mardi 27 février 2007

Les coeurs d'Alain Resnais


Coeurs, Alain Resnais, France, 2006

Avec Cœurs, on s’est dit qu’Alain Resnais allez nous refaire le même coup que Smoking no Smoking (1993). Même distribution (Sabine Azema, Pierre Arditi), même scénariste (Alan Ayckbourn) et sûrement même ennui. Le résultat est finalement tout autre. Le vieux réalisateur nous livre un film émouvant, où la fatigue d’aimer se conjugue avec la crise du logement et où les cloisons deviennent de vrais acteurs sociaux.

Thierry (André Dussollier), quinqua flegmatique est agent immobilier. Il vit comme un vieux garçon avec se petite sœur Gaelle ( Isabelle Carré) et travaille la journée avec Charlotte (Sabine Azéma), une dévote quasi mennonite qui lutte contre une tentation intérieure. Thierry se met en quatre pour trouver un trois-pièces à un couple en fin de trajectoire ; Nicole (Laura Morante) et Dan (Lambert Wilson) ex-militaire alcoolique et pilier passé maître dans l’art du monologue au bar de Lionel (Pierre Arditi). Lionel de son côté, demande l’aide de Charlotte, pour garder son père ingrat et primitif, cloué au lit par la maladie.

On pourrait croire que la narration va se tisser dans l’imbroglio des relations sociales, tout le monde rencontrant tout le monde pour ainsi dire. Resnais construit plutôt son film comme une chaîne : un maillon est en contact avec un personnage qui est en contact avec un autre. Cela lui permet de s’attarder longuement aux relations sociales des personnages pris justement avec les deux maillons qui les encerclent. Tout cela se joue dans de minuscules appartements exigus, surchargés ; de véritables négations de l’espace vital.

Dans cœurs, Resnais s’attarde autant à la forme qu’au fond. Il focalise le visuel sur les murs et les séparations qui découpent les espaces de vie, de travail et de récréation, mais laisse entendre qu’il y a entre ces cloisons de la place pour la spécificité et le particularisme des personnages. Tout cela est subtil et les ces cloisons matérielles (celles qui séparent les pièces minuscules de nos appartements) répondent à celles plus métaphoriques qui se dressent entre des humains qui redécouvrent l’art du dialogue et de la conquête amoureuse. Cet art du dialogue, même s’il se trouve souvent dans l’impossibilité de lever les équivoques propres aux rapports sociaux est justement ce qui permet à la subjectivité de chaque personnage d’errer plus loin que 4 murs.

Aucun commentaire: