vendredi 5 février 2010

District Freaks



Die Antwoord (La réponse en afrikaans) est la nouvelle sensation musicale sur Internet. Le trio originaire de Cape Town pratique un Rap-electro-rave qui rappelle à bien des égards la violence verbale et le hip hop excrémentiel des Australiens de Suicidal rap Orgy.

Les trois freaks de Die Antwoord se sont notamment fait connaître avec des vidéos dérangeantes. L'univers de Die Antwood nous rappelle celui du gummo d'harmony Korine ou de Werner Herzog: banlieues trash, personnages improbables et freaks en tous genres viennent se bruler sur la pélicule.

Le chant est mené par nul autre que Ninja, le jumeau de Klaus Kinski, chantre du Zef (variante du hip hop sud-africain), au corps peint des pires tatouages (Pretty Wise dans le cou, Casper en érection ailleurs...) e. Ninja est accompagné de L'improbable Yo-Landi Vi$$er, véritable idéal kawai désarticulée et prêtresse du rap sur l'hélium. Le gros son sale est l'œuvre de Dj Hi-tek qui ne parle jamais, mais dont le look ne nous rassure pas sur son état mental.

Juste une idée comme ça, je suis sûr que si Carlos Reygadas utilisait Die Antwoord comme bande sonore, il pourrait enfin faire un bon film.



Pour le plaisir, un bon vieux classique de Suicidal Rap Orgy.

Quand Fever ray fait passer Lady gaga pour quelqu'un de normal


Remise d'un prix musical quelconque en Suède (à quoi ça sert les prix au juste?): Fever Ray gagne, Karin Dreijer monte sur scène pour recevoir le présent. Le reste est une pièce d'anthologie. Mention spéciale au masque de grand brûlé.

mardi 2 février 2010

Critique d'un film que je n'ai pas vu AACAF #1

Il est extrêmement difficile d'être bloggeur. Premièrement, ça prend le bon look, sinon personne ne vous prend au sérieux. Ensuite, il faut savoir écrire... Enfin, non, c'est pas vrai. Mais il faut savoir réagir rapidement aux nouvelles. Tellement rapidement qu'il faut être capable de se faire une idée sur une nouvelle qui vient à peine de paraître, sur un événement qui vient tout juste d'arriver ou sur une rumeur qui n'est encore qu'à peine naissante. À Almost As Cool As Fighting, nous prenons notre rôle de bloggeurs très au sérieux et c'est pourquoi nous lançons une toute nouvelle chronique cinéma: La critique d'un film que je n'ai pas vu. Et si vous vous êtes rendus jusqu'à ces mots, vous vous apprêtez à lire la toute première de ces nouvelles chroniques particulièrement prommetteuses.

Histoire de démmarer cette nouvelle chronique comme il se doit, le premier film sur lequel nous nous pencherons a remporté le prix du public Heineken au dernier Tribeca Film Festival, ce qui devrait faire de lui l'un des nombreux films qui s'ajouteront sur les tablettes des sections Indie de vos clubs vidéos préférés, tout en étant probablement boudé par le personnel de la Boîte Noire. Il s'agit du film City Island.


La première chose à faire lorsque l'on fait la critique d'un film que l'on n'a pas encore vu, c'est de faire l'analyse de son affiche. Notons d'abord que l'affiche en question remplit bien les critères de l'affiche de film dit Indie: usage d'une photo retouchée au crayon dans Illustrator de manière à accentuer les particularités de chacun des personnages; usage de la police Helvetica en caractère régulier ET gras; usage de couleurs primaires vives sur fond blanc. L'effet est saisissant et l'on a franchement envie de voir le film!

Les premières lignes de la description du film sur le site dudit festival sont évocatrices: il s'agit d'un film qui raconte les péripéties d'une famille Italo-Américaine dysfonctionnelle qui habite une petite île tranquille du Bronx et au sein de laquelle les mensonges sont monnaie courante. Les thèmes abordés sont on-ne-peut-plus typiques de la "comédie indépendante" (si l'appelation veut bel et bien dire quelque chose). Le père, campé par Andy Garcia, est un gardien de prison qui rêve de devenir acteur, sa fille est effeuilleuse (sans que personne ne le sache, bien sûr) et son fils a un fétiche pour les grosses. La mère, jouée par Julianna Margulies, est, comme de raison, le maillon fort de la famille. Parce que sa vie n'est pas encore assez compliquée, Papa décide un jour de présenter à sa famille son fils qu'il leur cachait jusqu'alors. Et comme un rebondissement n'attend pas l'autre, où donc pouvait bien se cacher fiston? Il était emprisonné au centre de correction où travaille son père.

La bande-annonce ne nous laisse comprendre que très peu de choses (et c'est probablement mieux ainsi). Premièrement, que l'on misera probablement sur l'accent grossièrement exagéré du Bronx pour nous faire rire durant les quinze premières minutes du film. Deuxièmement, que la plupart des autres blagues trouveront leurs origines dans des situations où la communication difficile typique des familles dysfonctionnelles donnera lieu à divers événements plus rocambolesques les uns que les autres. Par exemple, la bande-annonce montre quelques secondes d'une séquence lors de laquelle le fils nouvellement découvert est menotté à la jeune effeuilleuse en petite tenue. Papa crie très, très fort. Troisièmement, qu'il est possible de concevoir que tous les membres de la famille y trouveront leur compte en bout de ligne et que l'on nous servira une bonne leçon du genre "il faut prendre les gens comme ils sont".

Le film continuera sans doute à gagner des prix tout au long de sa tournée des festivals et vous aurez très certainement la chance de le voir si vous prenez l'avion au cours des six prochains mois.

AACAF donne 2 fixies sur 5 à City Island.

vendredi 29 janvier 2010

Commenter les matches d'équipes-citron...


Les commentateurs sportifs sont des créatures intéressantes. Rodger Brulotte s'est fait connaître pour son expression "Bonsoir! Elle est partie!" qu'il lançait lorsqu'un joueur de baseball frappait un coup de circuit. Benoît Brunet nous amuse avec son vocabulaire limité... "En anglais, on dit overaté", ou encore "C'est son millième neuf centième point en carrière!" Il existe aux États-Unis un commentateur sportif qui pousse les limites du commentaire extravagant en citant la culture populaire après chacun des buts comptés par les Panthers de la Floride. Tant qu'à décrire les matches d'une équipe citron, aussi bien s'amuser un peu, non? Ce qui nous amène à poser la question suivante: Pierre Houde devrait-il rejoindre les rangs de Randy Moller? Ça serait certainement divertissant.

lundi 25 janvier 2010

Charity connection : quand le show-business s’empare d’Haïti

image CBC news


Cet article a été publié dans le Devoir, le mardi 26 Janvier 2010



« C’est l’invasion des mièvreries, c’est le grand gala du show du cœur. » Philippe Muray



Il y aurait, selon certains observateurs, trop de journalistes sur le terrain en Haïti, ce qui ralentirait le travail des secouristes et des ONG. Cela fait débat, pourtant s’il y a bien un terrain qui est occupé, c’est celui de la charité, par les vedettes du show-business, et c’est ici que ça se passe.


La chose semble entendue, à chaque grande catastrophe humanitaire, outre les levées de fonds menées par les associations caritatives, le monde du show-business se « mobilise » pour organiser une pléthore de spectacles-bénéfices, de mégashows solidaires et humanitaires.


On dirait que les organisateurs de ces grandes messes culturelles sont déjà dans les starting-blocks avant même que les catastrophes aient eu lieu et qu'ils les anticipent comme les animaux anticiperaient les tremblements de terre. Ainsi, quelques heures après l'annonce du tremblement de terre, les gérants de spectacle et les artistes organisaient les premiers préparatifs. Attention, il ne faut pas louper le train de la générosité ; quand il est en marche, il ne s’arrête plus (on l’oublie, c’est différent).


Le catéchisme collectif prend de multiples formes et est extensible à l’infini : spectacles en tous genres, concerts, théâtre, cirque, et bien sûr, comme de juste, la fameuse chanson qui regroupe un pot-pourri de tout de qui se fait de mieux comme bonnes âmes solidaires. À Montréal on pouvait aller se recueillir, cette semaine, au Gesù en compagnie d’Ariane Moffatt pour un spectacle intitulé « L'union fait la force » au profit de l'organisme Médecins sans Frontières. Le lendemain, si vous étiez encore en forme, le festival de l’altruisme se transportait dans votre salon puisque « L'habituelle concurrence des grandes chaînes de télévision et de radio québécoises [faisait cette fois] place à l'entraide, et l’on pouvait regarder sur tous les postes le spectacle “ensemble pour Haïti”, coanimé par France Beaudoin et Luck Mervil.


En France, des chanteurs et acteurs se sont ‘mobilisés’ autour du rappeur oublié Passi, de Charles Aznavour, Anthony Kavanagh et Ophélie Winter (sic) entre autres, pour enregistrer la désormais classique chanson du temps de crise humanitaire. La chanson, musicalement indigeste est à placer à la suite d’une longue série de mièvreries solidaires : en 1985 en pleine crise Éthiopienne, Michael Jackson et Lionel Richie écrivent We are the World, la même année, Renaud et les Chanteurs sans frontières (français, mais vivant parfois en Suisse) interprètent la chanson Éthiopie. Plus près de nous à la même époque la fondation Québec Afrique enregistre les yeux de la faim. Toujours le même leitmotiv : vous tirer les larmes des yeux en ne parlant que des enfants qui souffrent, exit la politique et les vrais responsables de la famine (la junte militaire de Mengistu).


Laurence Haim, correspondante à Washington pour la chaine d’information itélé raconte qu’« on n’a jamais vu autant de journalistes se mettre en scène, et de star se mobiliser pour Haïti», elle cite l’exemple de Jennifer Lopez qui a fait la veille à la télé américaine un téléthon en direct où elle répondait elle-même en direct et en sanglot pour dire sa peine.


Elle n’était pas la seule sur le créneau du téléthon puisque George Clooney Madonna, Steven Spielberg, Julia Roberts, Alicia Keys, Shakira, Bruce Springsteen et Steve Wonder entre autres on aussi organisé le leur. Enfin à Toronto, c’est notre Céline Dion nationale (pourquoi était-elle là-bas plutôt qu’ici ?), James Cameron et Michael J. Fox qui ont uni leur force pour lancer un appel aux Canadiens. (On n’oubliera pas dans les médias d’ici de comparer la générosité réticente des Canadiens et celle sans commune mesure du peuple québécois, plus altruiste et entretenant avec Haïti une relation plus fraternelle…)


Pour Laurence Haim, « c’est comme si les stars d’Hollywood découvraient que depuis des années, voir des siècles Haïti est un des pays les plus pauvres du monde. Cela est « très gênant pour tout observateur indépendant de voir ce mélange de star-système et de vedettes journalistiques se mettre en scène…»


Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la mise en scène de la charité et de la solidarité et de la mise en spectacle du Bien par des artistes vertueux, plein de bons sentiments et de compassion,; des artistes sensés nous sensibiliser du haut de leur humanisme (consubstantiel à leur identité d’artiste, bien sûr). À la manière des féministes qui dans les années 60 criaient « ne me libérez pas, je m’en charge» j’aimerai leur dire « Ne me sensibilisez pas je vous en prie, j’y arrive très bien tout seul.»


« Quand j’étais enfant, raconte Pierre Foglia, le Bien se faisait discrètement. On faisait l'amour à son prochain comme on le faisait à son épouse, sans gymnastique particulière, à la missionnaire si j'ose dire, et surtout sans en parler sur la place publique.» Aujourd’hui, il faut que le bien devienne une fête, qu’il s’affiche et puis il faut de l’émotion, beaucoup d’émotion, à en vomir ; il faut montrer des enfants parce que les enfants incarnent le bien absolu, le « passe-partout intouchable» (Philippe Muray) ; il faut que Céline pleure aussi : Take a Kayak !


Peut-on remettre en doute la bonne foi et la générosité des vedettes du show-business ? Qui oserait le faire publiquement sans craindre le courroux ? À ton le droit de soupçonner l’opportunisme de quelques-uns ? Surement pas, et dans ces moments extrêmement tragiques, le monde médiatique devient si consensuel que le moindre pas de côté vous assure un lynchage.


Pourquoi ? Simplement parce que l’artiste incarne la conscience morale de notre société, c’est le citoyen contestataire et le rebelle solidaire au grand cœur par excellence. Voilà le nouvel évangile médiatique : l’artiste fait le bien, sa mission est juste, et comme dans tout bon évangile, elle n’accepte aucune critique sous peine d’excommunication. Les critiques et les cyniques son les nouveaux hérétiques, ils sont le Mal.


Pourtant, ces galas de bienfaisance sont une bonne publicité pour les vedettes, publicité qui demande peu d’investissement et qui permet une belle rétribution en capital sympathie au près du public et donc en ventes futures… La solidarité est elle un placement sans risque à taux élevé ? Un rêve de financier, une réalité du show-business. Mais attention, le dire publiquement vous coutera votre tête.


Foglia explique qu’en son temps, la guerre à la pauvreté se menait individuellement, dans la retenue et sur le terrain politique, à travers des mesures sociales, une idéologie… Pourquoi personne n’a milité pour un impôt exceptionnel, une taxe solidarité perçu au prorata des capacités de chacun ? À cause de l’urgence de la situation ? Non, mais parce que notre société a déserté le monde de la politique pour le spectaculaire et le médiatique. Imaginez Céline Dion sur TVA en train de montrer que rationnellement, il est plus efficace de collecter l’impôt : exit l’émotion, exit la chanson, exit les larmes… et l’investissement sans risque à taux élevé.


À lire :

Pierre Foglia, Des asperges en novembre
Philippe Muray, L'empire du bien (éditions Les belles lettres)

Unicef


jeudi 21 janvier 2010

Chat Roulette: jamais un coup de dé n'abolira l'altérité...


« Combien y en a-t-il qui s’abandonneraient à un rapide désir, au caprice brusque et violent d’une heure, à une fantaisie d’amour, si elles ne craignaient de payer par un scandale irrémédiable et par peur des larmes douloureuses un court et léger bonheur ! […] Leur morale flexible de Parisienne n’aurait pas tenu longtemps devant la certitude du secret ».
Guy de Maupassant, Bel-Ami, Gallimard, folio classique, p 111


Les deux dernières nuits, j’ai passé la nuit avec plusieurs femmes. La première, Liz de Richmond Viginie, ne portait rien sous son kimono et s’amusait à le réajuster continuellement pour me laisser découvrir des morceaux éparts de son anatomie. On a parlé musique (boards of Canada, Of Montreal et finalement Weezer) puis théâtre ; elle fumait en se donnant des airs décontractés et des manières d’actrice.

X semblait avoir 17 ans, mais me jurait en avoir 22. Je luis ai demandé en exergue de notre discussion quelle heure il était chez elle. 3 h, soit deux heures de moins qu’ici, j’en ai donc conclu qu’elle était sur la côte est du continent. Comme dans un jeu, j’ai tenté de deviner d’où elle venait, Chili ? Non, X était mexicaine. Elle était troublé, très troublé, soi-disant, parce qu’elle trouvait que je ressemblais à Zacharie Quinto et qu’elle avait le béguin pour Z.Q. Malheureusement, ce dernier était probablement gay, alors j’étais tout désigné pour faire office de substitution à ses fantasmes. J’ai zappé la conversation, Next.

Thaila était designer graphique au Brezil, son anglais était mauvais, c’est à dire plus mauvais que le mien, mais avec elle j’ai appris que LOL se disait risos en portugais ( rsssssss…) et qu’il y avait des villes très tranquilles au Brésil, loin des clichés des favélas et des gangs de rue.


Majella, la hollandaise, était une belle blonde naturellement, elle portait une perruque brune pour passer incognito dans un lieu où on l’est déjà bien assez. Avec Monica de Seatlle, une Indienne Belle comme une pub american Apparel (je suis sérieux) , et Angele la petite brunette tatouée de Halifax ça a immédiatement été le coup de foudre et l’on a passé des heures a discuter, écouter de la musique ensemble et échanger des références culturelles.

Toutes ces femmes, je les ai rencontré sur Chatroulette, l’outil de rencontre ultime sur internet, un mélange de chatroom à la mode 1998, l’image en plus (quoique vous pouvez chatter sans cam), où votre destinataire est choisi aléatoirement chaque fois que vous appuyez sur le bouton « next ». Vous ne savez jamais avec qui vous allez parler et vous pouvez, si ça face ne vous reviens pas en changer ad nauseam. Attention à l'ego tout de même sur Chatroulette, car si votre interlocuteur-trice ne vous trouve pas à son gout elle peut elle aussi décider de vous zapper dans le 1/4 de seconde qui suit et cela, quoiqu'on en dise, fait toujours un petit pincement au cœur.

Entre Liz, X, dont je n’ai jamais su le nom, Thaila, Majella et Angele, j’ai peut-être vu défiler une centaine de visages, qui eux aussi, cherchaient sur ce vaste forum de quoi alimenter leur désir d’altérité. Et puis, quand ce n’était pas des visages, c’était des pénis, juste des pénis, souvent au garde-à-vous, manipulés et astiqués, mais pas toujours propres. Il y a aussi, mais plus rarement des couples qui font l'amour et s'exposent, parfois un clitoris... Bien évidemment, quand il n’y a plus la barrière morale de la société, que l’individu est anonyme, perdu dans la masse, sans risque de sanction ni de réprobation de la part du groupe de proche, il se désinhibe parfois, et il n’est pas rare de voir fréquemment des garçons se masturber devant leur caméra.


Car si l’on fait fi de la peur de tomber par malchance sur quelqu’un qu’on connaît, Chatroulette est une porte grande ouverte sur la masturbation avec un inconnu par écrans interposés. Encore faut-il que celle-là soit désirée par les deux partis en présence… Malheureusement, ces garçons un peu trop pressés n’attendent généralement pas l’acquiescement de leur interlocuteur pour réveiller la Veuve Poignet et se tripotent allégrement devant tous les usagers qui ont le bonheur de passer sur leur flux (sic). Première constatation : il y a beaucoup plus de naturisme sur chatroulette que dans la vraie vie ; c’est toutefois une exhibition toute masculine, point de filles nues ici ou très rarement; en tout cas pas tout de suite.


Quand finalement vous finissez par rencontrer une fille sur chatroulette, au milieu de cette forêt de zobs, elle vous tient à peu près toujours le même discours, « c’est la première fois que je viens », « je voulais juste tester », « mes amis m’ont dit d’essayer », puis elles critiquent la grossièreté et l’Exhibitionnisme des garçons sur le chat pour enfin vous complimentez en vous disant que vous vous êtes différent et qu’elle avait envie de vous parler parce que vous ne lui avez pas demandé de montrer ses seins.

On pourra peut-être dénoncer une certaine hypocrisie toute féminine dans les propos, il n’empêche que sur Chatroulette, les filles sont moins prédisposées au cybersexe que les hommes, elles sont aussi beaucoup moins nombreuses (15-20% peut-être). Moins disposées ne signifie pas farouchement opposées et il est parfois possible après quelques minutes de conversation avec une inconnue de tomber dans le registre érotique.

Les requêtes à caractère sexuel masculines sont monnaie courante, toutes les filles rencontrées avouaient qu’un nombre assez important de garçons leurs avaient demandé de se déshabiller dès les premières secondes de la discussion. Il est rare dans la société de tomber sur des lieux où des niches comme celles-ci où les comportements sociaux sont aussi tranchés entre les hommes et les femmes .

La question nous brûle les lèvres, est-il possible d’avoir du sexe pour un homme sur chatroulette ? Surement, mais cella semble assez long pour trouver la personne (de sexe féminin) tentée par l’expérience. D’autre part, quand vous engagez une discussion sur d’autres sujets que la sexualité, il est très difficile d’y revenir, car la communication créée très rapidement une certaine familiarité qui impose la retenue et empêche de tomber dans le stupre et la fornication (même virtuelle).

On dit souvent que l’anonymat permet tous les dérapages sur internet, pourtant, il est étonnant de remarquer à quelle vitesse le sentiment social de l’altérité et de la fraternité (ce n’est pas un gros mot) émerge vite dans une conversation entre deux inconnus.





www.chatroulette.com



mardi 19 janvier 2010

Douchebag Anthem

"Cette guidette couche vraiment avec douche qui bouge" Jimmy Pelchat


Petite anecdote: samedi soir, Mathieu Baron, ex gagnant de Loft Story entre à la Rockette (bar garage/punk de Montreal) vers 2h30, habillé en Ed Hardy, caquette sur le côté, muscle apparents, il se dirige vers notre amie, ancienne assistante de production de l'émission de téléréalité et lui dit: "Les gens s'habillent bizarre ici!" Cette anecdote, drole, de notre côté du mur, résume à elle seule cet article...

Le douchebag est devenu la nouvelle personne dont on rit dans les milieux mondains, et c'est pour le mieux. Le terme, qui fait référence à l'origine à un outil médical servant à faire des lavement colo-rectals, désigne aujourd'hui un être hybride symbolisant l'union entre le mannequin gay-friendly Calvin Klein des années 90, le sportif professionnel qui a quitté l'école trop tôt et le mauvais gout bling-bling, superfétatoire et vulgaire de la culture Clubbing.


Le douchebag a une utilité sociale et identitaire: c'est une figure spéculaire (miroir) et oppositionnelle à laquelle le jeune urbain cool et indie (le hipster) se confronte systématiquement pour se rassurer.

Sur le spectre des identités, le douchebag est l'altérité totale du hipster sur tous les sujets de discussion possibles: musique (indie/rock FM et eurodance), mode (American Apparel/Ed Hardy), rapport au corps (absence de muscle, réserve par rapport au maquillage/culte du corps entrainé, bronzage, maquillage), lecture (lecture/discussion sur chatroulette), mode de locomotion (pieds, vélo/auto). Seul chose en commun : les tatoos, quoique les thèmes diffèrent largement (thématique japonaise, rétro ou abstraite/fils barbelés)...

Pour rendre hommage à ce personnage haut en couleur, plusieurs artistes on décidé de prendre la plume et d'énoncer les stéréotypes; c'est le cas de Pelep Pelep Pelep alias Stephane Pelichet, un énième clone de Omnikrom (sur cette pièce du moins). Petite descente à Saient Léonard, au Fuzzy de Brossard et au pink de Laval, en voiture (pimpées)!





vendredi 8 janvier 2010

Le premier Epic Fail de 2010


Le marketing viral, qui consiste à laisser aux consommateurs le soin de diffuser la publicité d'un produit ou d'une cause, généralement à travers les réseaux sociaux électroniques, est devenu, depuis un peu plus d'un dizaine d'années, extrêmement populaire. D'une part parce qu'il est peu coûteux. Il ne s'agit que de laisser fuir une information fragmentaire, parfois même qu'un seul mot en espérant que les consommateurs les propageront. D'autre part, parce qu'il est extrêmement rapide. À partir du moment où les consommateurs prennent le relai, la diffusion du message devient exponentielle (1 consommateur envoie le message à 2 autres qui en font de même, ainsi de suite), si bien qu'en très peu de temps, le message en question fait le tour de la planète plusieurs fois.

Au cinéma, la technique est largement utilisée, surtout depuis le succès de la campagne pour le film The Blair Witch Project (1999) qui, à l'époque, avait réussi à susciter l'intérêt des internautes plusieurs mois avant la sortie du film. Les réalisateurs du film avaient laissé échapper des extraits du film en laissant courir la rumeur qu'il s'agissait bel et bien d'un documentaire retrouvé après la disparition des trois étudiants qui l'avaient tourné. La production, dont le budget n'avait pas dépassé les 750 000$US rapporta près de 30 millions$US au cours de sa première semaine seulement.



La technique ne repose ainsi qu'entièrement sur une hype, une attente de la part du consommateur, et laisse de côté toute substance, trop complexe à véhiculer. En ce sens, la publicité virale est diamétralement opposée à l'info-pub. Les agences de marketing adaptent donc leurs stratégies en fonction du produit et de son public-cible de sorte qu'une stratégie virale puisse bien être appropriée pour une nouvelle boisson énergétique destinée aux 18-25, et beaucoup moins pour un plan de gestion de fond de retraite  destiné aux 50-65. La technique s'inscrit également dans une stratégie à déploiements multiples et succéssifs. L'on laisse planer le doute quelques temps, puis l'on donne des informations additionnelles éventuellement. Le consommateur touché par la publicité sait alors où et comment satisfaire sa curiosité.

Le web connaît actuellement une campagne virale qui a pris des proportions impressionantes et qui, en date du 8 Janvier 2010, a probablement atteint son paroxysme et commence déjà à s'éteindre très rapidement. Il s'agit d'une campagne de sensibilisation pour le cancer du sein qui serait née des suites d'un courriel envoyé uniquement à des femmes sur facebook et leur demandant de n'inscrire dans leur statut que la couleur de leur soutien-gorge.

"Something fun is going on, write the color of your bra in your status. Just the color, nothing else. And send this on to ONLY women no men. It will be neat to see if this will spread the wings of cancer awareness. It will be fun to see how long it takes before the men wonder why the women have a color in their status.....LOL!"

Certaines rumeurs voudraient qu'il s'agisse d'un mouvement stimulé par le décès de la chanteuse Lhasa De Sela, alors que d'autres indiquent qu'il s'agit plutôt d'une adepte de Facebook, elle-même victime du cancer du sein qui aurait voulu sensibiliser les gens au cancer du sein. Jusqu'à maintenant, rien ne semble indiquer qu'il s'agisse d'une campagne concertée de la part d'une organisation particulière et l'on se demande d'ailleurs si la stratégie adoptée ici était bel et bien la meilleure qui soit. Le cancer du sein n'est certainement pas en mal de notoriété et le geste posé dans la campagne qui nous intéresse est tout à fait anecdotique. Clic. Combien de femmes, après avoir annoncé la couleur de leur soutien-gorge à leurs quelques centaines d'amis virtuels, ont pris le temps de se faire l'auto-examen des seins? Combien d'internautes ont eu une pensée sincère pour les victimes du cancer du sein et leurs proches? La sensibilisation finit par avoir le dos bien large et en bout de ligne, ce stunt virtuel s'est fait dans une indifférence à peine voilée, la majorité des messages se lisant plus ou moins ainsi: "ah, bon ben ok d'abord... bleu." Autrement dit, si tout le monde le fait, moi aussi... D'autant plus que le message original mise sur une opposition des sexes plutôt puérile: "It will be fun to see how long it takes before the men wonder why the women have a color in their status.....LOL!" Résultat: un homme en Grande-Bretagne offre maintenant de faire un don de 100£ pour le cancer du sein (sic) si cent femmes acceptent de se joindre à un groupe dans lequel elles afficheront une photo d'elles en soutien-gorge. (avis aux intéressé(e)s)

En bout de ligne, la campagne elle-même est devenue beaucoup plus importante que la cause à laquelle elle devait nous sensibiliser. Venons-nous d'assister au premier Epic Fail de 2010 en direct et tout en couleur sur Facebook?

mercredi 6 janvier 2010

Petite anthropologie du hipster

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Dans un précédent article intitulé « Hipsters : The Dead end of Western civilization » nous tentions d’expliquer en quoi l’utilisation du terme Hipster était soumise à caution et ne pouvait se limiter à définir un style de sous culture urbaine comme le suggérait le journaliste d’Adbuster.



Il faut remonter à la source du terme « Hipster » pour en comprendre les tenants et les aboutissants ainsi que les ressorts idéologiques et culturels qui ont présidé à l'éclosion du terme. Une des premières théorisations du vocable nous est donnée par Norman Mailer (1923-2007) dans un texte intitulé The white negro , sorte de bréviaire du Hip que le jeune écrivain publia en 1959 en pleine période Beat.



Dans ce court essai, Mailer propose une lecture dichotomique de la société américaine à la lumière d’une opposition entre les « hipsters » (branchés) et les « squares » (caves). Les caves (squares), petits bourgeois blancs proprets et respectueux des valeurs morales, vivent dans une représentation du réel qui les astreint au conformisme, alors que les « hipsters » sont par essence rebelles et tentent de vivre dans la marge. 



Les hips sont des outsiders (comme les nommera 4 ans plus tard le sociologue Howard Becker), ils vivent dans l’insécurité du présent, et cette insécurité est la condition sine qua non de leur créativité. Le principe n’est pas nouveau, il est même caractéristique des idées de la culture artistique tout au long du XXe siècle : la découverte de la nouveauté exige la lutte et la rébellion contre les puissances réactionnaires statiques et institutionnelles, la lutte contre l’ordre et les habitudes. Comme le rappelait J.Habermas, le passé est le symbole de la statique, de la sédimentation des habitudes, de la répétition des gestes alors que la vraie découverte du présent passe par l’acceptation de son effervescence et de sa contingence. Le moteur de la créativité est donc l’insécurité engendrée par la nouveauté qui s’affirme dans le présent et qui oblige les « hipsters » à s’engager perpétuellement dans l’action.



Ce qui est nouveau cependant, c’est que Mailer fait de l’homme noir (the negro) l’incarnation d’un idéal de liberté, de nonchalance et d’hédonisme. Le negro inspire le hipster qui tente d'atteindre cette altérité et de devenir un white negro. Au delà de Mailer, c’est une grande partie de la bohème américaine des sixties qui a idéalisé le personnage romanesque du nègre, en témoigne cette citation de Jack Kerouac « Un soir de Lilas, je marchais, souffrant de tous mes muscles parmi les lumières de la vingt-septième Rue et de Welton, dans le quartier noir de Denver, souhaitant être un nègre, avec le sentiment que ce qu’il y avait de mieux dans le monde blanc ne m’offrait pas assez d’extase, ni assez de vie, de joie, de frénésie, de ténèbres, de musique, pas assez de nuit. » Comme le souligne Dick Hebdige , « la culture et la musique noire fournissait des valeurs anticonformistes qui, dans un contexte nouveau, permettaient de symboliser et de problématiser les contradictions et les tensions propres à la sous culture juvénile [blanche] » aux états unis comme en Angleterre.



Le hipster, explique encore Mailer, partage avec le négro l’insécurité du présent ; comme lui il cherche à vivre de vraies sensations dans un monde pauvre et violent et essaie de renoncer aux plaisirs de l’esprit pour ceux immédiats du corps. « the hipster had absorbed the existentialist synapses of the negro, and for practical purpose could be considered a white negro. » Le hipster partage ce « principe d’insécurité » avec le dandy baudelairien qui refuse par principe l’attachement et la stabilité, valeurs propres au conformisme bourgeois. Le dandy préfère le détachement et la mobilité de la vie bohème, l’aventure et le risque. 



Le hipster écrit encore Mailer est un « existentialiste américain », il a divorcé de la société, rompu avec les racines, exploré les « impératifs rebelles du moi » et accepté l’insécurité « ontologique » : l’insécurité de la découverte de soi, de l’expérience. Ce rapport au temps rappelle Gilles Lipovetsky est aujourd’hui symptomatique de notre réalité. Selon ce dernier, nous vivons dans une époque où l’inquiétude du présent et de notre propre liberté individuelle devient fondamentale. Notre société valorise massivement la vie de l’instant, le carpe diem, au point d’avoir consacré l’attitude hédoniste comme valeur culturelle dominante.



Ce « héros contre-culturel » comme le désigne Mailer (comme il voyait juste !), vit ainsi dans un « présent énorme » qui est sans passé, ni futur, sans mémoire ni planification, ce qui le rend psychopathe, mais cette psychopathie n’est pas un mal, parce qu’elle lui ouvre les frontières de la perception et libère des prisons de l’habitude.



Le hipster possède aussi « le détachement narcissique du philosophe […] Il est un rebelle sans cause, agitateur sans slogan, un révolutionnaire sans programme, sa rébellion lui sert à satisfaire son goût pour lui-même. Toutes ses actions recherchent la satisfaction de ses désirs immédiats. » La morale prônée par N.Mailer est à ce propos particulièrement individualiste et hédoniste, elle se résume à l’adoration infantile et immodérée du présent, encore une fois, on voit à quel point ces thèmes, prophétiques à l'époque, désignent une réalité des branchés urbains. 



La morale du hipster est toute hédoniste et met l'accent sur une esthétique de soi qui se construit dans le flux quotidien, les rencontres, le moment. Il ne sert à rien de savoir si l’homme est bon ou mauvais, puisque ce dernier n’existe que dans l'instant : il est une collection de possibilités, perpétuellement ambivalent et dynamique. La seule morale consiste à ouvrir les limites du possible pour soi et de faire ce que l’on sent quand et où cela est réalisable.



La vie doit être une recherche continuelle du plaisir et notamment du plaisir sexuel. Ces besoins libidinaux sont plus que de simples pulsions, se sont des besoins orgiastiques qui dépassent toujours leur propre manifestation et finissent par attaquer la morale conventionnelle. Le noir fonctionne chez Mailer comme une figure paroxystique du corps désirant et comme une figure exemplaire pour manifester un retour du refoulé corporel dans la société bourgeoise.



L’antirationalisme de Mailer est aussi symptomatique de la récupération des idées de la modernité esthétique par les théoriciens de la contre-culture. La culture artiste, explique le sociologue américain Daniel Bell, s’est en effet construite sur une conception antirationaliste de l’art qui devait être une réponse à la réification du monde par la société industrielle et capitaliste du XIXe siècle. Ainsi, l’antirationalisme mystique et zen des années soixante est un prolongement des idées romantiques et des idées des mouvements artistiques de la première moitié du XXe siècle. 



Dans son histoire de l’art Ernest Gombrich prend la peine de conclure son chapitre consacré au modernisme en rappelant bien que « Kandinsky, Klee et Mondrian étaient des mystiques, qui cherchaient à atteindre derrière le voile des apparences une vérité supérieure. » Dans les années soixante, les expériences artistiques seront réinterprétées à la lumière des problématiques sociales, religieuses et politiques de l’époque. L’antirationalisme artiste et romantique se diluera ainsi dans une mystique zen et un orientalisme approximatif porté entre autres par les acteurs de la Beat Generation. Pour le hippie, le beat, le hip comme pour l’artiste romantique, l’art permettait un contact privilégié avec le courant « chtonique », sous terrain de la vie. À cet égard, il était supérieur à la morale, simple artifice humain et vile construction sociale.

Le Hipster de Mailer est anticonformiste, existentialiste, amoral, hédoniste et porté sur les sensations que son corps lui procure.

À cet égard, on pourrait penser que ses valeurs autrefois marginales sont aujourd’hui devenu la norme : l’hédonisme est une valeur consacrée par la publicité alors que parallèlement le corps ne s’est jamais autant montré ; tout le monde se prétend aussi rebelle à sa manière et anticonformiste. Quel est le sens du mot hipster dans un contexte où toutes les potentialités subversives semblent épuisées ? Son horizon est-il d’être le moteur créatif d’une économie qui met de plus en plus l’accent sur l'esthétisation de la vie quotidienne ?