lundi 9 mars 2009

La déconfiture d'un projet nous donne l'occasion de revoir notre façon de planifier la ville...


L’on annonçait récemment (18 février 2009) dans les médias que le promoteur Devimco ainsi que le comité exécutif de la Ville de Montréal révisaient l’ampleur du « projet Griffintown » et que l’on ne le réaliserait maintenant que par étapes. « On s'attend à ce que l'administration Tremblay abroge les réserves foncières et mette fin aux décrets d'expropriations. » (Benessaieh, La Presse, 18 février 2009) Dans les faits, le projet ne sera plus jamais le même, ce qui, à mon avis, n’est pas une mauvaise nouvelle.

Sous prétexte d’un contexte financier difficile, l’on révise un projet qui, seulement quelques mois auparavant, était jugé rentable, solide et stimulant pour la région métropolitaine (selon le promoteur et le comité exécutif, à tout le moins), mais soulevait l’ire des résidents par son manque de vision et par la manière cavalière utilisée pour faire passer le projet. Celui-ci n’avait été traité qu’à l’échelle de l’arrondissement et on lui avait ainsi évité d’être soumis à une audience publique de l’Office de Consultation Publique de la Ville de Montréal (comité indépendant et apolitique de la ville qui, s’il n’a pas de pouvoir décisionnel, peut faire des recommandations importantes sur les projets qu’il analyse). Le hic c’est qu’il s’agissait en fait d’un projet d’envergure métropolitaine, ne serait-ce que par sa situation géographique (voisin direct de l’arrondissement Ville-Marie et du Vieux-Montréal, le long du canal de Lachine).

L’approche initiale du promoteur avait également créé un malaise chez plusieurs observateurs. L’approche, qui n’est d’ailleurs et malheureusement pas nouvelle dans le cadre des politiques municipales montréalaise consistait à soumettre un projet ignorant plusieurs des directives du plan d’urbanisme de la Ville de Montréal, et d’obtenir ultérieurement les dérogations nécessaires à son approbation. À coups de cadeaux à peine déguisés (le financement par le promoteur d’une ligne de tramway qui n’aurait pour utilité que d’éblouir les touristes du Vieux-Montréal, par exemple), et en ne cédant que sur certains points secondaires et sans impact important sur le projet entier (la hauteur de certains bâtiments et la préservation d’une poignée de bâtiments à caractère historique), Devimco avait su séduire un conseil exécutif mou et frileux, incapable ou sans volonté de faire respecter la vision que la ville s’est donné avec son plan d’urbanisme.

La révision actuelle du projet ainsi que la fin des décrets d’expropriations nous offre enfin la possibilité de mettre sur pied un projet de réhabilitation du secteur de Griffintown qui serait à la fois stimulant pour l’économie (tant à l’échelle du secteur lui-même qu’à l’échelle métropolitaine) et respectueux de la valeur historique et du tissu urbain et social du quartier. La porte s’ouvre sur un projet qui n’aurait pas d’intégré que l’appellation, mais le serait vraiment, en impliquant les résidents, les commerçants et les industries locaux et en faisant appel à plusieurs promoteurs, plusieurs firmes d’architectes et d’urbanisme, travaillant conjointement sur un projet unique, mais décentralisé et respectueux des directives du plan d’urbanisme de la Ville de Montréal. Un projet qui s’éloignerait enfin de ceux que l’on voit apparaître en périphérie des grandes villes nord-américaines et qui n’ont d’urbain que le nom. Enfin, un projet qui confirmerait la volonté du maire de faire de Montréal une ville de design, une ville innovatrice et stimulante.

La déconfiture du « projet Griffintown » n’est donc pas une mauvaise nouvelle, comme le croit le maire de l’arrondissement Ville-Marie, Benoit Labonté. Il s’agit d’une réelle opportunité de revoir la façon de faire les choses en matière de développement économique et immobilier à Montréal. Les grandes métropoles du monde ont compris depuis longtemps qu’elles ne devaient pas se mettre à la solde des promoteurs et des investisseurs si elles voulaient s’épanouir réellement, tant économiquement que culturellement, et si elles voulaient se tailler une place sur la scène internationale. Les grandes métropoles du monde sont devenues de grandes métropoles parce qu’elles ont pris le contrôle en établissant clairement les règles du jeu, et parce qu’elles ont compris qu’il s’agissait là de la seule façon d’attirer les promoteurs et les investisseurs visionnaires. Montréal manque à la fois de cran et de vision.


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