samedi 29 août 2009

Déconstruire un texte d'événement Facebook...


Je dors avec un bâton de baseball sous mon lit, un couteau sous mon oreiller et des poings américains dans chaque main. Je ne sors jamais de la maison sans ma capsule de cyanure bien fixée dans la dent creuse que j'ai dans le fond de la bouche, au cas ou l'on me prendrait vivant et que l'on voudrait me faire souffrir au nom de tous les pauvres auteurs de textes de galerie que nous avons décortiqué sur ce blog, de leurs amis ou de leurs familles. Je m'aventure maintenant dans la déconstruction du texte d'événement Facebook, et le texte qui nous intéresse aujourd'hui aurait pu être un texte de galerie. Allons-y.

Venez assister à Pique-nique11 (sic) PIQUE-NIQUE est un événement d'art actuel qui se définit par la réaffirmation du caractère social de l'espace commun. Par conséquent Pique-Nique investit un lieu public durant une journée et le transforme en espace de création, de diffusion et de discussion.

Le texte est court et c'est tant mieux pour les organisateurs de l'événement. Ça leur évite de tourner en rond davantage.

D'abord, la première partie du texte: PIQUE-NIQUE est un événement d'art actuel qui se définit par la réaffirmation du caractère social de l'espace commun.

Notons le souci qu'ont eu les organisateurs de nous avertir qu'il s'agira d'un événement d'art actuel, et non pas d'art antique, baroque ou futuriste. Dans le doute, j'aurais pu me tromper de perruque. Ensuite, cet événement se définit par la réaffirmation du caractère social de l'espace commun. Il est légitime, ici, de douter de la pertinence d'un événement qui vise à affirmer (non, pardon... à réaffirmer) le caractère social de l'espace... social. Il vaut toutefois la peine de féliciter les organisateurs pour l'exercice de sémantique dans lequel ils se sont lancés. L'espace commun, l'espace public, l'espace social, il s'agit là du même espace partagé par l'ensemble des habitants d'un lieu. Et l'on peut se demander pourquoi faut-il réaffirmer le caractère social de l'espace social. Est-ce parce que ça fait longtemps qu'il n'a pas été affirmé, ou parce que l'on a l'esprit maternel qui pousse à constament rappeler l'évident? "Regardes dans le frigo si t'as faim, il y a du jambon, du fromage, des carottes..."

Par conséquent Pique-Nique investit un lieu public durant une journée et le transforme en espace de création, de diffusion et de discussion.

Nous aurions dû lire: Par conséquent Pique-Nique investit un lieu public durant une journée et l'utilise pour ce qu'il est, un lieu de création, de diffusion et de discussion. Aucune transformation n'aura lieu lors de cet événement, puisque depuis toujours, l'espace public a été le lieu de création, et de diffusion des idées de nos sociétés. L'Agora était à la base de la vie sociale des Grecs, le lieu de naissance de la démocratie et le lieu d'échange d'idées. Le Forum joua le même rôle pour les Romains. Plus tard, les activités religieuses et administratives furent réunies ensemble et respectivement dans les villes d'Italie, de sorte qu'elles formèrent les espaces publics destinés aux échanges et à la diffusion d'informations. "The existence of two powers, temporal and spiritual, required two distinct centers: one, the cathedral square [...] the other, the Signoria, or manor place, which is a kind of vestibule to a royal residence." (Sitte, 1945) Dans le cas qui nous intéresse, l'événement aura lieu à la nouvelle Place des Festivals du Quartier des Spectacles, un lieu destiné à la création, la diffusion et la discussion.

La question n'est pas de savoir si l'événement lui-même est pertinent, mais plutôt d'attirer l'attention sur la mièvrerie de sa description qui, en bout de ligne, ne nous apprend absolument rien sur l'événement. Que fera-t-on? Dois-je prévoir un maillot de bain? Y aura-t-il un spectacle? Faudra-t-il lever la main pour parler?

L'événement aura lieu samedi le 5 septembre 2009, à la Place des Festivals, entre 15h et 17h.

citation: SITTE, Camillo, The art of building cities", Reinhold Publishing Corporation, New York, 1945, p.8

6 commentaires:

Fabien Loszach a dit…

Se réapproprier l'espace public : Oxymore énigmatique, mais plus que triviale dans le(s) monde(s) de l’art. Elle suggère que l’espace public nous aurait été confisqué de force par des puissances obscures (État Léviathan, capitalistes sans scrupules, forces de l’ordre (morale)) Ainsi, il faudrait, par le biais de la pratique artistique se réapproprier cet espace que « personne n’utilise vraiment » ou pas à sa « juste valeur ». C’est vrai que marcher dans la rue, ce n’est pas « réellement » utiliser la rue, c’est être un simple usager, un pantin réifié par le système. Dans le discours artistico libertaire, l’artiste progressiste se réapproprie la rue alors que les agents réactionnaires la monopolisent.

Alexandre Paré a dit…

exactement, l'artiste est un sauveur qui nous redonne notre espace public...

Cirque a dit…

Le pire c'est qu'il n'auront pas accès au site puisque c'est le montage de l'inauguration de la place des festivals... Montage, test ça me surprendrait que le site soit libre d'accès!
Il viendront me voir au site du festival des films du monde hahahahaha

Patrick a dit…

Toutes ces réflexions se résument très bien dans l'emploi endémique - vraie plaie - de l'adjectif "urbain". "Bar urbain", "Taverne urbaine", "Architecture urbaine", etc. Remplacez "urbain" par "forestier" ou "champêtre" et on obtient de jolis monstres.

Un bar forestier, j'imagine que ça n'existe que dans Dungeons & Dragons.

Si vous avez besoin de quelqu'un pour assister au maniement du batte de base ou du poing américain, je veux bien faire du bénévolat; vos "déconstructions" (je ne suis pas sûr que ce soit un concept idéal, mais bon) sont toutes excellentes et instructives. Félicitation pour votre beau programme.

Arno a dit…

Une petite coquille : davantage, et non d'avantage.

Anonyme a dit…

blablabla prétentieux blablabla ZZZzzzzzzzzzzz