vendredi 15 février 2008

Porno à la romaine ou antiquité imaginaire ?



Si l’on en croit Josée Blanchette (Porno à la romaine, Le Devoir 15/08), la sexualité occupait une place importante dans la Rome antique, et les tabous étaient moins présents qu’aujourd’hui. Alors « le romain ordinaire ne connaissait pas de restrictions morales ou pénales en matière de lubricité », les puissants penchaient sans tabous dans les « pratiques masochistes », « l’exhibitionnisme », « les orgies » et même la « bisexualité ». La Rome et la Grèce antique auraient ainsi été ce paradis perdu de l’amour roi, libre et affranchi du joug de la pudibonderie et de la culpabilité judéo-chrétienne.

Cette analyse d’une Rome libérale, à mis chemin entre Sodome et Gomorrhe, et qui fait plus du sexe « quelque chose à chercher » que « quelque chose à punir » à cependant était fortement remise en question par de nombreux spécialistes. Dans son livre intitulé La Tyrannie du plaisir, Jean Claude Guillebaud, rappelait qu’il n’y avait pas « de mythe plus durable que celui de l’antiquité permissive ». L’époque païenne a été répressive à sa manière et bien plus qu’on ne le croit. Michel Foucault dans le 2e tome de son histoire de la sexualité (L’Usage des plaisirs) rappelle ainsi que ce n’est pas le christianisme qui a le premier assimilé le corps, le sexe et la chair au mal, ni même valorisé la continence sexuelle. Les philosophes antiques se méfiaient de l’énergie sexuelle non contenue, qui favorisait le désordre et la folie. La virilité était à cet égard considérée comme la capacité de contrôler ses pulsions brûlantes. Dans le même ordre d’idée, il était très mal vu, dans la société romaine de pratiquer l’acte sexuel dénudé et en plein jour (même les prostitués se soumettaient à ce principe). On est loin du sensualisme charnel, et pour cause, la société romaine était bâtie autour de morales morales conjugales sévères et sur un souci de ne pas gaspiller la sève virile.

Alors pourquoi cette mythologisation de la sexualité à la romaine ? Jean Claude Guillebaud explique bien qu’au XXe siècle, la libération sexuelle s’est faite en grande partie contre les morales judéo-chrétienne. La fonction de cette Antiquité rêvée a été d’incarner un avant du judéo-christianisme, plus permissif. « Cette instrumentalisation de l’antiquité n’était pas sans liens avec notre perception du christianisme dont elle figurait le temps d’avant, c'est-à-dire le négatif. L’idéalisation de la morale antique fut d’abord – et demeure – une arme dans la résistance au christianisme. »

La Rome païenne et permissive reste une idéalisation de philosophes. Elle fournit un argument d’autorité qui prend l’histoire à charge pour dénoncer les prétentions morales universalistes et hégémoniques du christianisme. C’est toujours mieux d’avoir l’histoire de son côté.

Aucun commentaire: