jeudi 2 octobre 2008

Requiem pour un beau sans coeur

"Aussi, chante donc pour moi, musicien harmonieux, quoique tu ne chantes, après tout, que ton propre requiem."
Oscar Wilde, Poèmes

Aujourd'hui, date anniversaire de la mort de Jacques Brel la RTBF (Radio et télévision belge francophone organise une journée souvenir en hommage au grand Jacques. Les recherchistes de la chaines sont tombés par le plus grand des hasards sur un article que nous avions publiés sur P45 et nous ont offert de participer à ce grand requiem. Nous republions ici l'article tel qu'il fut publié dans sa version originale.

Jumeaux?: Jacques Brel & Ian Curtis

Les ressemblances n’existent pas de fait, elles ne sont pas « déjà-là ». Elles naissent toujours d’un acte de perception et d’imagination, d’une « reconnaissance » et de rapprochement plus ou moins vérifiables. On ne trouve donc pas une ressemblance, on la crée : on « fait ressembler », on crée des analogies. « Faire ressembler » c’est donc tout simplement poétiser.

Il y a tout d’abord un physique commun, une familiarité musculaire et capillaire certaine. Puis, se détache de cette forme générale un regard, non pas triste comme on l’a beaucoup écrit mais plutôt affecté et profond. La différence est importante et mérite d'être soulignée; car, qu’on ne s’y trompe pas: ce regard témoigne moins d’une peur de la vie (attitude des faibles et des extrémistes en tout genre) que d’une attitude sereine et réfléchie face à l’éventualité de la mort. Car la mort, ces deux là l’ont goûté, l’on chanté même avant qu’elle ne les rattrape ; le premier du fait d’un cancer, l’autre, du fait d’une installation technique ancestrale, consistant en une simple chaise et une corde. Le minimalisme.

Il y a ensuite cette puissance lyrique et caverneuse, médiatisé par une gestuelle faite de convulsions et d’émotions non refoulées. Ian Curtis mimait les crises d’épilepsie dont il était souvent l’objet, Jacques Brel mimait ses propres chansons. Ian Curtis ré-incarnait peut-être le théâtre d’Antonin Artaud, la mise en scène du trouble nerveux ; Brel faisait quand à lui plutôt dans l’expressionnisme. À cet égard Curtis hurlait : «Je ne suis né que de ma douleur», et Brel « je ne suis né que dans la douleur des autres. ».

Brel et Curtis, c’est deux figures de suppliciés (mais de supplicié élégants) qui semblent prisonniers de la profondeur de leurs textes. En dehors de la scène, ce ne sont plus des jumeaux, mais un couple d'opposés: Brel l’humaniste aimait la vie dans sa légèreté, Curtis le taciturne sûrement un peu moins.

Aucun commentaire: