jeudi 10 mai 2007

Fur, un portrait imaginaire de Diane Arbus


Steven Shainberg, USA, 2005

Que faire quand on est un jeune réalisateur sans talent ? Réaliser un film sur ceux qui en avaient. Steven Shainberg connaît la formule et même si Fur n’est pas un projet personnel puisqu’il est une commande de studio, il s’inspire allégrement de tous les biopics à la mode (Walk the line, Ray, Kinsey), nouvelle solution trouvée par les studios de faire de l’argent avec peu d’investissement, et ce, en faisant indé.

C’est un truisme de dire que Fur n’est pas un projet personnel, en effet, le long moment (2h02) de papier glacé qui défile sous nos yeux n’est habité d’aucune identité, et il est quasiment impossible de relever la moindre griffe d’individualité, de prise de partie esthétique. Fur est de long en large fade et insipide, agaçant et plastiquement neutre.

Ce portrait imaginaire de la photographe américaine se construit sur un pattern éculé : Diane Arbus est mal dans sa peau, c’est parce qu’elle vie à New-york dans un grand appartement sans âme et qu’elle travaille comme assistante pour son mari photographe de mode. Vous comprendrez que sa créativité est brimée est qu’elle devra se révéler (puisque c’est le comble des grands artistes) par l’intrusion, dans le cas de Diane Arbus, d’un personnage extraordinaire, déviant, à l’image de sa production photographique future.
Le film va ainsi se construire autour de cette problématique de la découverte de soi dans l’Autre. L’Autre, avec un A majuscule, c’est Robert Downey Jr, le voisin du dessus, qui souffre d’un stigmate gênant : une pilosité extrême, surtout sur la face. À partir de cette rencontre improbable, c’en est finit du film, on entre de plain-pied dans les références « classiques » édulcorées de leur passif : bienvenue dans le « Freaks » de Todd Browning (1932) remanié à la sauce hollywoodienne, avec psychologisme frelaté et bons sentiments de rigueur. Ici Cléopatre ( la très belle trapéziste de Freaks) n’est pas méchante, elle va vraiment finir par aimer Hans, qui lui n’est pas aveugle sur sa condition. Nous non plus nous ne sommes pas aveugle et l’on comprend assez vite le sous texte du film : il faut accepter l’autre, le différent, le monstre, parce que regardez, c’est peut-être ça le cœur de la création artistique ! On frôle les sommets de la philosophie de l’art.
Bien évidemment, en cuisine, la belle famille de la future photographe se décompose et au cas ou l’on soit mongol (il n’y en a pas dans le film, peut-être une erreur de scénario ?), Steven Shainberg force le trait en nous gratifiant de scènes aussi extraordinaires qu’une vaisselle pas faite, une table non débarrassée, des enfants qui s’ennuient en tournant en rond en tricycle et qui reprochent à leur mère de ne pas avoir été là pour leur première dent de lait sous l’oreiller. On croit rêver, c’est normal, on s’endort. Mais restez éveillé au moins pour avoir la chance de voir une de ces dernières scènes du film où Nicole Kidman, livrée à elle-même, se roule dans l’écume d’une plage de sable fin ; une vraie pub.

Même si le film était perdu d’avance, condamné par un scénario proche du degré zéro du conformisme propre aux cuistres bourgeois pseudo-intellectuels, on se dit que la distribution d’acteurs « légitimes » aurait pu changer la donne. Pourtant, rien n’y fait, la direction artistique inexistante les pousse continuellement dans leurs derniers retranchements et ce n’est pas beau à voir. Nicole Kidman cabotine tout simplement, ses spasmes d’anxiété sont indigestes, sa tristesse emphatique. Terrible. Robert Downey Jr n’est jamais crédible, surtout quand il joue le dandy mondain libidineux à face de loup mutant.

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