vendredi 30 mai 2008

Survivre à sa rupture par les oeuvres

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L’arrivée du printemps nous permettrait de constater l’existence d’une certaine écologie biologique à l’œuvre dans nos sociétés. Ce serait un moment que tout le monde ressent intérieurement comme une sorte de poussée, une renaissance, voir une remontée de la sève et de l’énergie vitale et terrestre en nous. L'automne donnerait à voir une logique inverse: hybernation, refoulement du désir...
Hélas, ou tant mieux, face à cette décharge énergétique parfois ingouvernable les couples se disloqueraient, incapables de rivaliser avec le Dieu Pan. La sécurité des petites habitudes serait abandonnée à la jouissance et l’euphorie que provoque parfois l’inconnu. En fait, rien ne prouve empiriquement que printemps rime avec rupture et/ou rencontre; rien ne prouve non plus qu’on y tombe plus amoureux. Cette représentation révèle dans sa poésie un certain fond d’animisme présent encore dans les imaginaires postmodernes. Comme les animaux, comme les plantes, comme la terre, au printemps nous bourgeonnons et nous nous reproduisons. Que cette idée soit un mythe n’est pas grave pour notre propos; car ici nous ne parlerons pas de l’amour, mais de sa fin, soit de la rupture.Ainsi, ma première hypothèse: il est possible de bien vivre sa rupture. Deuxième hypothèse: cela nécessite de l’intellectualiser. Une rupture noblement vécue réclame qu’on s’y attarde et qu’on engage à son égard un processus intellectuel réflexif. Il faut revenir sur le drame et le rationaliser.
Cependant, cette réflexion ne doit pas s’arrêter sur le moment de la séparation, la brisure même, mais doit remonter à la source de la relation et retracer la genèse du couple de sa formation à sa déliquescence. Pour arriver à passer cette épreuve malheureuse, j’ai décidé de chercher dans mon micro-patrimoine culturel quelques ressources salvatrices qui pourraient nous permettre, si un jour le cas se présentait, de passer le cap.

Lutter contre la non-reconnaissance et réussir sa sortie
Frederic Beigbeder soutient que quand on se sépare, on achète toujours La séparation(Prix_Renaudot_1991). Dans ce livre d’une qualité littéraire assez anodine, Dan Frank énumère minutieusement la disparition progressive des signes de l’amour. Étant donné que l’amour, dans notre société, est le type de reconnaissance le plus personnel et le plus important, le livre énumère en même temps la disparition progressive de celui qui ne se sent plus reconnu… Dan Frank montre aussi comment la fuite de l’autre provoque chez celui qui est fui le besoin de multiplier les attentions envers le fuyant. Attentions toujours inversement proportionnelles à celles qu’il recevra… La rupture pour celui qui la subit c’est cela: de longs moments de passivité avant la résignation. Pourtant explique l’auteur, la perte de prise sur l’autre doit être compensée par une nouvelle prise sur soi qui passe justement par un processus intellectuel: l’écriture. Se raconter, c’est se revivre et se redonner une consistance hors du regard de plus en plus distant de l’autre. Dernier conseil de l’auteur: si vous avez raté votre couple, au moins ne ratez pas votre sortie; car «l’échec d’un couple ne réside pas dans la rupture, mais dans l’échec de la rupture.»

Méthodes d’autopersuasion
Dans L’amour dure trois ans, livre lui aussi plutôt ordinaire, mais qui a le mérite de se lire en moins de 3 heures, Frederic Beigbeder nous donne un autre conseil, plus proche de la psychologie et des méthodes d’autopersuasion façon Norman Vincent Peale (la puissnce de la pensée positive 1952):
«Répéter souvent ces trois phrases:
1. L’amour n’existe pas
2. L’amour est impossible
3. Rien n’est grave » (p. 31)
On peut douter de l’efficacité de la méthode, vous pouvez toujours vous forcer à lire le livre, il finit bien.



Playlist «pour remonter la pente»
Frederic Beigbeder a tout de même une bonne idée, il couple ses commandements avec une playlist «pour remonter la pente» appropriée. La voici, elle est bien évidemment non exhaustive:
– April come she willde Simon & Garfunkel (à écouter 20 fois),
– Trouble de Cat Stevens (10 fois – c’est la chanson d’Harold et Maude!),
– Something in the way she movesde James Taylor (10 fois),
– Et si tu n’existais pasde Joe Dassin (5 fois),
– Sixty years on suivi de Border songd’Elton John (40 fois),
– Everybody hurtsde REM (5 fois),
– Quelques mots d’amourde Michel Berger (40 fois mais ne vous en vantez pas trop),
– Memory Moteldes Rolling Stones (8 fois et demie),
– Living without youde Randy Newman (100 fois),
– Caroline Nodes Beach boys (600 fois),
– La sonate à Kreutzerde Ludwig van Beethoven (6 000 fois)»

Je rajouterais:
- Caterpillar d'Alain Souchon
- Pretty Girls Make Graves des Smiths
– Partenaire particulier de Partenaire particulier
– Mad world deTears for fears
– Silly Girl de Television personalities
– Mind Contorted de Daniel Johnston («And I know if you saw me now / You would be much perplexed / And I know if you saw me now / Your mind would be contorted / But I love you»)
– Il n’y a pas d’amour heureux de Georges Brassens
– Salut les amoureux de Joe Dassin encore
– Le mepris de Georges Delerue
– 2046 Main Theme de Shigeru Umebayashi
– De l’amour à la haine du Klub des Loosers
– My Girl de Madness


Scène de la vie conjugale
Il faut nécessairement finir ce régime - de son sens étymologique cette petite direction des sentiments - par une œuvre de fiction, peut-être la plus belle n’ayant jamais parlé de la déliquescence d’un couple: Scène de la vie conjugale d’Ingmar Bergman (1973). Cette série télé est composée de 6 épisodes d’à peu près 45 minutes et raconte l’histoire de Joahn et Marianne, sous la loupe du grand réalisateur Suédois. Cette histoire est une histoire de leur communication. Le couple partage tout d’abord le sentiment de vivre une compréhension mutuelle, de parler un «langage commun», puis ils prennent conscience qu’ils sont en fait des magnétophones bien programmés, avant de s’annihiler l’un l’autre en même temps qu’ils sont devenus des «analphabètes du sentiment». Plus tard, ils réapprendront à parler en dehors de leur relation commune. Le langage est le ciment de ce couple comme de tous les autres, et il en va aussi de sa banalisation, de ce qui, ultimement, nous permet de surmonter sa destruction.
Marianne: Tu crois que je t’aime?
Johan: Oui. Mais quand on en parle, tout l’amour s’estompe.»

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