mercredi 15 août 2007

Réchauffé de contre culture par Bruce Benderson


Concentré de contre culture
Bruce Benderson, Paris, Scali, 2007


Construit sur une idée faussement originale : la contre culture des 60-70’s s’est construit « sur un scrupuleux et logique assemblage d’idées et d’attitudes qui avait embrassées deux ou trois siècles » avant de s’incarner sauvagement puis d’être récupérée par l’industrie commerciale, l’essai plein de bonnes volontés de l’écrivain francophile Bruce Benderson nous laisse largement sur notre faim.

Pourtant, on salivait dès l’introduction, puisque B.Benderson laissait entendre que s’il était impossible de retracer l’esprit du temps, il était par contre du devoir du critique culturel de retracer son éruption. On s’attendait donc à une analyse généalogique et quasi génétique des fondements de la contre-culture. Une dissection en profondeur retraçant les thèmes culturels, artistiques et philosophiques ayant amené à cette explosion soudaine d’anticonformisme, même sous la forme de l’essai, nous aurait largement satisfait.

Au lieu de cela, pas grand choses à se mettre sous la dent, quelques « incursions personnelles » certes, pas mal de « j’y étais » et des hypothèses frôlant parfois le ridicule comme cette idée totalement ahurissante et dépourvue de fondement théorique d’un Canada socialiste :
« pendant la guerre du Vietnam "plus de 90 000 jeunes gens s'enfuirent au canada où, étonnement, leur statut d'immigré leur permit de ne pas être inquiétés. Plus de la moitié de ces exilés ne revinrent jamais, et une grande partie d'entre eux s'impliquèrent dans la politique
canadienne, ce qui poussa le Canada vers la gauche, lui conférant l'orientation socialiste qui prévaut aujourd'hui."

On aurait aussi aimé que B.Benderson développe un peu plus cette idée peu usité qu’il intègre en introduction, soit le fait d’une part que nombre de mouvements contre-culturels s’appuient sur un certain puritanisme (la peur puritaine du sensible chez Debord par exemple) et d’autre part « que certaines formes de résistances les plus vivaces dans notre monde contemporain tendent à être liées à des idées droitières » (le mouvement skinhead)
Au lieu de s’atteler à cette tache qui aurait suscité un réel débat d’idées, B.Benderson se perd dans cet essai construit sous la forme d’un dictionnaire avec ses entrées qui ressassent les poncifs du genre : le concert des Stones à Altamon, le Che, Robert Crumb, Joe Dallessandro, la Factory, le grunge, les sectes new age et le mouvement beat… Le punk y est réduit à est un « geste œdipien, le détrônement de figures parentales arrogantes qui semblaient avoir reniés leurs principes et perdu leur puissance libidinale » et un rejet des paroles poétiques et littéraires. Cela est sûrement vrai, mais pourquoi, au lieu de répéter ce que l’on peut trouver dans n'importe quel almanach, B.Benderson n’a-t-il pas plutôt développé cette idée largement plus intéressante mais à peine esquissée d’une violence punk avant tout théâtrale, un « désir d’exprimer la colère par la théâtralité », soit une application dans le monde vécu du théâtre d’Artaud ?

Au détour de ce qui ressemble plus à un survol qu’à un essai, on croise pourtant quelques bonnes idées, avec par exemple quelques lignes sur le mouvement Volkish précurseur du sentiment hippie ou encore cette quelques lignes sur Queercore initié par son ami Bruce La Bruce. Cela méritait-il seulement deux pages ? Plus généralement, avait-on encore besoin d’un livre sur la contre-culture ? une page dans un blog aurait peut-être suffit.

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