vendredi 7 août 2009

Cohabitation et Compromis...

L’histoire complète des mésaventures du Green Room et du Main Hall (Mile-End Cultural Center) n’a jamais, à ce que je sache, été entièrement contée. Entre 2007 et 2008, j’étais assis aux premières loges au moment où le ciel commença à s’assombrir au dessus de la tête des propriétaires du MECC. Je tairai le nom de plusieurs acteurs impliqués dans l’histoire et je tenterai d’en faire un compte-rendu aussi fidèle que me le permettra mon souvenir.

Le MECC ouvre ses portes en 2004. D’une part, le Main Hall, situé au 5390 St-Laurent, une salle de spectacle d’une capacité d’environ 200 personnes installée au deuxième étage, et d’autre part, le Green Room, situé au 5386 St-Laurent, un bar aménagé de manière à pouvoir y donner des concerts et pouvant accueillir un peu plus d’une centaine de personnes. Le MECC devient rapidement un incontournable de la scène musicale indépendante de la métropole où plusieurs groupes locaux et internationaux se produisent. Le Green Room jouit d’une excellente réputation et se taille une place de choix dans le nightlife montréalais. Les soirées qu’on y donne les jeudis, vendredis et samedis affichent souvent salle comble. Les affaires vont bien.

Le Green Room
Photo: Philippe Chabot


Vers 2006, les plaintes de bruit se multiplient. Jusqu’à cette date, les plaintes n’avaient été que ponctuelles, rien d’extraordinaire, mais c’est ici que les choses se compliquent. Les amendes s’accumulent. Le MECC entreprend des travaux de manière à insonoriser ses établissements. On identifie trois sources principales de fuites : la sortie de secours du Green Room et celle du Main Hall, toutes deux situées à l’arrière des bâtiments, ainsi que le système d’aération du Main Hall, situé sur le toît. Le système d’aération est insonorisé et l’on construit des sas autour des sorties de secours. Les résultats sont là, mais rien n’y fait et les plaintes persistent.

La Régie des Alcools et des Jeux s’en mêle et découvre que les permis du MECC ne sont pas conformes à la loi. Le Main Hall ne possède qu’un permis de salle de réunion et ne peut donc pas donner de spectacles publics, et le Green Room ne possède qu’un permis de bar, ne pouvant donc pas, lui non plus, donner de spectacles publics. On suspend donc les concerts et l’on maintient les soirées DJ au Green Room.

Le Main Hall
Photo: GodUnderSiege trouvée sur Flickr (http://www.flickr.com/photos/godundersiege)


Une tuile n’attend pas l’autre et la Régie laisse entendre aux dirigeants du MECC qu’ils doivent posséder un permis de danse pour tenir des soirées dansantes, et qu’entre temps, tout doit être fait pour décourager les clients de danser. On installe des tables et des chaises sur la piste de danse et pour quelques soirées les clients ignorent les chaises et dansent tout de même. Le bar a fait sa part, impossible d’interdire aux gens de danser. Mais le mal est fait. La rumeur qu’il est désormais interdit de danser au Green Room se répend comme une traînée de poudre et la clientèle se dissipe. Les belles années du Green Room sont belle et bien terminées.

S’en suit une longue bataille devant les tribunaux. Les propriétaires s’endettent pour mener la bataille jusqu’au bout alors que les affaires vont au ralenti au Green Room. Fin 2008, le verdict tombe : le Green Room devra fermer ses portes pour quelques semaines (une punition pour les années d’opération illégale), après quoi le permis de bar-spectacle leur sera accordé. Le Main Hall est condamné. En bout de ligne, rien ne sera plus jamais pareil. La clientèle du Green Room s’est rapidement repliée sur d’autres établissements et tout porte à croire qu’il faudra attendre longtemps avant de la revoir…

J’ai omis une partie de l’histoire. Un épisode assez troublant et plutôt délicat. Au moment où les plaintes commencèrent à se multiplier, les dirigeants du MECC firent leur propre enquête de manière à savoir d’où ces plaintes venaient. Ils découvrèrent qu’elles venaient presque toutes d’un seul voisin qui avait tout récemment fait l’acquisition d’une propriété derrière le MECC, sur la rue Clark.

À la suite des travaux d’insonorisation, j’ai assisté aux tests acoustiques menés par un consultant indépendant engagé par le MECC. Alors que les systèmes de sons des deux salles balançaient chacune près de 110 décibels (dB), dans la ruelle, à l’arrière du bâtiment, les instruments ne percevaient rien de plus que les bruits ambiants de la ville. Le consultant me fit remarquer que le chauffe-eau de la piscine du voisin du plaignant était plus bruyante que quoi que ce soit autour. Des personnes qui ont parlé au plaignant m’ont rapporté qu’il leur avait affirmé avoir la ferme intention de faire tout en son pouvoir pour faire fermer le MECC qu’il considérait comme une nuisance. Bien que ces propos m’aient été rapportés par des personnes en qui j’ai confiance, laissons les de côté puisqu’ils sont sans poids et ne sont que le témoignage de la soi-disant mauvaise foi d’un individu.

Il y a près d’un an, la Casa Del Popolo, située au 4873 St-Laurent, connut le même genre de problèmes. Plaintes de bruit, permis non-conformes, etc. L’ironie de la situation pourrait faire sourire puisqu’il y a quelques années, plusieurs magazines étrangers plaçaient le Plateau Mont-Royal parmi les endroits les plus hips en Amérique, citant presque tous la Casa comme étant le fleuron de la scène musicale indépendante montréalaise, un endroit où l’on était presque certain de tomber sur les membres d’Arcade Fire, de Godspeed You! Black Emperor, ou de quelque autre band de l’heure. La Casa rayonne et contribue au développement de son quartier. La Casa Del Popolo a finalement annoncé cette semaine qu'elle pourra à nouveau donner des concerts à partir de la fin du mois. Plusieurs concerts sont déjà prévus.

La Casa Del Popolo
Photo: -Antoine- trouvée sur Flikr (http://www.flickr.com/photos/rouleau)


Quelques années auparavant, c’était le Fringe Festival qui avait failli disparaître. Le festival qui donnait des spectacles en plein air, une fin de semaine par année, à l’angle du boulevard St-Laurent et de la rue Rachel avait suscité l’ire des propriétaires de condos des alentours. Coin St-Laurent/Rachel... On s’installe sur le Plateau parce qu’il est cool, pour l’ambiance, pour ses artistes, mais on doit tout de même travailler le lendemain matin, les enfants doivent aller à l’école et l’on doit leur éviter tout contact avec les itinérants, les junkies, les punks, les autres… Ne parlons pas de gentrification, surtout parce qu’il s’agit d’un phénomène trop complexe pour qu’on le décortique en un seul paragraphe. C’est beaucoup plus qu’un changement de population dans un quartier.

Le Fringe Festival
Photo: Marilis Cardinal trouvée sur Flickr (http://www.flickr.com/photos/marilis)


On assiste plutôt à un changement de mentalités beaucoup plus universel : le Nanny State. L’État Nounou. Or ce type d’interventionnisme est particulièrement stérilisant en ville. La ville est un habitat complexe et diversifié où se côtoient toutes sortes d’espèces, toutes sortes de modes de vie, toutes sortes de mentalités. Cette cohabitation n’est possible qu’en faisant des compromis, en acceptant que certains endroits soient plus bruyants que d’autres, que certains endroits soient plus denses. En voulant éliminer toutes les nuisances de la ville, en voulant l’uniformiser, l’on risque bien de faire disparaître tout ce qui la rendait désirable. L’attrait de la ville réside dans sa diversité, dans ce qu’elle a de beau et ce qu’elle a de laid.

2 commentaires:

perrine a dit…

alexandre pare president!!

Rocklapin a dit…

Je maudit ce voisin