jeudi 13 août 2009

Du romantisme



Cette photographie devrait nous servir d’exemple, le romantisme est toujours fallacieux, perfide. Sous des apparences pleines de bons sentiments, il cache toujours une part d’ombre.

L’image est peut-être, avec celle de la bataille d’Iwo Jima (Raising the Flag on Iwo Jima, Joe Rosenthal, 1945), la plus connue de la Seconde Guerre mondiale. Elle montre un marin basculant une jeune infirmière la tête en bas et l’embrassant à pleine bouche sur Time Square, le jour de la capitulation du Japon (14 août 1945).

Cette photo prise par Alfred Eisenstaedt et publiée dans le magazine LIFE quelques jours plus tard est sensée représenter la joie des troupes américaines engagées dans le conflit heureuse de rentrer au pays et de retrouver leurs femmes. Elle montre aussi l’exubérance et le vent de liberté qu’a provoqué cette victoire aux États-Unis.

La photo représente un idéal romantique puissant : le guerrier (Ulysse), après un long périple militaire retrouve sa conjointe (Penelope) qui l’attendait fidèlement au port. Le baiser des retrouvailles est la dimension du danger combattu et de l’attente attendue.
Mais heureusement pour les antiromantiques que nous sommes, l’histoire n’est jamais l’Histoire, il y a toujours un monde entre le vécu historique et le récit qui en est fait.

Alfred Eisenstaedt raconte comment il a pris ce cliché : « Je marchais au milieu de la foule, à la recherche de photos à prendre. J’ai repéré un marin qui venait dans ma direction. Il prenait toutes les filles qu’il croisait et les embrassait. Il expliquera plus tard que le marin ne faisait aucune différence : il embrassait aussi bien les jeunes femmes que les vieilles, les fines, les grosses, les grands-mères et les jeunes pubères. On ne pourra pas lui reprocher d’avoir fait preuve de discrimination.

Se tenant au milieu de la foule, Alfred Eisenstaedt remarque cette jolie infirmière, il sait que notre marin serial kisser va jeter son dévolu sur elle, il attend. “Je me suis concentré sur elle, et comme je l’espérais, le marin s’est approché d’elle, l’a penché en arrière et l’a embrassé. Si cette femme n’avait pas été infirmière, si elle avait porté des vêtements sombres, je n’aurais pas pris la photo. Le contraste entre la robe blanche de l’infirmière et l’uniforme noir du marin donne à la photo toute son émotion».

Notre icône du romantisme guerrier ? Un simple marin saoul qui profite de la liesse populaire pour frencher tout ce qui bouge… Derrière chaque manifestation du romantisme, il y a notre société qui s‘idéalise et une histoire bien moins sentimentale.


Le 3 août 2008, pour son 81ième anniversaire, Glenn McDuffie a officiellement été déclaré comme le marin de la photo d’Eisenstaedt lors du match de baseball opposant les Astros de Houston aux Mets de New York au Minute Maid Park.(source WIKipedia)

2 commentaires:

Crachapelle! a dit…

Whaaaaaaaat.

Avec ce blog, on en apprends un peu plus chaque jours.

M a dit…

Il ne faut pas généraliser non plus. Je ne suis pas prête à dire que derrière CHAQUE manifestation romantique, il y a un motif scabreux. Toutefois, dans le contexte du serial kisser, je suis daccord.
Une romantique