samedi 11 octobre 2008

La clinique pelvienne: maman ne veut pas qu'on parle de mon vagin au cinéma

Tôlée le mois dernier à la sortie des salles obscure: les mamans et les papas (qui suivent sans broncher tout ce que disent leur femme en matière d’éducation et de sexualité) n’ont vraiment pas aimé que l’on diffuse au cinéma Guzzo une publicité vantant les mérites d’une opération chirurgicale consistant à augmenter la masse du point G. Une femme nue et un médecin devant un dessin de l'appareil reproducteur féminin, ca en est trop ! Et la qualité de l'image à vraiment bouleversé papa, trop habitué aux doubles pénétrations pixelisées sur youporn.com.

Les commanditaires de la publicité, Gestion Elixir, rappellent pourtant que le Point G est un sujet à prendre au sérieux. En effet, de nombreuses femmes soit à cause de difficultés orgasmiques soit en raison d'une diminution de leur sensibilité sexuelle, ont du mal à avoir du plaisir. Dans ces deux cas (seulement), la Vulvoplastie - ou injection de produits tel que l’acide hyaluronique dans la paroi du vagin - est pour les docteurs de Gestion Elixir, la solution appropriée.

Cette intervention chirurgicale a pour but d'augmenter la masse du point G (du nom du sexologue Ernest Gräfenberg qui l'a découvert en 1950) et donc sa sensibilité. L’intervention dure environ 20 minutes et ses effets seulement 4 à 8 mois. Il faut donc s'activer dés que l'inoculation à été faite; le docteur vous conseillera cependant d'attendre 4 à 5 jours avant de mener le petit de votre partenaire (ou simili partenaire) au cirque.

Pour certaines féministes en mal de luttes, cette pratique prouve une fois de plus à quel point la société capitaliste réifie le corps de la femme la transformant en simple objet de plaisir. C'est un peu le monde à l'envers; un des thème majeur de la révolution sexuelle n'a-t-il justement pas été l'affirmation et la légitimation du plaisir féminin. La femme ne devait plus être réduite à ses déterminations reproductrices, à son rôle de ventre, elle devait s'affirmer comme un corps désirant. La vie quotidienne nous prouve que c'est en partie chose faite.

Mis à part l'indécence du message publicitaire, les critiques qui sont adressés à cette clinique, attaquent donc les fondements supposés de notre rapport au corps: soit l'hédonisme et la maximalisation des expériences sensibles. Dans notre société matérialiste et technique, les pratiques amoureuses tendres et simples disparaitrait sous les coups qu'offrent les nouvelles avancées scientifiques (viagra, opérations cirugicales en tout genre, etc). Ici comme ailleurs, la recherche de la performance deviendrait l'unique but de la sexualité. Ce genre de pratiques techniques participeraient à la réification (transformation en objet) du désir , qui deviendrait à terme facilement controlable, mais aussi à l'objectivation du corps de la femme réduit à un simple objet de plaisir.

Chaque nouvelle découverte scientifique ou médicale qui touche à la sexualité féminine ou masculine vient avec son lot de critiques. Ces dernières - qui transcendent les clivages libéraux-conservateurs - ont souvent en commun une vision romantique du désir, de l'amour, de la sexualité et enfin du plaisir. Pourquoi romantique? Et bien avant tout parce qu'elles considèrent implicitement que ces 4 notions sont inséparables. Il ne pourrait y avoir d'autre réponse au plaisir que celle qui se trouve dans l'accord profond avec une autre personne. La réponse technique à des problèmes sexuels est toujours vu d'un mauvais œil, comme la contamination progressive du royaume des machines sur celui des homme et à fortiori dans un domaine que notre société continue (même si elle a prétendu le libérer) à couvrir de secret.

Le rapprochement théorique qui est systématiquement fait entre la recherche du plaisir et la recherche de la performance est lui aussi un classique des analyse critiques. Ces analyses sous-entendent souvent que ces deux dimensions seraient des avatars de la société capitaliste moderne. Cela n'est pas aussi simple, si la recherche de la performance sur un mode concurrentiel trouve logiquement son origine dans l'histoire du développement capitaliste, il semble que les revendications hédonistes aient pris,avant décolorent dans les 60's, un autre chemin . Peut-etre faudrait-il remonter dans une histoire de la vie artiste comme on a voulu la vivre à la fin du XIXe siècle, dans une histoire de la bohème, des avants gardes artistiques et aussi dans la vie sans temps morts et pleines d'experiences qu'ont promut les hippies. Aujourd'hui ces deux thématiques de la société moderne ( hédonisme et recherche de la performance) cohabitent ensemble, mais il ne semble pas évident qu'elles participent de la meme logique.

Gestion Elixir

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