samedi 10 mars 2007

300: Le choc des civilisations


Zack Snyder, USA, 2006

Dès les premières secondes de 300, on sent que ça va slasher pas mal pendant deux heures. Après un bref aperçu panoramique de ce qu’est l’éducation spartiate (après une initiation plus qu’hardcore, tu reviens spartiate ou tu ne reviens pas), on tombe tout de suite dans le vif du sujet : les Perses débarquent ! (comprendre les Iraniens) En somme, la bête approche et est prête à détruire un modèle de sagesse et de civilisation fondé sur l’eugénisme et la résistance à la douleur.
On se dit tout de suite que le film pourrait être intéressant si Zack Snyder (Dawn of the dead 2004) se mettait à cultiver l’équivoque en évitant de prendre parti entre deux visions guerrières. On est très vite déçu, le réalisateur suivant quasiment à la lettre le comics de Frank Miller du même nom sorti en 1998.

Ainsi, après avoir liquidé l’ambassadeur Perse (figure archétypale du misogyne stupide et fuyant) avec un front kick, puis interrogé les « pompeuses ordures consanguines » en haut de la montagne (l’oracle) qui lui a prédit une mort certaine, Leonidas ( Gerard Butler ) , bien plus musclé ici que dans le tableau de David, décide qu’il faut aller au casse-pipe et massacrer tous ces Perses à tête de bouc qui ont envahi la Grêce et ainsi « délivrer le monde du mysticisme et de la tyrannie et ramener la lumière ». Léonidas, c’est un peu le Voltaire proBush du Péloponnèse et même si les Perses sont tout juste 1 million (historiquement entre 75 000 et 300 000) et les spartiates tout simplement 300 (historiquement 3000), les hommes du roi partent la fleur au fusil, « tous derrières et lui devant ». Ils suivent leur chef avec bravoure, alors que les politiciens de Spartes, ces traîtres opportunistes et couards, négocient contre l’armée la paix soit la honte de la Grèce.

Ce que nous dit le film, c’est que contre la menace, ce n’est pas la politique et les Nations unies, mais l’armée qui protège la loi, l’ordre et la liberté. Certains verront ici des rapprochements avec le discours va en guerre de l’axe du bien ; on leur donnerait raison. On pourrait aussi y voir un clin d’œil à la faiblesse de la politique européenne au lendemain de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne nazie. Cependant ici, le mal a plus l’air d’être l’incarnation d’un Oriental que d’un bavarois.

D’un côté donc, nos bons spartiates, musclés, magnifiques, parfais Aryens héroïques et produits impeccables de l’eugénisme et de l’école du coup de bâton. De l’autre, une bande d’animaux sanguinaires, un ramassis d’handicapés physiques, qui surgissent dans la nuit, tuent les enfants et accessoirement s‘amusent à fabriquer des mobiles géants en assemblant des corps humains. Cette dialectique de l’héroïsme contre la lâcheté, de la civilisation contre la barbarie est surmanifestée dans les deux figures antinomiques des chefs. Léonidas, ubermunchen magnifique, filmé en permanence en plans riefenstahliens face à Xerxès, roi des Perses, fils du grand Darius et réduit ici à une grosse tata percée, épilées aux sourcils et habillée en folle glamrock, genre de version orientalisée de Twisted sister. Au niveau de l’état d’esprit, 10 000 à zéro pour Léonidas, lui qui mourrait pour un seul de ses hommes, alors que Xerces au contraire tuerait tous ses hommes pour sa victoire.

Alors quand le combat s’engage, on n’est pas étonné du tout de voir les Perses se faire ramasser à qui mieux mieux. Derrières les barricades de leur bouclier, les spartiates reçoivent les unes après les autres toutes les légions les plus farfelues et les plus guignolesques jamais imaginées. Il y a tout d’abord la mise en bouche, soit la première vague de fantassins : une formalité pour nos troupes. Puis arrivent dans un ordre de vaillance et de résistance, les cavaliers, les archers et les immortels (historiquement se sont les lanciers qui constituent la garde personnelle du Roi de perse) , un croisement entre le ninja à la sauce comedia del arte. Puis viennent juste après l’inévitable « Boss de fin de niveau » les magiciens lanceurs de bombes incendiaires, tout cela dans un bruit insoutenable avec des cris, beaucoup de HOU !! et une musique aux tonalités metal symphonique insupportable.

Inutile de préciser que l’Histoire est réduite à sa dimension la plus mythique, passée à la moulinette de la superproduction. Le comic de Miller avait déjà la mauvaise manie de décontextualiser l’action et de la rendre trop contemporaine. L’histoire ici n’est qu’un prétexte pour blaster, tuer du vilain et reconstituer artificiellement dans une forme très indigeste une communauté fantasmatique des amis de la race blanche.

Conseil de lecture:

Le choc des civilisations - Samuel Huntington

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