mercredi 17 décembre 2008

L'air, le fondement anthropologique de la vie

«Alors Yavhé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant »

Dieu, dans la tradition judeo chrétienne, est un artisan un peu spécial, c’est même le méta artisan par excellence : l’architecte du monde et celui qui insuffle la vie. Dieu fabrique des créatures de ses mains et leur transmet par son souffle une puissance sacrée et «animante» : la vie.

Peter Sloterdijk a analysé dans le premier tome de son essai sur les sphères cette relation bipolaire et atmosphérique entre le créateur et la créature. Dans un premier temps Yavhé-Dieu ne construit qu’une marionnette, faite de glaise puis il insuffle dans ses narines « une haleine de vie et l’homme devint un être vivant »

Le texte hébraïque de la genèse utilise l’expression «nefesh» pour décrire le « vivant », ce qui signifie aussi « animé par une haleine vivante». Le terme est aussi synonyme de «ruach» qui signifie «air mobile, souffle, souffle de vie, esprit , sensation et passion pensée»

Dieu est le seul à détenir cette compétence de construire des créatures animées, «ontologiquement complètes», qui de surcroît lui ressemble. Voilà le fossé qui sépare depuis la Genèse la technique humaine, l’artisanat et la Théo technique. L’homme est un artisan mais un artisan imparfait, un artisan profane qui ne possède pas le savoir sacré et le souffle de vie divin.

L'homme n'est pas Dieu certes, mais il peut s'inspirer de la théo-technique pour mettre en oeuvre des projets inspirés... C'est le cas de Joshua Allen, un artiste urbain New Yorkais qui construit des animaux et seulement des animaux avec des sacs de plastiques recyclables qui se gonflent avec l'air des conduites d'aérations.



Michael Rakowitz a quant à lui mis en place un système de double membrane qui se gonfle avec l'air chaud expulsé lui aussi des conduites d'aérations en milieu urbain. Cet air chaud lui permet de créer des environnements thermostatiques ou plus simplement des abris en forme de matrice dans lesquels les itinérants peuvent s'abriter et se protéger du froid. Michael Rakowitz appelle ces abris des ParaSITE, étymologiquement des sites à côté (para) mais aussi des parasites, c'est à dire des êtres qui puisent leur substance vitale dans ou sûr l'organisme d'un autre.


1 commentaire:

Clara Bonnes a dit…

Le dispositif de la pièce de J. Allen est touchant de simplicité. Ce genre de pratiques n’est pas sans élégance à l’ère du multimédia et de l’interactivité…
+ j'adore les commentaires hilares des passants: "that's a cat, that’s sweet, oh my god!" pour finir sur un "it's art" convaincu.