vendredi 21 août 2009

Légende urbaine: le nécrophile partouzeur



Vous êtes entre amis et soudain une personne prend la parole, elle a quelque chose d’important à raconter, elle a entendu une histoire stupéfiante, une histoire vraie.

Cette personne à un(e) ami(e) qui a un(e) ami(e) qui était dans un bar un soir et qui buvait avec ses copines. Un homme assis au comptoire commence à lui parler alors qu’elle s’était levée pour commander. Lentement ils font connaissance, discutent de tout et de rien ; la séduction dans son plus simple appareil.

Ils se plaisent, se regardent, jouent un peu à faire semblant. Lui recommande à boire pour eux deux, elle accepte. Ils continuent de discuter et de se rapprocher, l’alcool fait si bien les choses.

C’est à ce moment que l’histoire change selon la source qui vous l’a raconté.
— Dans une première version, notre jeune femme naïve et influençable (elle est décrite comme ça), embrasse l’homme qui l’entretient depuis plusieurs heures déjà. Ils s’embrassent à pleine bouche, mais au moment de rentrer tous les deux chez lui, les amies de la fille interviennent. Et l’empêche de suivre cet homme qu’elles trouvent « louche ». Raisons invoquées : il serait plus vieux qu’elle et aurait l’air sale. Deux arguments qui n’ont jamais empêché les filles de rentrer avec un homme et encore moins les copines de l’en dissuader…
— dans une deuxième version, cette fille tombe sans connaissance et se réveille un matin dans un parc les culottes à terre…

La suite de l’histoire est à peu près identique. La première victime se réveille avec des boutons plein la figure alors que la seconde ressent de fortes douleurs au bas ventre. Après consultation, le docteur est formel, ces boutons ou ces maux de ventre proviennent d’une bactérie qu'on ne retrouverait que sur les cadavres !

Nous sommes ici, sans aucun doute, confrontés à une légende urbaine. Le sociologue Edgard Morin a étudié la structure de ces légendes à travers un cas particulièrement frappant qui avait touché la ville d’Orléans en France dans les années soixante. Dans La rumeur d’Orléans, Edgard Morin y décrit la légende urbaine comme un mythe, c'est-à-dire un récit imaginaire plus ou moins cohérent et organisé selon une logique psycho-affective, qui prétend se fonder en réalité et en vérité. Une légende urbaine fonctionne aux affects, aux émotions, aux peurs.

Pour le sociologue encore, Le mythe s’appuie sur « la vérification la plus rigoureuse, et sur un témoignage direct d’une personne de confiance [...] même très éloignée, la rumeur continue à s’appuyer sur un témoignage premier quasi direct. Chaque transmetteur connaît un parent, un ami en relation directe avec un parent qui connaît la disparue" . Le maillage a toujours 2-3 maillons entre la victime et celui ou celle qui raconte l’histoire afin de donner de la crédibilité au récit et d’éviter tout contact direct avec la disparue. Le transmetteur est toujours un(e) ami(e) qui connait une amie qui connaît la fille en question…

Mais que nous dit ce mythe?, Pour Edgard Morin encore, la rumeur urbaine correspond au « Surgissement spontané et désordonné d’un nouveau mythe à partir des bas-fonds d’un inconscient collectif ». Plus clairement, la légende urbaine raconte quelque chose de nos peurs et de nos fantasmes enfouis dans notre imaginaire collectif.


Notre histoire de baiseur nécrophile raconte plusieurs choses. Elle réinterprète tout d’abord la fable (sexiste) de la femme candide et naïve qui se fait séduire et tromper par un homme intrinsèquement mauvais (l’archétype du mal). Elle rappelle ensuite que certains hommes (toujours mauvais) utilisent des moyens chimiques pour droguer les femmes et arriver à leurs fins (sexuelles). La présence de la drogue du viol (dont nous ne nions pas l’utilisation) dans une variante de cette histoire rajoute à l’effet dramatique et à la malveillance du personnage masculin.

Enfin, cette légende parle de nécrophilie, soit d’un tabou ultime dans notre société, celui qui mélange acte sexuel et non-respect des morts. Si cette histoire utilise le thème de lcette déviance sexuelle extrème, c’est que cette dernière est un des derniers tabous sexuels d’une société qui n’en a presque plus. En quelques années, et grâce à internet, toutes les formes de sexualité et de paraphilie ont été exposées : bestialité ou zoophilie, coprophilie; l'urophilie (urine) ; l'émétophilie (vomi). 2 Girls 1 cup, la vidéo la plus regardée de 2008 est arrivée comme un avertissement : après avoir vu cela, vous aurez tout vu !

Tout ? Presque tout, il n’y a pas que la nécrophilie que l’on ne montre pas et que l’on interdit, il y a aussi la pédophilie. Cependant, alors que la pédophilie occupe souvent les colonnes des journaux, la nécrophilie fait rarement parler d’elle. Il est difficile de trouver des articles de journaux relatant des arrestations liées à des actes coprophiles, à tel point que l’on se demande comment ceux qui entretiennent la rumeur font pour justifier leur dire… La nécrophilie n'est nulle part et c'est peut-être pour cela qu'elle anime autant nos fantasmes et nos imaginaires collectifs.


À lire : La rumeur d’Orléans, Edgard Morin.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Une adaptation moderne du mythe de Hades et Persephone.