vendredi 10 avril 2009

DJ, Host et photographe: la Sainte Trinité du nightlife

The cobra snake

Au début des années 00 avec l’arrivée sur le marché des premiers lecteurs mp3, des platines CD adaptées au djing et surtout des logiciels permettant de mixer sur son ordinateur et de synchroniser facilement deux morceaux tout le monde est devenu DJ. Cette inflation du nombre de personnes aux platines a fait grincer des dents les puristes du beau son et les “vrais ” passionnés (sic) qui perdaient leur monopole sur la diffusion de la musique en soirée.

La démocratisation du djing est allée de pair avec la libéralisation du partage de la musique sur internet. Tout d’un coup, tout le monde a eu accès gratuitement au catalogue mondial de la musique via des sites comme le défunt Audiogalaxie par exemple ou Soulseek. Cette révolution anti-capitaliste – il faut dire les mots tels qu’ils sont – a nui aux mélomanes et aux collectionneurs qui investissaient une somme importante de leurs revenus dans les disques. Quand toute la musique est devenue gratuite, tout le monde y a eu accès et les distinctions basées sur l’argent investi comme signe de la passion musicale se sont peu à peu effacées. La jeune DJ de 20 ans pouvait avoir autant de musique en quelques jours sur son disque dur que le mélomane qui la collectionnait depuis 10 ans…

Quoiqu’en pensent certaines personnes – les mêmes qui ont de grandes idées sur la culture - il semble évident aujourd’hui que cette démocratisation de l’accès à la musique n’a presque eu que des effets positifs : les gens sont bien plus cultivés musicalement aujourd’hui qu’il y a vingt ans et cette culture s’est faite au détriment des super bands et des majors. Les petits labels et les bands indépendants ont profité d’internet et du partage illégal de la musique et on espère qu’ils seront s’en souvenir en grandissant... D’autre part, le téléchargement a entrainé des nouvelles pratiques de consommation de la culture musicale : on achète moins de CD, mais on va de plus en plus aux concerts et l’on achète plus de produits dérives.

Au milieu des années 00, un autre changement est venu bouleverser la quiétude des soirées mondaines : à la lumière des clubs et des bars s’est mêlée la lumière aveuglante et éphémère des flashs d’appareils photo. Tout d’un coup, en l’espace d’un an ou deux, ça s’est mis à crépiter partout un peu comme dans un stade de football lors de la finale du Superball. Aujourd’hui c’est devenu une habitude, on ne peut plus aller dans un événement, aussi petit soit-il, sans être confronté à une pléthore de photographes de l’événement. Le phénomène est tellement devenu important que l’on en vient à se demander si notre société n,est pas composée essentiellement, de photographes et de mannequins ; le reste de la population devant être gros et donc légitimement exclu de l'image.

The cobra snake

Les technologies de reproduction et de stockage de l’image ont bien évidemment aidé la cause du métier ; les appareils photo numériques de plus en plus performants et offrant une mémoire de plus en plus importante ont permis au novice de prendre, malgré son manque de talent, de jolis clichés. La logique est symétrique à celle du collectionneur de musique : quand le mélomane dépense 40 % de son salaire dans la musique, il prend un avantage quantitatif et qualitatif certain sur ceux qui n’en dépensent que 5%. Mais quand la musique devient gratuite, son monde s’écroule, il perd cet avantage quantitatif et se retrouve à égalité avec tout le monde, il ne reste plus que le talent pour faire la différence, mais se talent se n’oit bien souvent au milieu de la masse des nouveaux prétendants. Pour la photographie c’est un peu la même chose, quand Robert Doisneau photographie le Baiser de l’Hôtel de Ville, il dilapide une centaine de pellicules avant de retenir la photo qu’il veut. Aucun photographe amateur de l’époque ne peut se permettre un tel gaspillage. La différence entre le grand photographe est le petit est une question de talent certes, mais c’est aussi une question de moyens techniques et financiers. Le photographe qui s’est fait connaitre par son talent creuse ensuite l’écart avec ses concurrents par les moyens qu’il est capable de mettre en oeuvre pour les distancer. Avec les appareils numériques semi-professionnels, on peut aujourd’hui shooter 2000 photos en une soirée, et ce, gratuitement. Au milieu de tous ces clichés, le photographe débutant, même dénué de talent trouvera surement une dizaine de photos intéressantes formellement à afficher sur son blog ou à vendre à un prix modique à un magazine comme le Night Life. Aux appareils photos doivent s’ajouter une kyrielle de sites internet qui ont permis de publier ces images : flickr, Photobuckets, les blogs, etc. Internet a offert un support tout désigné pour afficher cette production toujours grandissante d’images. Ces moyens informatiques ont permis aux photographes de se faire connaitre très rapidement sur le marché, mais le nombre ayant augmenté très rapidement, la concurrence pour obtenir les bons contrats est de plus en plus rude et seule une minorité (talentueuse) en détient le monopole.

Derrière cette mode du photographe mondain, il y a une double logique sociale à l’oeuvre : d’une part, on observe une démocratisation du métier de producteur d’image dans notre société; de plus en plus de gens travaillent, enregistrent, manipulent et modifient des images dans une nouvelle économie qui favorise de plus en plus la production de richesses immatérielle. D'autre part, le mouvement d’égalisation des conditions et de démocratisation qui transcende la société moderne s’accompagne d’un discours qui soutient que tout le monde est important et que personne ne peut être placé au dessus des autres. Dans cette logique, tout le monde devient un People et mérite d’être photographié. L’espace entre le quidam et la star est en train de se réduire.

À la fin des années 00, on voit apparaitre un nouveau phénomène dans le milieu de la nuit: celui du Hosting. La chose ne m’avait pas frappe avant que je tombe sur un article/publicité dans le journal Metro faisant la promotion d’un événement festif; ce dernier s’annonçait comme suit: "Trois dj , deux host et un photographe" (Il y a un S à Host) Meilleure Musique du monde.com " @ big city night. Cette annonce venait confirmer mon intuition, une bonne soirée se compose aujourd’hui d’une bonne garniture de dj, saupoudrée d’un ou deux Hosts et assaisonnée d’un zest de photographe: c’est la Sainte Trinité du nightlife.

On reste pourtant habité d’un doute, une question se pose légitimement: à quoi ça peut donc bien servir un host? Par chance, on a croisé Zelia - host de la soirée Ouvre ton Coeur au salon officiel – au concert de Sebastien Tellier. “C’est quoi un host Zelia? C’est un promoteur.” C’était tellement simple qu’on n’y avait pas pensé, les hosts sont des professionnels du party, des promoteurs qui ne veulent plus rester dans l’ombre. Le PR (relation publique) est plus qu’un passé temps ou une profession, c’est devenu un art qui doit s’assumer comme tel et qui doit s’exposer au grand jour. Au même titre que les DJ et les photographes, les Hosts sont des artistes de la communication (des artistes relationnels? Nous vivons dans un monde extraordinaire, toutes les activités de la vie tendent à devenir, petit à petit, des formes artistiques…


Ouvre ton Coeur
The Cobra Snake

6 commentaires:

Rick le Gold Stastny a dit…

super intéressant le concept de socialisme culturel: l'art n'est plus réservé à une élite, autant dans sa production que dans sa "consommation", mais est accessible à tous selon leurs intérêts

Rocklapin a dit…

une belle observation

Wozu a dit…

Si Robert Doisneau (car il me semble bien que le baiser de l'hotel de Ville c'est lui)aurait pris 2000 photos avec un appareil numérique avant de réaliser le cliché parfait, tu ne penses pas que le mérite aurait été le même...? J'ai l'impression que le fait qu'il a dépensé tant de métrage te fait lui donner plus d'estime. On se fout de l'argent dépensé non? l'art de saisir le hasard est le même. Après on peut regretter que la profusion d'images tue l'excellence... tue l'envie d'un instant rare. Conditionnement de la pose etc..
Mais je crois que je ne t'ai pas bien compris au niveau du mérite à dépenser plus d'argent pour son matos...

Fabien Loszach a dit…

Je ne dis pas exactement ça. D'une part Doisneau ne prends pas en photo le hasard, son cliché est mis en scène.

Deuxièmement, ce que je dis,c'est que même si tu n'as pas de tealent, quand tu peux prendre 2000 photos dans une soirée avec un appareil photo numérique, tu as une proportion de chance plus grande de faire quelques bonnes photos. c est tout.

Margot Delorme a dit…

Baiser de l'hôtel de ville = Doisneau
svp

Fabien Loszach a dit…

la honte...