jeudi 22 mars 2007

Le vent se lève

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Le vent se lève - The Wind that shake the barley. Ken Loach, Angleterre, 2006


Ken Loach, le réalisateur spécialiste des fictions-docu-drama socialistes revient avec le vent se lève ( The Wind that shake the barley, le vent qui agite l'orge) sur la guerre d’indépendance Irlandaise (1919-1921) contre l’occupant britannique et sur la guerre civile qui s’en suivit immédiatement (1922-1923). Cela valait-il une palme d'or?

Le réalisateur construit un pan de l'histoire irlandaise un récit plus ou moins nuancé où les Britanniques qui occupent illégalement l’Irlande sont très très méchants et les Irlandais, très, très pauvres. Pour leur défense, on dira que les troupes loyalistes sont faites de d'anciens combattants de la première Guerre mondiale, donc de gens un peu sur les nerfs. La mise en scène se construit donc nécessairement pour un « film de résistance » sur un dialectique humiliation — frustration qui explose inévitablement dans un besoin de justice après la mort obligatoire (pour le récit) d’un jeune Irlandais réfractaire à l’injustice. Ken Loach tisse ensuite dans cette trame historique — où il est difficile de ne pas voir une critique de l’occupation de l’Irak par l’armée britannique – l’histoire croisée des deux frères O'Donovan unis dans la lutte d’indépendance avec L’IRA (Irish Republican Army) et séparées dans ce que le réalisateur nous montre comme une compromission politique : un traité de paix inacceptable. D’un côté le jeune médecin idéaliste (Cillian Murphy, 28 jours plus tard, Batman begins) figure christique et archétypale du Che qui veut poursuivre la lutte, de l’autre, le frêre compromis dans la bureaucratie et qui n’attend pas deux minutes pour rentrer dans l’uniforme de l’armée nationale irlandaise (Castro).

Ken Loach connaît tous les canons du film de résistance, il en montre ici toutes les étapes : la naïveté primaire, la haine qui appelle la vengeance, l’initiation à l’inhumanité parfois ; « S’ils viennent ici avec leur barbarie, on les attendra avec la même barbarie. » Pourtant, ce constat ne l’empêche pas de prendre parti, comme un acteur transcendant qui jugerait du bien-fondée de la lutte . Pour Loach, il y a des causes justes, le désir d’indépendance en est une. Comme le souligne fort justement Thomas Sotinel du Monde, « Ken Loach est d'une génération et d'une école de pensée qui le poussent à porter sur les événements d'Irlande un regard tranché ». Regard tranché soutenu par un réalisme parfois un peu emphatique.

Le film nous laisse pourtant un goût amer au regard de l’a consécration qu’il a reçue. Méritait-il une palme d’or ? Peut-être pas. D'une part, on sent que Ken Loach a cherché à faire un grand film au style très académique en engageant contre ses habitudes un acteur très bankable Cillian Murphy, alors qu’il avait la très bonne habitude de faire travailler de sombres inconnus. De plus, alors que dans certains de ces films (Bread and roses) certaines scènes ne semblent pas être scénarisées, conférant au film un charme certain, tout est ici clean à l’extrême, aseptisé. Forme impeccable mais fond paradoxalement dé-socialisé… On est en droit de se demander si à force d’attribuer des palmes d’or pour des motifs politiques (Farenheit 9/11), il ne suffira pas bientôt d’arriver à Cannes avec un simple manifeste politique anti « Axe du bien » empaqueté dans un film dont la forme importerait peu finalement.

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