dimanche 14 décembre 2008

Les excentriques

ATTENTION; cet article a été publié dans le numéro d'hiver de la revue Dress To Kill, nous vous offrons ici la version complète (non il n'y a pas eu de censure) accompagnée d'illustrations vidéos.


Difficile de faire une recension des artistes excentriques, tant la pratique musicale depuis presque 50 ans est guidée par la recherche d’une posture d’outsider. Si hier assumer sa différence était un combat de tous les jours, aujourd’hui l’excentricité est devenue la meilleure façon de laisser sa trace dans l’histoire de la pop.

Antonin Artaud et Jean Genet n’ont jamais joué de musique. Pourtant, le Théâtre de la cruauté et le Journal du voleur demeurent deux références majeures de la culture de la marge. Le théâtre d’Artaud a énormément influencé le courant naissant de l’art de performance et du happening dans les 60, tandis que ses allers-retours à l’asile en ont fait une icône de la folie créatrice. Vagabond antisocial, enfermé à de multiples reprises, Jean Genet n’a pour sa part cessé dans ses écrits de sanctifier la perversion, le vol et l’amour homosexuel à coup de phrases rudes comme des coups de queue de prisonniers. Son influence est énorme, de Bowie à Antony, tous les excentriques lui dédicacent au moins une chanson.

Grand lecteur d'Antonin Artaud et de Jean Genet (il lui dédie la chanson "The Jean Genie" en 1973), David Bowie puise chez les deux auteurs pour construire un univers théâtral emprunt de fantasmagorie homoérotique. En 1970, il devient pour un temps Ziggy Stardust alter ego androgyne qu’il tue trois ans plus tard pour devenir « Aladdin Sane : un homme fou (peut-être une référence à son frère schizophrène). En 1971, il provoque l’émoi en se travestissant sur la pochette de The Man Who Sold the World. Il reste pour beaucoup l’homme qui a fait exploser les genres : ceux de la pop (il anticipe la new wave et l’électro) tout comme ceux de la sexualité (il est un des rares personnages publics de l’époque à avouer sa bisexualité).



Neil Andrew Megson change d’identité civile à 21 ans pour devenir Genesis P-Orridge, un prélude à son changement d’identité sexuelle. En 1969, il forme le groupuscule COUM, qui se spécialise dans les happenings coprophiles. « Ces gens sont des fossoyeurs de la civilisation» lance un représentant à la chambre des communes anglaise : la légende était née. En 1975 il fonde Throbbing Gristle (TG), groupe reconnu aujourd’hui pour ses expérimentations sonores d’obédience bruitiste. De ce capharnaüm sonore ressort une impression sur laquelle Genesis P-Orridge ne tardera pas à mettre des mots : nous faisons de la musique industrielle pour les gens industriels. En 1978, TG sort le "tube" United, vision prémonitoire de la musique de demain à la source des courants techno, industriel, métal et gothique. Belle paternité pour un groupe ou personne ne savait jouer d’un instrument.



Vers la fin des années 70, Rob Halford, chanteur de Judas Priest cherche à donner une esthétique particulière à son groupe. Il écume alors les lieux qu’il fréquente en cachette : les sex-shops gays. Il revient avec un set de pantalons de cuir et de bracelets à clous. Le style heavy metal biker était né. Si vous vous demandez pourquoi depuis 30 ans la virilité du métal est éclipsée par des artifices SM et gay, vous avez la réponse. Si âr contre vous cherchez comme moi la signification de la chanson painkiller, il se peut que vous n'aillez jamais de réponse. Faster than a bullet,Terrifying scream, Enraged and full of anger,Hes half man and half machine, Rides the metal monster, Breathing smoke and fire, Closing in with vengeance soaring high, He is the painkiller, This is the painkiller !!!



Klaus Nomi est un vrai excentrique. Homosexuel au look improbable il a réussi l’exploit de faire fusionner l’opéra classique à la new wave. En 1979, Bowie découvre sa voix exceptionnelle et l’invite à faire les chœurs pour son passage au Saturday Night Live. Il s’éteint 3 ans plus tard emporté par le sida.



Les Turbonegro ne sont surement pas gays, mais avec leur esthétique de Village people du rock et des titres aussi équivoques que Rendeavous With Anus ils ont permis à plein de jeunes punks qui n’avaient plus de barrières à faire tomber dans les 90’s d’expérimenter les plaisirs coupables d’un bon massage de la prostate. Ils ont mis des mots la ou Rob Halford n’avait mis que du cuir. Pour couronner le tout, Hank le chanteur fait un petit tour en hôpital psychiatrique en 1998: Come on baby and dance again,Jerk that head and be my friend, Merging Zeus and Spartacus, In rendezvous with anus !



Dana International chante sur des airs d’euro dance aux accents méditerranéens un peu comme une ado avec ses copines dans le sous-sol de ses parents. Mais Dana a une autre particularité, avant son opération en 1992 elle était un homme. En 1998, elle gagne avec la chanson Diva, le concours pourtant très conservateur de l’Eurovision comme représentante de l’État d’Israël. Je me rappelle de deux choses : les manifestations des pro gay contre les fondamentalistes juifs dans les rues de Tel-Aviv et la face de ma mère devant la télé.



Créature androgyne à la tessiture très étendue, Antony est devenu avec I Am a Bird Now (2005) le Saint Sébastien de la folk. Avec ses copines de Coco rosie, il rend hommage à Jean Genet sur la chanson Beautiful Boyz. Le nom de son Band (Antony and the Johnsons) est emprunté à Marsha P Johnson, mère des drag queens, leader des mouvements de libération homosexuel, modèle pour Warhol retrouvée noyée dans la rivière Hudson en 1992.
Fin 2007, Antony se joint au projet Hercules and the love affair. Le groupe en forme de banquet épicurien puise dans les classiques de la scène post Disco New yorkaise des 80’s, on reconnaît ici et là ESG, Liquid Liquid ou encore les Bush Tetras, ceux-la même qui chantaient Too Many Creeps. C’est vrai il y en a beaucoup, mais ils font un bien fou à la musique.






Dress to Kill



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