raisonnable en nous les financant. Il faudrait que ces endroits aient un nouveau type de zonage qu'on pourrait appeler ''culturels émergeants'' attribuable selon les revenus des acheteurs. Me semble que c'est pas si compliqué et pas trop demandé pour garder notre leadership au point de vue créatif. C'est voir à long terme, c'est constructif...