mercredi 5 août 2009

La Boîte de Pandore Nucléaire

Il y a environ 4500 ans, les Égyptiens entreprirent d’ériger ce qui devint probablement la structure artificielle la plus grande et la plus durable de l’histoire de l’humanité : la pyramide de Khéops. Le tombeau gigantesque fut conçu à la fois comme une forteresse et comme un temple, de manière, d’une part, à assurer la préservation de la dépouille du Pharaon pour l’éternité et à dissuader quiconque de piller le tombeau, et d’autre part, de manière à démontrer toute la puissance et la gloire du Pharaon.




Comme les autres tombeaux des grandes civilisations du passé à travers le monde, la pyramide de Khéops fût éventuellement pillée, puis explorée et étudiée à de multiples reprises, et ce, malgré que l’on ait à la fois misé sur la mise en place de dispositifs de sécurité et sur le pouvoir dissuasif de la superstition.

Il n’y avait, jusqu’à très récemment, aucune raison de se méfier de ces sites archéologiques, à moins d’être superstitieux. Certains sites, scellés depuis plusieurs siècles, peuvent parfois renfermer certains gaz toxiques, ou avoir préservé certaines bactéries nocives, et les archéologues doivent prendre certaines mesures de sécurité, mais aucun de ces sites ne présente de dangers réellement importants pour l’humanité entière.

Ce n’est plus le cas depuis le 2 décembre 1942, lorsque le physicien Italien Enrico Fermi et ses collègues de l’Université de Chicago déclenchèrent la première réaction nucléaire controllée et donnèrent naissance à la technologie nucléaire moderne. On connaît la suite : Hiroshima, Nagasaki, des milliers de têtes nucléaires, Chernobyl et plusieurs centaines d’autres centrales nucléaires à travers le monde… Autrement dit, la production de masse des déchets les plus dangereux que l’humanité ait jamais connue.

L’uranium enrichi (U-238), un dérivé artificiel de l’U-235, a une demi-vie de 4,5 milliards d’années. Autrement dit, une quantité donnée d’U-238 mettra plus de 4 milliards d’années à perdre son activité radioactive. Les Étas-Unis, à eux seuls, en possèdent plus d’un demi-million de tonnes. Ce n’est que vers la fin des années 1990 que les Etats-Unis décidèrent d’enfouir leurs déchets nucléaires de façon permanente et qu’ils inaugurèrent, au Nouveau-Méxique, le Waste Isolation Pilot Plant (WIPP), une caverne située à environ 600 mètres sous terre et pouvant accueillir environ 2 millions de mètres cube de déchets. Cinq ans après son ouverture en 1999, le WIPP était déjà plein à 20% de sa capacité. Or, le WIPP n’est pas la principale source d’inquiétude des environnementalistes ou de quiconque se soucie de la survie de quelque forme de vie sur Terre.

En 1989, le FBI effectua un raid à Rocky Flats, au Colorado, une installation du Département de la Défense qui jusqu’à cette date, produisait des détonateurs au plutonium.

« For years, thousands of drums of cutting oil saturated with plutonium and uranium were stacked outside on bare ground. When someone finally noticed they were leaking, asphalt was poured over the evidence. Radioactive runoff at Rocky Flats frequently reached local streams; cement was swirled into radioactive sludge in absurd attempts to try to slow seepage from cracked evaporation ponds; and radiation periodically escaped into the air. »
(Weisman, 2007)

Les déchets de Rocky Flats furent éventuellement transportés au Savannah River Site, un site de traitement des déchets nucléaires situé en Caroline du Sud, ainsi qu’au WIPP. Plusieurs installations souterraines, qui ne pouvaient être déplacées, furent couvertes de béton et ensevelies sous environ une dizaine de mètres de remblais et le site de Rocky Flats fut transformé en National Wildlife Refuge destiné à la préservation des habitats, de la faune et de la flore. Les autorités n’ont pas encore décidé des mesures à adopter pour dissuader les randonneurs de s’aventurer près des anciennes installations enterrées.


Au WIPP, le département de la Défense est tenu de dissuader quiconque de s’approcher trop près du site pour les 10 000 prochaines années.

« After discussing the fact that human languages mutate so fast that they’re almost unrecognizable after 500 or 600 years, it was decided to post warnings in seven of them anyway, plus pictures. These will be incised on 25-foot-high, 20-ton granite monuments and repeated on nine-inch disks of fired clay and aluminum oxide, randomly buried throughout the site. More-detailed information about the hazards below will go on the walls of three identical rooms, two of them also buried. The whole thing will be surrounded by a 33-foot-tall earthen berm a half-mile square, embedded with magnets and radar reflectors to give every possible signal to the future that something lurks below. »
(Weisman, 2007)


La construction de tels dispositifs de sécurité n’est pas prévue avant plusieurs décénnies. Or, s’il arrivait quoi que ce soit et que le souvenir de ces installations était perdu pour plusieurs centaines d’années, si l’espèce humaine s’éteignait et que d’autres espèces intelligentes entreprenaient des fouilles sur la planète, quelles seraient leurs réactions? Ne serions-nous pas intrigués à la vue de telles précautions? N’aurions-nous pas l’impression d’avoir enfin découvert les trésors d’une ancienne civilisation? Et s’il avait fallu que la pyramide de Khéops n’ait pas été le tombeau d’un roi, mais plutôt un site d’enfouissement de déchets dangereux? Jusqu’à maintenant, la boîte de Pandore n’était qu’un mythe, et voilà qu’elle est bien près de devenir réalité… pour le pire.

source: WEISMAN, Alan, "The World Without Us", HarperCollins Publishers Ltd, Toronto, 2007.

2 commentaires:

xkr a dit…

Jésus-Marie-Joseph!

Fabien Loszach a dit…

en parlant du langage des pictogrammes, voilà une preuve qu'ils sont parfois difficiles à comprendre.

http://imgur.com/KCbAE.jpg