vendredi 16 janvier 2009

Les bédouins urbains, une petite histoire du keffieh



"L'homme est naturellement un animal politique." Aristote

À l’origine, le keffieh (cuffia en italien, cofia en espagnol, coiffe en français), un foulard de tissu blanc et noir, était porté par les bédouins du Moyen-Orient pour se protéger contre le sable et le soleil. Il marquait aussi une distinction sociale entre les paysans/bédouins et les citadins qui portaient de leur côté la tarbouche.

Dans les années 30, alors que la région de la Palestine était sous protectorat anglais, les rebelles Palestiniens menés par Izz al-Din al-Qassam se sont mis à porter ce morceau de tissus traditionnel, à la fois comme signe de reconnaissance face à la force coloniale et comme moyen de rester incognito pour mener à bien leur opérations de guérilla. En 1936, les anglais ayant décidé de serrer la vis contre les rebelles ont commencé à faire arrêter tous les individus qui l’arborait. C’était sans compter sur la solidarité du peuple palestinien… Dans toutes les classes sociales, urbains comme paysans, on se mit à revêtir ce symbole pour dissimuler les rebelles dans la masse.

C’est tout naturellement que Yasser Araft, leader de l'OLP, a adopté le Keffieh dans les années soixante, et en a fait par la même occasion un signe de résistance contre l’état d’Israël. Dans les années 70, les étudiants juifs new-yorkais, sensibles à la cause palestinienne, se sont mis eux aussi à porter ostensiblement le keffieh et furent bien vite imités par beaucoup de militant d’extrème-gauche aux États-Unis et en Europe. Cet événement marque de fait l’entrée du Keffieh dans la culture occidentale.

En 1988, quand commence la première Intifada (guerre des pierres), une nouvelle génération d’étudiants remet à la mode le morceau de tissus, tandis que les jeunes arabes habitants en occident se l’approprient aussi pour marquer leur attachement identitaire aux pays arabes. En 1994, L’intifada prend fin avec la poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat sur le parvis de la maison blanche (mais pas les problèmes israelo-palestiniens…). En outre, d’autres conflits attirent plus l’attention du grand public (Yougoslavie, Rwanda) et le keffieh disparait un peu, cantonné dans les rangs gauchistes et anarchistes militants.

En septembre 2000, Ariel Sharon déambule sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem et provoque l’ire des palestiniens, ce qui a pour but de relancer une guerre des pierres qui continue encore aujourd’hui. Depuis 8 ans donc, le keffieh refait doucement mais surement son apparition dans l’espace social. Depuis 2 ans cependant, il est passé du statut d'artefact politique à celui d’objet pop par excellence; des bancs de l’école secondaire aux soirée Ed Banger, tout le monde ou presque porte le célèbre foulard qui existe désormais en de multiples couleurs. Rappelons toutefois que le blanc est l’original et qu’il s’est mis a symboliser grâce à Yasser Arafat l’OLP, que le rouge représente aujourd’hui le Hezbollah et le vert le Hamas.

Dans une société où la politique se réduit bien souvent à un simple clic pour ajouter son nom à un groupe Facebook, on se doute que le fait de porter un keffieh ne constitue en rien un geste réfléchit, c’est à dire un geste qui fait du sens pour celui qui le porte et qui tendrait à affirmer une prise de position réfléchit en vue d'une lutte éventuelle (lutte verbale voir guerrière). On en viendrait à affirmer la citation de Jean Mistler: "La politique est l'ensemble des procédés par lesquels des gens sans prévoyance mènent des gens sans mémoire." C’est triste, c’est difficile, et c’est bien souvent ennuyeux, mais les droits et les devoirs politiques qui nous sont donnés exigent de nous que nous soyons au courant des dilemmes moraux qui traverse notre quotidien ; comprendre ces problèmes exige de nous du temps, du travail et de la mémoire…

Alors que signifie le Keffieh aujourd’hui pour ceux qui le portent? Peut-être célèbrent-ils tous l’unification des paysans et des citadins lors des émeutes de 1936 en Palestine? Peut-être leur lutte s’engage-t-elle dans une volonté de réunir la campagne, la banlieue et Montréal? Nous sommes tous des bédouins urbains. Amen.




1 commentaire:

Martin ITFOR a dit…

Hahaha, je sais d'où ça vient ce truc là!