mercredi 10 octobre 2007

Persepolis: jamais sans Marjane



Persepolis
Marjane Satrapi, Vincent Parronaud, France, 2007


Certains films ne se déplacent pas seuls; leur succès critique et public d’un côté ou de l’autre de la terre fait qu’ils arrivent souvent enrobés d’un discours ou d’une rumeur qui a pour effet pervers de noyer le poisson avant même de l’avoir vu. C’est le cas de Persepolis, film le plus attendu de ce 36e festival du nouveau cinéma de Montréal. D’une part, la bande dessinée (les caves appellent désormais cela un roman graphique!?!) de Marjane Satrapi avait déjà connu un succès immense outre-Atlantique, d’autre part, le film lui-même avait reçu toutes les éloges possibles notamment avec – consécration suprême - le prix du jury au festival de cannes 2007.

Tout ce bruit, tout ce brouillard autour d’une œuvre nous faisait plutôt peur: peur tout d’abord de tomber sur un remake façon bande dessinée de «Jamais sans ma fille», le plus grand livre d'épouvante de la ménagère occidentale des années 80. Même si ce n’était pas le cas de l’œuvre originale, il arrive parfois des accidents lors de l’adaptation. À cet égard, les producteurs ont eu la lumineuse idée de confier la réalisation à Vincent Parronaud et Marjane Satrapi. On avait peur aussi que le film nous soit servi à la sauce «humanisme sautillant» à la Benigni. Sûr que là, on aurait vomi. De ce côté, on est vite rassuré, Persepolis n’est pas un discours «droit de l’hommiste» pour étudiant du secondaire, mais plutôt un récit sensible (à travers les yeux d’une jeune fille) de sociopolitique qui touche des thèmes quasi universels (l’intégrité, l’étrangeté, les idéaux). Pour le dire franchement, on aurait aimé trouver quelque chose de fondamentalement mauvais ou de malhonnête dans Persépolis. On aurait adoré, par distinction, être les seuls à avoir détesté par opposition à la masse des quinquas bobos de gauche qui eux ont adoré, c’est sûr. Mais voilà, le film est là et il est bon. Bon du début à la fin. L’adaptation du dessin au dessin animé est réussie, la qualité picturale est d’ailleurs un des atouts du film avec la profondeur des dialogues. Persepolis ne prend pas le comique comme fin, mais toujours comme moyen d’un récit qui nous transporte entre deux continents culturels. Les préceptes moraux, véhiculés par la famille (le père, la mère, la grand-mère) auraient pu nous paraître «clichés», mais ils sont si justement employés qu’ils guident le récit sans jamais le conclure. C’est peut-être d’ailleurs dans leur volonté d’être conclusifs que beaucoup de films se perdent aujourd’hui.

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