lundi 24 août 2009

Déconstruire un texte de galerie VOL 2


Vous le savez, à Almost as cool as fighting, on est des salauds, on est méchant et on se moque des gens gratuitement. Certaines personnes sont même venues nous dire que si nos textes contenaient des fautes, c’est qu’on était trop sur de nous et trop confiant pour nous relire. Avant d’entrer plus profondément dans le vif du sujet, je voulais préciser, si je fais des fautes c’est que je suis nul en orthographe et dyslexique, au moins tout le monde est au courant.

Parlons maintenant d’un sujet qu’on adore : déconstruire les textes de galerie. Ce matin nous avons reçu cette merveilleuse pièce de littérature artistique dans notre boite aux lettres électronique. Elle commence comme suit :

"À la fois Arabe, Canadien, Français, homosexuel, musulman, 2Fik allie les paradoxes et nous offre une vision singulière sur des problématiques culturelles. Après s’être exprimé par des performances à maintes reprises, il se tourne vers la photographie et présente "Équations et Idylles Identitaires", sa première exposition à la galerie [sas]."

Jusqu’ici rien à dire, si ce n’est l’usage du terme paradoxe, non pas qu’il soit inapproprié ou mal utilisé, mais parce qu’il est un lieu commun du texte de galerie. L’artiste aujourd’hui se joue des paradoxes, cultive les paradoxes, il bouffe du paradoxe tous les matins. Il est fou l’artiste, fou et trop clairvoyant pour que son intelligence reste confinée dans les ornières de la logique et du sens commun. Le travail de l’artiste est toujours paradoxal, ambigu, métissé, hybride, inclassable et fuyant…

Le texte se poursuit :

"La photographie lui permet de se mettre en scène à travers différents personnages et de conférer une notion de réalité aux images qu’il présente".

Pardon ? Personne ne m’avait prévenu ? La photographie nous permet aujourd’hui de produire des images qui représentent le réel ? C’est incroyable, ça doit être ça ce que les gens appellent la révolution du numérique. Rappelons avec E. Gombrich que l’art moderne ne serait pas ce qu’il est sans l’invention de la photographie. En se démocratisant, la photographie a réduit le champ d’intervention du peintre et lui a pris les marchés du portrait et des illustrations notamment parce qu’elle était moins chère et conférait une notion de réalité maximale aux images. L’art moderne peut à bien des égards être interprété comme une réaction au réalisme photographique et une réorientation de la recherche picturale sur la perception phénoménologique des évènements, les impressions ressenties par le peintre.

"Il construit des récits avec une telle rigueur que les personnages qu’il interprète finissent par incarner de réels individus. Photographe et unique modèle, 2Fik se travestit pour questionner sa propre identité, mais également celle des autres".

Autre poncif du texte de galerie : une œuvre d’art questionne. Que questionne-t-elle ici ? L’identité de l’artiste. Les problématiques identitaires n’ont jamais autant suscité d’attention qu’aujourd’hui ; il suffit pour s’en convaincre de constater le succès de la littérature psychologique populaire ou des études de sociologie à ce sujet. Beaucoup d’expositions semblent aujourd’hui interroger l’identité ; des évènements du passé sont même réinterprétés à la lumière de ses théorisations contemporaines comme en témoigne le texte accompagnant l’exposition Imagine, une ballade pour la paix avec Yoko et John Lennon : « tout en s’inscrivant dans la tradition de la résistance passive d’un Martin Luther King ou d’un Gandhi remis au gout du jour par la mode hippie des sit-in à la fin des années soixante, ils s’en distinguent néanmoins par la dimension conceptuelle de ce qui, à l’heure où les attitudes deviennent formes, apparaît comme une performance questionnant les notions d’identité et d’intimité, d’espace et de temps .»

"Ainsi, ses photographies lui permettent d’analyser et de relativiser les notions identitaires préconstruites par le contexte socioculturel et par les coutumes. S’apparentant au roman-photo, les images paraissent légères et incitent le rire, mais une gravité s’installe dès que l’on sait y lire la profondeur des questions lancées par l’artiste. 2Fik est un artiste audacieux dont le propos est poignant et hautement actuel.
"


Les textes d’exposition suscitent chez nous une soif de connaissance ; on va être confronté à un produit, une œuvre qui pose des questions profondes sur des thématiques contemporaines, l’identité ici en l’occurrence. Le problème majeur, c’est que ces questions ne sont jamais formulées et que notre désir de comprendre n’est jamais rassasié. On a souvent l’impression de s’être fait léser sur la marchandise. Certes on ne demande pas à l’œuvre d’être totalement signifiante, ce n’est pas un récit que l’on lit, mais on aimerait au moins que l’artiste ou le galeriste puisse être capable de formuler ces questions qu’il affirme poser.

Contrairement à ce que le ton légèrement ironique de l’article laisse présupposer, on ne présume pas ici de la qualité du travail de 2Fik. Son texte nous sert juste d’exemple pour parler d’une manie rhétorique qu’a pris le texte de galerie. Dans un monde comme celui de l’art contemporain où il y a de moins en moins de critères solides pour juger des œuvres (ce que Yves Michaud appelle le désarroi critériologique) et où les œuvres sont sensées poser de plus en plus de questions, il est peut-être important de demander clairement aux artistes quelles questions pose exactement cette œuvre. Est-il possible de la formuler ? Où peut-on voir ces signes sur l’œuvre ? C’est peut-être une façon de savoir si l’œuvre est pertinente ou non.



Équations et Idylles identitaires : Espace 1 de la galerie [sas] du jeudi 27 août au samedi 26 septembre 2009
372 rue Sainte-Catherine Ouest, espace 416

1 commentaire:

ratsdeville a dit…

salut Fabien - dans ce cas ci, je pense que le texte est relativement approprié et ne fait pas « trop » de digressions dans le genre texte de galerie .. d'ailleurs tu y vas mollo cette fois avec la critique, c'est plutôt dosé, tu poses de (les) bonnes questions (comme souvent) tout en restant gentil ;)

personnellement (je sais, un autre abus de langage, évidemment que ce que je pense est personnel .. quoi que) Je pense que les œuvres de 2Fik sont hallucinantes et audacieuses - si tu vas sur son site pour lire la description des personnages, tu verras qu'il se mouille pas rien qu'un peu : http://www.2fikornot2fik.com/

j'ai bien hâte de voir la facture des photos en tant que tel .. au plaisir de te croiser mon cher

http://ratsdeville.typepad.com/ratsdeville/2009/08/2fik-sas.html