mercredi 12 décembre 2007

Lady in the water


Lady in the water ,M.Night Shyamalan, USA, 2006

Cinquième opus d’une œuvre sans fausse note et toujours plus intense, lady in the water s’offre le luxe de réaliser un commentaire sur le discours cinématographique et offre un regard rétrospectif sur l’œuvre du grand M.Night Shyamalan (SHY pour les intimes).
Après la bombe The sixth sens (1999), œuvre unique au dénouement ahurissant, on pensait déjà que SHY ne pouvait plus trop nous surprendre. Dommage pour les inquiet, il réussit à sortir coup sur coup le très dialectique Unbreakable (2000), suivit deux ans plus tard de Signs (2002) ; le film qui réinventa le genre extraterrestre en basant toute la peur dans sa représentation meta-médiatique (coup de génie). En 2004, encore une grosse claque avec la sortie du Village, film dont le propos très profond, nous explique comment les utopies créent en elle-même leur part de violence endogène. Le village, c’est un film et un discours sur la dialectique intérieur/extérieur de toute sphère communautaire, c’est beau et intelligent. Tant pis si les « cinéphiles » (quel mot désuet) et ceux qui jugent un film en accord avec le guide DVD deLa boîte noire n’ont pas aimé…

On se disait que l’œuvre de Shy deviendrait un jour trop lourde à porter, trop grande, et peut être aussi prise dans une logique de complexification qui allait la mener droit dans le mur de l’ésotérisme. Avec Lady in the water, film qui semble, à la première lecture, plus simplet, SHY réalise un autre tour de force : il offre une légende enfantine traversée de discours et de références au cinéma d’horreur et à son œuvre même.

L’histoire est une histoire d’éléments, d’eau, de terre ; une histoire écologique antédiluvienne. Avant, quand les hommes habitaient encore près de la mer, ils étaient en communication avec les habitants de l’eau. Ces derniers leur prodiguaient des conseils sur la tenue du monde. Mais ces deux mondes se sont séparés, et depuis c’est un peu le bordel. Sauf qu’un soir, Cleveland Heep (Paul Giamatti, pas très bon), concierge d’un immeuble de banlieue résidentiel trouve dans la piscine du building une nymphe et la ramène chez lui. Sa mission, qu’il accepte tout de suit — par ce qu’il en a mare de la rationalité de ce monde et qu’il veut croire aux histoires — est de trouver toute sorte de personnages capables d’organiser une cérémonie magique pour renvoyer cette nymphe dans son monde.

Simple, trop simple ? Tellement que SHY décide de tout tourner dans le même immeuble et transforme ainsi un simple pavillon de banlieue en un phalanstère fouriériste à la dérive, entouré de forces obscures et pris dans sa propre mythologie. Ici encore, le « style forain » (Vincent Malausa, Chronicart) de SHY reste le même, toujours coincé entre la légèreté et une profondeur qui s’installe sans qu’on la sente vraiment arriver. L’histoire s’arc-boute sur une mythologie qui ressort des ages et des mémoires et à laquelle finalement tout le monde finit par adhérer. Le but de la quête est un travail de déchiffrement (tout comme l’œuvre de SHY), il faut trouver et déchiffrer le discours du monde, lire le texte qui se cache dans le texte de la fable elle-même, mais aussi dans toutes les choses de la vie même sur des paquets de corn-flakes…

Ce film est à la fois un « film palimpseste » et une kabbale postmoderne. Dans la forme il est à la fois lisible en surface, au premier degré, puis de manière géologique, par couches se superposant les unes sur les autres. Dans l’histoire et la mythologie qu’il raconte et qui suggèrent que le monde est lui aussi composé de couches et de surcoupes de sens, rendant possibles tout un jeu herméneutique. Merci SHY, tu es le Paul Ricoeur du cinéma et le nouveau Alfred Hitchcock.

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