lundi 16 mars 2009

Sociologie du supporter de soccer

On a beau essayer de les défendre, essayer de leur trouver quelque chose d‘intelligent, c’est difficile. Le supporter de soccer serait-il un éternel imbécile ? Pour s’en convaincre nous avons suivi dimanche dernier le classico Paris-Marseille dans deux bars de l’avenue du Parc à Montréal: le Massilia d’allégeance phocéenne et le parc des Princes du nom du stade où évolue la formation parisienne.

Planète Marseille

17h, on entre dans le Massilia (Marseille en latin) c’est la mi-temps, les deux équipes sont rentrées au vestiaire sur un score nul 1-1. la place est bondée, ça sent la sueur et le pastis, tout un stéréotype. Pas de pitié au bar, la règle est tacite, mais connue des initiés : si tu as eu la chance d’arriver jusque-là, tu gardes ta place corps et âme. On prend notre tour pour commander à boire, les supporters de la première heure nous voient, ça ne leur vient même pas à l’esprit de nous faire de la place: la politesse et le savoir-vivre, une qualité bien française. On ne boira donc pas. Petit à petit on se dit qu'on était venu faire une étude ethnologique, mais que cela va se terminer en étude éthologique.

Un faux français (mais pourquoi donc ?) à l’accent marseillais forcé (il avouera plus tard être nait au Québec) fait semblant de parler au cellulaire avec une radio Française. Il invite la foule à crier pour montrer qu’à plus de 7000 km on peut être aussi idiot qu’en France. « Faites du bruit!!!!!!! » Les animaux répondent à cette invitation stupide. Pourquoi fait-on du bruit au juste ? En quoi le bruit devrait signifier quelque chose ? À la fin de la communication, notre reporter du dimanche referme son téléphone, il n’était pas allumé… Loser.

La deuxième mi-temps débute reprend, la qualité de l'image est exécrable; le match est streamé sur internet, la qualité est à peu près égale à une vidéo youtube filmée sur un téléphone cellulaire, en plus ça saute. Décidément rien ne nous retient ici.

Le parc des Princes

Le manque de place et de savoir-vivre méridional nous pousse vers la sortie, direction Le Parc des Princes, quelques blocs de maisons au nord. L’ambiance au Parc est beaucoup moins chaude, et pour cause entre temps, Marseille a marqué (1-2). Ça sent toujours autant la sueur, mais mêlée cette fois à une odeur de pet… Au bar un gars appelle la serveuse coco, on trouve ça beau et on se dit que malgré l’odeur on a peut-être trouvé un endroit plus chaleureux. Très vite on se rend compte qu'on s'était trompé, même peuple, même sport, mêmes manies… On n’a pas le droit de s’installer nulle part, au bar tout le monde nous pousse (sans aucune gêne) et nous demande de nous installer plus loin. « Vous êtes trop grands !» Oui, du con et toi tu es assis au bar, donc c’est normal qu’on te gâche la vue. 60e minute de jeu, Kone déborde sur la droite, lorik Cana reprend la passe aux 16 mètres, plein axe, il arme son tir et décoche une frappe qui atterrît dans le petit filet (PSG 1 – 3 OM). Les quelques supporters marseillais présents dans le bar jubilent et entonnent le classique la la la la la la la… (sur l’air de Seven Nation Army par White Stripes). Le match est fini, il ne se passera plus rien.

Le dernier refuge de la masculinité

On a beaucoup écrit sur les supporters et sur la signification de leur démarche. Le club de la ville serait un des derniers bastions identitaires local contre les effets de la mondialisation qui efface les particularismes. Ces matchs rejoueraient sur un mode pacifié les luttes entre forteresses du moyen-âge, les cris remplaceraient les armes. Toutes ces explications sociologiques se défendent, il y en deux autres que l’on peut aussi considérer comme légitime : le monde du supporter est le dernier refuge de la masculinité et un lieu où l’homme vient sublimer en communauté ses pulsions homosexuelles.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder cette vidéo tournée par un doryphore de la tribu marseillaise lors du déplacement des supporters phocéens en terre ennemie. Dès les premières secondes une femme au balcon se fait invectiver par la foule « sur le balcon, sur le balcon, sur le balcon, sur le balcon c’est une salope ! » Le stade est une utopie hors du temps et hors de l’histoire où les hommes se persuadent pour un temps très court que les rapports hommes femmes n’ont subi aucune transformation depuis les cent dernières années et que les garçons sont encore les dominants dans la relation conjugale. Pour beaucoup d’hommes, l’égalisation des conditions a menacé leur identité et provoqué une blessure identitaire. Ce phénomène a remis en question un ordre biologique et anthropologique dans lequel ils étaient les dominants. Les remarques sexistes chantées entre mâles servent à compenser symboliquement la perte du pouvoir masculin et témoignent vulgairement d’une profonde blessure narcissique.



Par derrière

D’autre part, les chants de supporters et les insultent qui en sont constitutif rendent compte d'un imaginaire homoérotique assez évident avec le mot "enculé" qui s'étales ur tout le champs linguistique du supporter. Ainsi quand il ne désigne pas les femmes, le langage ordurier employé par la foule a généralement rapport à la sexualité anale. Ce rapport n’est toutefois pas clairement défini : parfois les enculés sont stigmatisés « PSG enculé », « et les condés (la police) c’est des pédés » ; parfois les supporters s’impliquent physiquement dans l’acte homoérotique, « Les Marseillais sont à Paris pour enculer le PSG » et le classique « Paris Paris ! on t’encule ». À l'évidence le supporter ne rechigne pas toujours devant un acte homosexuel, mais comme chez les Grecs anciens, il ne doit pas être passif, c’est déshonorant. On peut aussi noter une variante nécrophile dans l’art de l’insulte : « va niquer tous tes morts ». Ça fait beaucoup de monde à niquer tout ça, mais on n'a pas parlé du complexe de l’impuissance sexuelle chez les supporters, ça aurait été trop facile…





à lire: L'épreuve de la masculinité : Sports, rituels et homophobie
de Simon Louis Lajeunesse

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